Comics Street : Animal social Club

© Hervé Bourhis

22 sept. 2021 à 11:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

On vous emmène dans le monde du cinéma français. Il y a du tapis rouge, de la montée des marches à Cannes, des stars bankable… Mais dans une version très politiquement incorrecte !

''Animal Social Club'', c’est le nom de cette bande dessinée écrite et dessinée avec des pinceaux trempés dans le vitriol. On y suit un couple de scénaristes un peu has been qui tentent de rester sur la crête du succès. Pour cela, Thomas et Karine sont prêts à tout. Se supporter, d’abord, parce qu’en réalité, leur couple est totalement factice. Mais ça, ce n’est que la face presque sympathique de leur jeu de dupes. Car pour financer leur film post-pandémie, ils sont prêts à toutes les bassesses et ont entrepris de lécher les bottes de toutes les autorités fournissant des aides régionales. Au passage, ils serrent la louche aux techniciens du cinéma sur lesquels ils crachent, car chacun sait que ce sont les techniciens qui ont les voix prépondérantes lors du vote des césars. Bref, Karine et Thomas mentent à la planète entière et sont prêts à vendre père et mère pour monter leur projet.

C’est sur le registre de la comédie que se joue ce livre, la farce, la satire, un peu tout ça à la fois. Hervé Bourhis, scénariste en vue qui aime se frotter à tous les genres et ne dédaigne pas étaler dans ses albums une culture assez impressionnante, dégaine ici sans crier gare et tire sur tout ce qui bouge. On rit, souvent jaune, il est vrai. Et on reconnaît des situations qui ne peuvent qu’être vraies même si on ne les a pas vécues. La force de l’auteur, c’est de caricaturer juste, si l’on peut dire. Thomas et Karine sont aussi pathétiques que cruels, aussi vénaux que lâches, et on se demande à chaque page ce qui peut encore arriver de pire que ce qu’on a lu à la précédente.

Un livre sur le financement d’un film français, ça ne fait pas rêver certes, le sujet n’est pas extrêmement glamour, sur le papier. Mais on ne s’ennuie pas une seconde dans cette farce à la nitroglycérine. D’autant que tous les personnages secondaires sont savoureux. La deuxième partie de l’histoire propose quant à elle un huis-clos sur fond de nouvelle pandémie, ce qui libère les démons enfouis au plus profond de chacun des protagonistes;  autant dire que rien ne nous est épargné.

Le dessin et les couleurs sont au service du projet : efficaces, sans fioritures, faisant la part belle à la caricature. On le sent, Hervé Bourhis s’amuse et règle quelques comptes ici et là avec une industrie à qui il a dû proposer quelques projets d’adaptation poliment refusés. Bref, si on ne lui a pas financé son film, on a bien fait de lui éditer sa BD.

''Animal social Club'' d’Hervé Bourhis, chez Dargaud

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

 

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