Belgique

Colruyt rachète un commerce de vélos à Bruxelles et vise 50 à 60 magasins en Belgique : quel avenir pour les vélocistes ?

17 août 2022 à 15:48Temps de lecture6 min
Par Jean-François Noulet, avec M. Delporte et A. Delpierre

Depuis un peu plus de trois ans, le groupe Colruyt s’est tourné vers le marché du vélo. Il a commencé à vendre des bicyclettes en 2019, après avoir racheté la chaîne de magasins Fiets !, présente en Flandre. A partir de là, Colruyt a continué à avancer ses pions sur l’échiquier. Il y a eu le rachat d’un fabricant néerlandais de vélos en 2021. Il y a aussi eu l’extension du réseau de magasins. Sous l’enseigne Bike Republic, le réseau aux mains du groupe Colruyt compte 24 magasins en Flandre, dont 10 créés en l’espace d’un an. Il ambitionne de conquérir le marché belge du vélo avec 50 à 60 magasins répartis dans le pays. Le premier commerce de vélo "hors Flandre" vient d’être racheté à Bruxelles.

Le rachat de magasins de vélos par des grands groupes ou le regroupement de plusieurs commerces dans des entités plus importantes est-il l’avenir ? D’ieteren s’est aussi lancé dans le commerce de vélo. Certains vélocistes se sont aussi tournés vers la multiplication des magasins et la collaboration avec des concurrents pour mieux se développer.

Une institution du vélo bruxellois qui passe dans le giron de Colruyt

A Bruxelles, IMP Bike, est un des établissements bien connu des adeptes du vélo. L’entreprise familiale, créée en 1983 a grandi au gré des évolutions du marché du cycle. Ces dernières années, les vélos électriques, populaires, sont venus étoffer la gamme proposée à la clientèle. Le commerce a grandi et s’est offert les 1500 m2 d’un ancien garage.

Aujourd’hui, IMP Bike entre dans le giron de Colruyt et de son réseau Bike Republic. Les patrons ont été séduits par les arguments de Colruyt. "Nous avons été approchés par plusieurs acteurs du marché, mais le déclic manquait à chaque fois. Avec Bike Republic, nous l’avons eu", soulignent Isabelle et Michel Parmentier, les patrons d’IMP Bike.  : "Nous parlons la même langue, la langue du vélo", soulignent-ils. "Notre magasin fait désormais réellement partie d’une famille, d’un ensemble plus vaste", ajoutent-ils. En rejoignant la filiale de Colruyt, ils estiment être "tournés vers l’avenir". "Faire partie d’un grand groupe, cela va nous donner les moyens de développer notre activité", explique Isabelle Parmentier, la patronne d’IMP Bike.

Rejoindre Bike Republic, c’est avoir accès à un stock suffisant, alors que la pandémie de Covid a montré que les délais de livraison pouvaient être très problématiques. "Il faut commander les vélos en avance. Quand je dis ça, cela veut dire entre un et deux ans à l’avance", explique Wim Teerlinck, le patron de Bike Republic. Dès lors, Bike Republic mise sur son stock, "Aujourd’hui, on a 10.000 vélos en stock, c’est un capital énorme", reconnaît Wim Teerlinck.

La filiale "vélo" du groupe de distribution vise les particuliers, mais aussi les entreprises et les PME avec la vente ou location de vélos d’entreprise. Le groupe lorgne aussi sur le développement du vélo cargo. Wim Teerlynck précise : "La livraison du dernier kilomètre par vélo cargo est en hausse", précise Wim Teerlynck, directeur de Bike Republic. Il vise les plombiers, kinés ou coiffeurs bruxellois à domicile qui chercheraient à se rapprocher plus facilement de leurs clients ou patients.

Pas le premier "grand" groupe à diversifier ses activités dans le vélo

Une autre société, D’ieteren, a fait le choix de développer ses activités dans le commerce de vélo. Ce groupe, que l’on a surtout connu auparavant dans la vente et la distribution de voitures et dans le secteur automobile en général, a aussi misé sur le vélo ces dernières années.

Sous l’enseigne "Lucien", D’ieteren compte 8 magasins dans le pays, surtout en région anversoise et à Bruxelles. Le premier magasin bruxellois s’est ouvert en mai dernier dans un ancien garage Audi. L’ambition est de générer 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 ans et de racheter d’autres magasins de vélos dans la capitale.

Créer un groupe, avoir plusieurs magasins : faire le poids face aux fabricants, notamment

En Wallonie, Bicyclic compte plusieurs établissements. Créé en 2005 à Liège, le premier magasin était passé quelques années plus tard à une superficie de 1200 m2 pour se présenter comme "le plus grand magasin de vélos de Wallonie". Depuis, l’enseigne a connu une extension géographique. Elle compte aujourd’hui six magasins. En outre, Bicyclic s’est associé à deux sociétés flamandes, Cool Electro Cycle et Velodome qui, eux, totalisent ensemble une petite quinzaine de magasins en région anversoise et en Flandre occidentale. "A trois, nous avons créé une joint-venture qui a une marque commerciale, Raida, qui a déjà deux shops, un à Leuven et l’autre à Alost et nous en ouvrirons un à Uccle en septembre ou octobre", explique Hervé Reginster, le CEO de Bicyclic et de Raida.

Bicyclic s’est orientée vers la création d’un site web pour la vente, vers la vente de vélos aux entreprises, qui se fait déjà beaucoup en Flandre, mais moins en Wallonie. Elle voulait aussi poursuivre la vente de vélos de haut de gamme. Se regrouper avec d’autres enseignes, développer des activités avec celles-ci s’est imposé pour la société wallonne. "On trouve que c’est nécessaire pour différentes raisons", explique Hervé Reginster. "La première, c’est vis-à-vis des fournisseurs. Le Covid a totalement transformé le marché. Le marché totalement mondial fait qu’il y a d’énormes problèmes d’approvisionnement auprès des marques de vélos. Le fait de se regrouper, c’est pouvoir avoir une force de négociation, pas forcément pour avoir le meilleur prix, mais pouvoir s’engager à acheter autant de vélos dans les cinq ans qui viennent, cela donne une position intéressante vis-à-vis des marques", explique Hervé Reginster. Cela permet donc de négocier et d’avoir les stocks nécessaires. Un "petit" vélociste indépendant n’aura pas la même marge de manœuvre.

Pour Bicyclic, se rapprocher de confrères flamands, c’était aussi augmenter les chances de vendre des vélos aux entreprises sans être obligé de passer par des sociétés de leasing. La condition pour "ne pas dépendre des sociétés de leasing qui nous imposent des conditions, c’est d’avoir suffisamment d’espace, de magasins, pour que les clients qui sont disséminés, les entreprises qui ont plusieurs filiales en Belgique, puissent avoir un magasin à nous proche de chez eux", poursuit Hervé Reginster. "C’est absolument nécessaire à partir du moment où les sociétés de leasing nous prennent une grosse partie de la marge", ajoute-t-il.

 

Et les vélocistes indépendants, que pensent-ils des grands groupes ?

Le marché du vélo est donc de plus en plus occupé par des acteurs qui brassent des volumes de vente importants. Il y a, par exemple, d’une part l’enseigne décathlon qui occupe largement le marché du vélo grand public. On l’a vu, des acteurs comme Colruyt et son stock de plus de 10.000 vélos, entendent aussi occuper de plus en plus le terrain.

S’ils ne se regroupent pas avec d’autres, que peuvent espérer les vélocistes indépendants ? Leur poids face aux fabricants est plus faible. "Pour moi, ils devront soit devenir mono marque", réagit Hervé Reginster, de Bicyclic, "Ce n’est pas le must quand on est indépendant, car on dépend d’un importateur, on dépend d’une marque et de sa politique", ajoute-t-il. Soit ils devront se spécialiser dans le haut de gamme et miser sur leur expérience de la mécanique "vélo". "Il y aura toujours des clients passionnés pour le vélo de route haut de gamme ou le VTT haut de gamme et pour des vélocistes qui sauront apporter un service que d’autres ne sauront pas apporter", estime Hervé Reginster. Pour lui, ce serait probablement plus compliqué de survivre en tant que vélociste "généraliste" sans une surface de vente suffisante et les volumes de vente qui vont avec.

A Uccle, c’est un autre pari qui est tenté par un vélociste. Ici, trois personnes s’occupent du commerce familial. On y vend des vélos, mais on a aussi fait le choix de réparer aussi les vélos de toutes marques. On préfère aussi se démarquer des grandes enseignes et des grands groupes qui cherchent à racheter des magasins de vélo. "On n’a pas encore été approchés. Nous, ça ne nous intéresse pas de collaborer avec eux", réagit Victor Vanderhoever d’Ecocyclo. Toutefois, ce vélociste indépendant est conscient du risque de rester à l’écart des conglomérats. "Ce qui me fait un peu peur, c’est que du coup les assembleurs de vélos, les fabricants de pièces détachées favorisent les contrats plus importants avec les gros fournisseurs et que nous, on ne puisse plus assurer le service par manque de pièces ou de vélos à vendre", craint Victor Vanderhoever. Alors, toutes les idées sont bonnes pour continuer à se démarquer. "On prévoit d’ouvrir un petit café dans le magasin pour diversifier l’activité et créer communauté", explique Victor Vanderhoever, d’Ecocyclo. Bref, jouer sur d’autres plans que les gros acteurs du secteur du cycle.

 

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