Comics Street : Faut Pas Prendre Les Cons Pour Des Gens

© Reuzé, Bernstein, Haudiquet, Rouhaud

03 nov. 2021 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

Petit conseil de savoir-vivre : Faut pas prendre les cons pour des gens ! Une phrase qui sonne déjà comme une profession de foi et qui a donné son titre à cette série. En deux ans et deux albums, elle a conquis 250.000 lecteurs, ce qui est carrément une prouesse. De quoi s’agit-il ?

De gags allant d’un dessin unique à une demi-planche, voire d’une à deux planches. Un format assez libre, donc, mais la marque de fabrique est ailleurs. On la trouve à la fois dans le dessin faussement froid et répétitif d’Emmanuel Reuzé, qui vient souligner l’absurdité des situations de façon presque clinique. Et dans le type d’humour qui y est pratiqué. Un humour qui, jusqu’il y a quelques années, était plutôt l’apanage des Anglo-Saxons et qui est en train de faire fureur en France. Car cet humour décalé, subversif et plein de non-sens, ''Faut pas prendre les cons pour des gens'' le partage avec d’autres, comme le fameux Fabcaro, rendu célèbre par son best-seller ''Zaï Zaï Zaï Zaï''.

Il est toujours difficile de partager des généralités sur l’humour d’un album de gags. Chaque page réserve son lot de surprises, de situations singulières, de dialogues savoureux. Désormais, trois coscénaristes assistent Emmanuel Reuzé, créateur de cet univers avec l’un d’entre eux, Nicolas Rouhaud. Ils ne semblent former qu’un seul cerveau tant tout cela est cohérent d’une page à l’autre. Le principe : prendre tous les travers de notre monde moderne et les retourner contre eux-mêmes. Ainsi, on se retrouve face à des situations totalement absurdes mais qui ont toujours un fond de vérité grinçante : les SDF font la grève, les arbres pour abandonner son animal lors du départ en vacances affichent complet, les invendus généralement passés au pilon pour éviter les coûts de stockage sont remplacés par des objets déjà détruits, et j’en passe.

On comprend que le but, c’est de faire rire mais je ne sais pas si on rit jaune. En réalité, on rit et on réfléchit en même temps. L’humour de ''Faut pas prendre les cons pour des gens'' nous tend un miroir, mais il n’est jamais ni méchant ni accusateur. Il est redoutable par sa combinaison entre sa justesse et sa fantaisie débridée. Comme si l’absurde en disait plus que le compte rendu aussi objectif que possible de n’importe quel journaliste. C’est carrément addictif. On tourne les pages sans s’en rendre compte, on en veut toujours plus. Parce qu’il y a au fond de nous-même une petite voix qui se régale de ce regard lucide, cinglant et pourtant tellement drôle sur notre drôle de monde. Vous l’aurez compris, je vous recommande très chaudement n’importe lequel de ces albums. La série ''Faut pas prendre les cons pour des gens'' compte désormais trois tomes.

''Faut Pas Prendre Les Cons Pour Des Gens'', tome 3, par Reuzé, Bernstein, Haudiquet, Rouhaud, chez Fluide Glacial.

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

 

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