Comics Street : Alice Guy

© catel et bocquet

06 oct. 2021 à 11:49Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

Un sacré pavé, une biographie de près de 400 pages ! Ce n’est pas la première biographie de ce type à laquelle s’attelle le duo Catel/Bocquet. Voilà vingt ans qu’ils poursuivent leur envie de remettre en avant quelques-unes des femmes qui ont fait l’Histoire et qui, pourtant, n’y occupent pas la place qu’elles devraient.

Il y a d’abord eu ''Kiki de Montparnasse'', immense succès de librairie, puis ''Olympe de Gouges'', ''Joséphine Baker'' et maintenant, une quatrième 'Clandestine' de l’histoire comme l’appellent les auteurs : ''Alice Guy''. Si ce nom n’évoque rien pour vous, c’est qu’ils avaient bien raison de lui consacrer ce livre !

Sans dévoiler ce que cette bio graphique vous réserve, quelques éléments indispensables : Alice Guy est née au XIXe siècle, dans une famille aisée mais le confort bourgeois a été pour elle de courte durée. Forcée de gagner sa vie très jeune, elle a choisi un domaine qui était jusque-là réservé aux hommes dans les entreprises, les écritures comptables, et une spécialisation qui en était à ses balbutiements : la sténodactylo. Rien ne semblait la prédestiner à devenir l’une des femmes les plus créatives du début du XXe siècle. Rien, si ce n’est le hasard de ses contrats qui l’ont amenée à travailler aux côtés d’un certain Monsieur Gaumont, au moment même où les frères Lumière inventaient ce qu’on appelle aujourd’hui le cinéma.

Cette biographie raconte les débuts du cinéma vus par celle qui fut l’assistante de l’un des fondateurs de l’industrie française du septième art.

Alice Guy n’a pas été l’assistante de Léon Gaumont, elle en a été le bras droit, avant de voler de ses propres ailes. Elle est tout simplement la première femme réalisatrice de l’histoire du cinéma ! Ses premiers films, elle les réalise à partir de septembre 1896, soit moins de dix mois après la toute première projection publique des frères Lumière. Ce qui est fou, c’est que sans deux historiens du cinéma, le Français Francis Lacassin et le Belge Victor Bachy, qui sont allés la voir dans sa retraite bruxelloise durant les années soixante, on ne saurait rien de tout cela, ni de ses incroyables succès américains. Car après ses débuts flamboyants en France, Alice Guy prend le bateau pour New York, où est envoyé son jeune mari. Les époux vont y créer leur studio, puis leur propre compagnie. Et Alice s’y révélera une réalisatrice et une productrice recherchée, avant de tout perdre, dépassée par la montée d’Hollywood. Tout cela nous est raconté grâce aux archives sauvées par Francis Lacassin dont José-Louis Bocquet, le scénariste de cette bio graphique, est le légataire universel. Il était temps de redonner le premier rôle à cette femme de caractère que l’industrie du cinéma avait choisi de gommer de son histoire originale. Un premier rôle servi par un dessin en noir, gris et blanc, signé Catel. Style clair, épuré, il est totalement en phase avec l’époque et avec le noir et blanc des débuts du cinéma. Le livre se termine par de nombreuses annexes qui prolongent le plaisir.

''Alice Guy'', par Catel et Bocquet aux éditions Casterman

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

 

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