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Dans l'air du temps

Colette Magny, Melocoton et boules d’or

Colette Magny
10 mai 2022 à 10:02Temps de lecture2 min
Par Réal Siellez

Dans sa chronique Dans l’air du temps, Réal Siellez nous parle d’une voix, celle de Colette Magny qui sera révélée à l’âge de 36 ans…

Colette Magny naît en 1926. Cette voix de dingue a commencé sa carrière publique à l’âge de 36 ans, puisqu’avant d’être sur le devant de la scène, elle était secrétaire dactylo bilingue pour L’OCDE…

Dès son premier passage télévisé, le 8 décembre 1962, sa voix bluffe les téléspectatrices et téléspectateurs. Un journaliste titre "la France à son Ella Fitzgerald blanche", ce qui la mettra dans une colère noire.

En pleine période yé-yé, elle vient avec son blues du fond de l’âme. La mode est à la chanteuse fluette qui se flammèche devant le micro, Colette Magny est obèse, les deux poteaux ancrés au sol, guitare à la panse, robe large et idée de gauche, très à gauche, très très à gauche. Si sa voix est douceur, son propos est radical… Et c’est probablement cela qui la tiendra éloigné des plateaux télé : la peur générale d’une dame en colère qui dit ce qu’elle pense.

Plus familière des concerts dans des foyers de jeunes travailleurs que des grandes salles, Colette Magny, c’est un grand tube auquel elle sera toujours réduite, mais c’est surtout une voix engagée… D’abord une voix qui chantera de la soul et des génies, elle adaptera généreusement les poètes comme Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Louis Aragon ou encore le très joli texte "Baise m’encore" de Louise Labé.

Mais elle a également toujours été aux avant-postes de la chanson, elle a chanté le Vietnam, les combats des mineurs du Nord, Mai-68, le refus des essais nucléaires dans le Pacifique, les Black Panthers (avant une traversée du désert de 1978 à 1981). Elle n’a jamais attendu la récupération médiatique systématique des grandes causes humanitaires, contre l’apartheid ou pour l’Ethiopie, pour lutter contre toutes les formes de répression, contre l’injustice du sort et pour la dignité de l’homme. Avec un répertoire qui se voulait même très expérimental partant dans les improvisations et les cris.

Tous et toutes étaient très intimidés à l’idée de la rencontrer, Léo Ferré lui dira d’ailleurs "dis donc, tu es plutôt sympa comme nana, je croyais que t’étais une panthère aux poches bourrées de pétitions".

Mais le titre qui lui valut le succès, son tube, c’est l’un des deux seuls textes de la chanteuse qui parle de sa famille. Un titre auquel elle a souvent été réduite, car il touche à l’universel et est simple à chanter.

Melocoton est une chanson laser d’une minute 40, 100 secondes seulement. Une balade dont le décor est installé en une phrase "Melocoton et boules d’or, deux gosses dans un jardin".

La force du texte réside dans l’innocence des deux protagonistes, trop petits face à un monde trop grand… Elle parle de nous, des adultes perdus, avec le refrain qui tient en une phrase "j’en sais rien, viens, donne-moi la main".

"Mélocoton" une chanson de Colette Magny en 1963 sur l’album du même nom, c’était dans l’air du temps… Ça l’est toujours.

 

 

Dans l'Air du temps

Colette Magny

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