Monde

Climat et USA : 50% de voitures neuves zéro émissions d’ici 2030, vraiment ?

Le président américain Joe Biden au volant d’une Jeep Wrangler Rubicon 4xe hybride rechargeable dans les jardins de la Maison-Blanche.

© Jim Watson / AFP

07 août 2021 à 12:46Temps de lecture3 min
Par Geoffroy Libert

L’annonce faite par Joe Biden ce jeudi n’a pas manqué de surprendre. Si le président américain tient sa promesse, 50% des voitures vendues aux Etats-Unis en 2030 seront sans émissions, c’est-à-dire électriques, hybrides rechargeables ou à hydrogène. Cet objectif est-il réaliste ?

Loading...

174 milliards de dollars d’investissements

Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2020 les véhicules électriques ne représentaient en effet aux Etats-Unis que 2% des ventes de voitures neuves. Il faudrait donc, en moins de 10 ans, multiplier ce chiffre par 25.

Un objectif optimiste, mais pas irréalisable d’après Bert Troubleyn, journaliste automobile et spécialiste en voitures électriques : "Joe Biden ne se contente pas d’un effet d’annonce, il libère aussi les moyens nécessaires en prévoyant de consacrer 174 milliards de dollars (148 milliards d’euros) à des primes à l’achat de voiture électriques — jusqu'à 12.500 dollars par véhicule — ou à la modernisation des infrastructures nécessaires à la recharge, mais pas uniquement. Il parle aussi de voitures zéro émissions, ça peut être aussi la voiture à hydrogène, ou d’autres innovations dans les années qui viennent".

Un optimisme partagé par Christophe Dubon, porte-parole de la FEBIAC, la Fédération belge de l’Automobile et du Cycle : "C’est une annonce tout à fait réaliste d’un pur point de vue sectoriel. Les produits ont été développés et arrivent massivement sur le marché, et ça va continuer, c’est juste une question de temps. L’annonce de Biden me semble plus réaliste que la fin des moteurs thermiques annoncée à Bruxelles pour 2035, par exemple".

Actuellement, les véhicules électriques ne représentent que 2% des ventes de véhicules neufs sur le marché américain.
Actuellement, les véhicules électriques ne représentent que 2% des ventes de véhicules neufs sur le marché américain. © Drew Angerer / AFP

Une chance inespérée pour les constructeurs américains

De quoi stimuler le Big Three (Ford, General Motors et Stellantis, maison mère de Chrysler et Jeep)  ?

Selon Bert Troubleyn, l’annonce de Biden est une aubaine pour les constructeurs américains, tant sur le plan économique que politique : "Il va enfin y avoir un cadre législatif et une ligne commune entre l’administration fédérale et les états, ce qui n’était pas du tout le cas avec Donald Trump, qui avait libéralisé les quotas d’émissions de CO2 alors que des états comme la Californie ou la Colorado étaient très progressistes au niveau environnemental".


►►► À lire aussi : Malgré Trump, une partie des États-Unis se bat pour honorer les objectifs climat


Des constructeurs qui vont profiter des investissements fédéraux pour essayer de rattraper leur retard dans les domaines de l’électrique et de l’hybride et enfin vendre plus de véhicules à faibles émissions, sur leur marché national, mais aussi dans le monde : "L’Europe et la Chine font de gros efforts sur ce point, et Biden est conscient qu’il est temps pour les États-Unis de sortir de leur isolement technologique et économique".

Les Américains restent friands de gros pick-up, même électriques, comme ce GMC Hummer EV sortant d’une chaîne de production à Detroit.
Les Américains restent friands de gros pick-up, même électriques, comme ce GMC Hummer EV sortant d’une chaîne de production à Detroit. © Bill Pugliano / Getty Images via AFP

Un marché américain devenu trop petit

"Actuellement les voitures américaines se vendent difficilement hors des États-Unis, ajoute Bert Troubleyn, que ce soit en Asie ou en Europe. C’est compliqué avec de gros moteurs thermiques, des V6 ou des V8, à cause des émissions de CO2 trop élevées ou du prix du carburant. Ce sera plus simple pour eux de vendre des voitures électriques, même de nouvelles marques 100% électriques à l’instar de Tesla, comme Rivian ou Lucid. Et c’est une véritable chance pour des marques comme Chrysler, Dodge ou Cadillac qui n’ont jamais réussi à s’imposer sur notre marché. Les clients européens seront moins attentifs à la consommation électrique des gros SUV".


►►► À lire aussi : Pollution et réchauffement climatique : en savoir plus sur le concept "Zéro émission nette" en trois questions


Un constat partagé par Christophe Dubon : "Le client belge cherche soit une petite citadine, soit un gros véhicule, plus costaud, capable d’embarquer des batteries plus grosses et plus lourdes pour augmenter l’autonomieEt ce sera d’autant plus facile que certains constructeurs américains font partie de grands groupes comme Stellantis, qui possède Peugeot, Citroën, Fiat, des marques qui ont déjà développé des modèles électriques".

L’initiative de Joe Biden semble donc réaliste, à condition, comme le souligne Christophe Dubon, "d’avoir un développement rapide et intelligent des infrastructures de recharge".


►►► À lire aussi : Voitures de société électriques : le réseau de distribution pourra faire face, déclare une étude


 

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous