Economie

Colruyt rachète des terres agricoles, les agriculteurs sont inquiets: "C'est comme revenir au Moyen Age"

Pas touche à la terre et à l'indépendances des agriculteurs

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03 oct. 2020 à 09:34 - mise à jour 03 oct. 2020 à 09:38Temps de lecture2 min
Par Thierry Vangulick

Le groupe Colruyt se lance dans l’achat de terres agricoles via sa filiale Agripartners. L’annonce fait grand bruit dans le monde agricole. Les agriculteurs wallons, s’exprimant à travers la Fédération wallonne de l’Agriculture, rejettent de telles pratiques.

Le groupe Colruyt se dit pourtant étonné de ces réactions. Sa stratégie d’achat de terres entre dans une logique d’ancrage de l’offre au niveau local, dit-il dans un communiqué. "Les produits issus de l’agriculture sont déjà achetés autant que possible en Belgique. De cette manière, nous voulons miser sur l’origine belge de ses produits en contribuant à garantir, assurer et stimuler la disponibilité de ces produits sur le sol belge."

Et Colruyt assure aussi vouloir sécuriser ces terres à des fins agricoles et ne pas vouloir lancer une offensive sur ces terres en Wallonie. Mais ne veut pas communiquer sur ses objectifs d’achat en termes de surface ni sur ses objectifs en termes de production.

Ça va faire encore monter les prix !

Et c’est bien ce qui inquiète la FWA, la Fédération de l’agriculture wallonne qui, par la voix de son secrétaire général José Renard, a réagi vigoureusement à cette annonce : "Nous saluons la volonté de Colruyt d’ancrer son approvisionnement auprès des producteurs locaux. Cela ne peut que profiter à l’agriculture wallonne. Mais sa politique d’achat de terres va peser sur le marché qui est déjà très tendu. Le prix des terres est déjà la cible de spéculateurs et ils s’envolent. Au point qu’il devient très difficile, voire impossible, pour un jeune agriculteur aujourd’hui de se lancer ou de reprendre l’exploitation familiale. Il y a moyen de s’approvisionner auprès des producteurs locaux sans les priver de leur indépendance."

Ce serait revenir au Moyen Age

Dominique Lebrun, qui exploite une ferme de 100 ha dans le Brabant wallon y tient particulièrement à son indépendance et l’annonce de Colruyt la met en colère. "Ils veulent travailler avec des indépendants mais ça ne veut rien dire. C’est eux qui décideront de ce qu’il faut planter quand et comment et qui fixeront le cahier des charges. Et nous, on aura plus qu’à exécuter sans pouvoir discuter. Ils posséderont la terre et en seront maîtres. C’est comme revenir au Moyen Age ! Eux, ce sont les seigneurs et nous les serfs ! Pas question d’accepter ça. On s’est battu pour garder notre indépendance avec le bail à ferme, ce n’est pas pour la brader maintenant. Il y a suffisamment de producteurs compétents en Wallonie pour les fournir en produits de qualité pour répondre à leur demande. Pas besoin d‘en faire des ouvriers agricoles".

Une évolution pas une révolution

Colruyt affirme pourtant vouloir nouer des partenariats. "L’intention est de collaborer avec des agriculteurs indépendants. Ils ne seront pas 'employés’par Colruyt Group et ils auront la garantie que leur produit sera acheté à un prix convenu et par un partenaire qu’il connaît."

Mais la méfiance est bien là. Car dès qu’on touche à la terre, l’agriculteur se braque vite. Colruyt ne doute pas de parvenir à nouer des partenariats mais dit vouloir poursuivre le dialogue avec le monde agricole. Il voit dans cette opération une évolution, pas une révolution !

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