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Claire Marin : "Devenir parent, c’est aussi découvrir son impuissance"

La philosophe Claire Marin interroge la question de la vulnérabilité

© Pixabay

28 sept. 2020 à 09:28Temps de lecture2 min
Par RTBF La Première
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Qu’est-ce donc que le soin ? Et qu’est-ce que la philosophie a à nous enseigner à ce sujet ? Pendant tout le mois de septembre, dans son Grand Dictionnaire des Philosophies et Religions, Pascal Claude ouvre une mini-série intitulée Prendre soin…, imaginée et réalisée avec la philosophe Claire Marin. Aujourd’hui : la vulnérabilité.

Claire Marin est professeur de philosophie et directrice du Séminaire international d’Etude sur le Soin (SIES), à l’Ecole normale supérieure de la Rue d’Ulm à Paris. Elle nous parle de la vulnérabilité, un mot que nous avons souvent entendu depuis le début de la crise sanitaire.
 

Vulnérabilité, fragilité ?

Vulnérable vient du mot latin vulnus, qui veut dire la blessure. Est vulnérable celui qui peut être blessé. La vulnérabilité renvoie à l’idée d’une atteinte qui vient de l’extérieur. Elle présuppose aussi un être vivant ; une chose n’est pas vulnérable, elle est fragile.

Comme le dit le philosophe Jean-Louis Chrétien dans son livre Fragilité (Editions de Minuit), la fragilité est liée à une ligne de faille que nous avons en nous. Ce n’est pas dans l’interaction avec le monde extérieur, avec autrui, que nous pouvons être écorchés ou brisés.

C’est une ligne de faille qui est en nous, que nous pouvons d’ailleurs connaître, qui peut nous être familière – nous pouvons connaître nos points faibles ou nos fragilités – , ou que nous pouvons découvrir lors d’un événement qui va la mettre à nu.
 

Un sentiment ambivalent

Dès la naissance, nous éprouvons la vulnérabilité. Le nourrisson représente l’être vulnérable par excellence : c’est celui qui ne peut pas se passer de l’aide d’autrui pour survivre.

"Ce qui est très intéressant avec cette figure, c’est qu’en réalité, elle interroge aussi notre vulnérabilité. C’est-à-dire que face à l’être vulnérable, il y a évidemment une pulsion de soin, de protection, d’accompagnement. Mais il faut aussi dire – et la psychanalyse nous l’a bien fait comprendre - qu’il y a aussi une pulsion qui est moins avouable, et qui est d’abuser de la dépendance de l’autre, de sa faiblesse, de son peu de défenses."

Il y a donc une version positive qui fait de nous des êtres qui voulons protéger mais il y a aussi cette tentation de maltraiter celui qui est vulnérable.


La joie qui rend vulnérable

La vulnérabilité vient nous secouer dans les moments les plus éprouvants de notre vie, dans les situations de deuil, de rupture, d’abandon. Mais d’une manière paradoxale, ce sont parfois aussi des moments définis comme joyeux qui peuvent nous rendre vulnérables.

"Devenir parent, c’est aussi découvrir son impuissance. Là aussi, je peux m’éprouver comme vulnérable alors même que je crois être dans la position de celui qui devrait secourir la vulnérabilité de l’autre. Il y a tout un système de réciprocité : on n’est jamais vulnérable tout seul", affirme Claire Marin.


Comment se comporter face à ce sentiment de vulnérabilité ?

Certains philosophes contemporains ont une lecture assez positive de la vulnérabilité, estimant qu’elle ouvre à la fragilité des autres. C’est vrai que si nous avons éprouvé une situation qui nous a fragilisés, nous sommes plus sensibles à la difficulté que l’autre aura s’il vit la même maladie ou la même épreuve.

Paul Ricoeur disait : la souffrance crée souvent une forme d’exclusion, "d’excommunication". Elle nous met à l’écart des autres, elle engendre un repli sur soi.

"Il y a donc cette ambivalence de la vulnérabilité qui peut soit m’ouvrir à une forme de solidarité avec des gens aussi éprouvés que moi, ou au contraire me rendre plus indifférent à autrui parce que je me replie sur cette souffrance qui est la mienne", explique Claire Marin.

 

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