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Ciao, ciao Alitalia : dernier vol pour la compagnie nationale italienne qui se voulait "la plus sexy d’Europe", place désormais à ITA

Rideau pour Alitalia, la compagnie nationale italienne effectue son dernier vol ce jeudi 14 octobre. Dès demain, les couleurs de l’Italie seront portées par ITA, la nouvelle société créée afin de prendre la relève.

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14 oct. 2021 à 14:06 - mise à jour 14 oct. 2021 à 18:40Temps de lecture3 min
Par Sandro Faes Parisi

C’est l’histoire d’une faillite aérienne, une de plus. C’est aussi l’histoire d’une faillite à l’italienne, une de plus également. La disparition d’Alitalia, la compagnie aérienne nationale italienne, était programmée depuis longtemps. De rendez-vous manqués en investisseurs échaudés, sans oublier la pléthore de vols annulés, celle qui se voulait la compagnie "la plus sexy d’Europe" il y a quelques années encore, effectue son dernier vol ce jeudi soir à 22h05 de Cagliari à Roma Fiumicino. Un vol empreint de nostalgie où les 177 passagers de l’Airbus A320 " Primo Levi " seront confiés à une légende de l’aéronautique transalpine, le commandant Andrea Gioia, plus de 15.000 heures de vol au compteur et chez Alitalia depuis 1989.

Viva ITA, l’autre Alitalia

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L’agonie aura duré 1627 jours. 1627 jours d’administration extraordinaire de la part de l’Etat italien. Presque trois ans au cours desquels pas moins de 1,8 milliard d’argent public aura été injecté dans la bête. En vain ? Pas vraiment. Car la disparition d’Alitalia c’est aussi la naissance d’ITA, une autre entreprise publique, Italia Trasporti Aereo (ITA). Une société créée afin d’optimiser au mieux les "actifs" d’Alitalia, tant économiques que symboliques.

Même flotte, même livrée, mêmes uniformes, même code de vol (AZ), et même identification de billet. Juste le symbole, ce "A" tricolore, a été relifté, à peine. Un nouvel acteur qui ne reprendra qu’une partie des créneaux de l’ancienne compagnie nationale.

Faillite en 2017

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Le rideau tombe donc après 74 ans d’histoire. Alitalia a débuté le 5 mai 1947 sous le nom d’Aerolinee Italiane Internazionali, avec son premier vol Turin-Rome-Catane. Le premier vol intercontinental a eu lieu un an plus tard, de Milan vers l’Amérique latine. En 1975, la compagnie aérienne a fusionné avec Linee Aeree Italiane et le nom Alitalia a été choisi. La compagnie avait atteint le cap du million de passagers transportés dans les années 60, et les 25 millions dans les années 90.

Dans le rouge depuis 2002, Alitalia s’est déclaré en faillite en 2017 et maintenue à flot par l’État italien, des aides d’Etat d’ailleurs considérées comme illégales par la Commission européenne.

Hécatombe sociale

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Autre sujet qui fâche, le premier vol de la nouvelle compagnie ne décollera pas de Rome mais bien de Milan, la grande rivale. Un détail pour beaucoup, un signe de défiance pour d’autres. Car avec seulement 2800 employés, 44 destinations et 52 avions (dont un seul repeint jusqu’à présent), ITA se veut avant tout efficace et viable. Peu importe si la plupart des 10.500 employés d’Alitalia demeurent sur le carreau et que Ryanair lorgne sur les destinations abandonnées.

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Alitalia, une marque forte, à vendre

Une frustration que partagent les Italiens, dépouillés de l’un des fleurons de leur identité nationale. Peu importe si Ryanair ou autres compagnies low cost ont désormais généralement leur préférence, Alitalia demeure une marque forte, à l’instar de Sabena chez nous.

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Les experts l’ont d’ailleurs valorisée à 290 millions d’euros. Beaucoup trop pour ITA, qui en avait offert 50 pour utiliser le logo légendaire. Le juste prix ? Sans doute entre les deux. L’Etat presse pour que les deux parties trouvent un accord, peut-être en y incluant d’autres aspects, notamment de la flotte et des slots.

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Clients déçus, mais fidèles ?

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Si la marque n’est pas remise en question, la réputation, elle, pose problème. Ces derniers mois, 250.000 passagers ont vu leurs vols annulés, sans remboursement de la part d’Alitalia. Des remboursements qu’ITA n’entend pas devoir assumer. Tout comme elle ne comptait pas initialement reprendre le programme de fidélité MilleMiglia. 45 milliards de miles partis en fumée mais surtout 6,1 millions de membres mécontents. Une décision compliquée à assumer, avec le risque de voir ces habitués leur tourner le dos et perdre une part importante de leur clientèle, avant même d'avoir débuté.

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