Comics Street : La Dernière Rose de l'Été

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09 sept. 2020 à 11:45Temps de lecture2 min
Par Thierry Bellefroid

Un polar d’ambiance qui sent le soleil et le Sud, ''La Dernière rose de l’été'', c’est son nom, est un livre noir, un peu sulfureux. On y assiste à la chute d’un personnage sur fond de paysages magnifiques baignés par l’implacable lumière du Midi.

On suit un jeune Parisien, Léo, employé dans un salon-lavoir et qui se rêve en grand écrivain. Son cousin qu’il voit de loin en loin lui propose de garder sa maison de vacances durant un mois. C’est là que se déroule la majeure partie du livre. Vue sur mer, cyprès, pins parasol et sable fin, on pense à l’île de Porquerolles ou à l’île du Levant. La maison est voisine d’une villa d’architecte un peu mystérieuse, occupée par un misanthrope et sa fantasque fille.

On sent bien que c’est ce voisinage qui va provoquer la chute de ce jeune garçon :

L’auteur, Lucas Harari, n’essaie pas de nous cacher d’où va venir le danger. Mais il l’amène par touches légères, au gré des rencontres ou des non-rencontres entre Léo et la jeune fille d’à côté. Une ambiance hitchcockienne très réussie, qui vous plonge peu à peu dans une ambiance délicieusement délétère. On pense aussi à Françoise Sagan et à son chef-d’œuvre de jeunesse : ''Bonjour tristesse''. On sait que ça va mal finir, on sait que Léo n’est pas taillé pour le rôle. Mais on en redemande et on se plaît à le voir foncer tête baissée dans le piège. Le rythme est lent. Tantôt baignée de lumière, tantôt nocturne, la petite crique dégage presque une impression de théâtre antique.

C’est surtout pour l’ambiance, qu’on lit d’abord ce récit, mais cette ambiance doit beaucoup aux images de Lucas Harari. C’est le deuxième livre de ce garçon qu’on a découvert chez le même éditeur il y a trois ans avec une première œuvre déjà très réussie, ''L’Aimant''. Aiguisant son dessin, saturant ses couleurs, il propose ici une bande dessinée qui vous happe dès la couverture. On passe de pages dont les cases sont le plus souvent collées les unes aux autres, sans espace blanc, à de très beaux dessins en pleine page. Le bleu, le jaune et le rouge, les trois couleurs primaires en peinture sont omniprésentes, complétées par le vert. Le tout, servi par un dessin qui fait penser à la ligne claire des années 80, un peu entre Yves Chaland et Serge Clerc pour ceux à qui ces noms disent quelque chose. Pour ajouter à la réussite graphique de ce polar, il faut signaler que l’éditeur n’a pas lésiné sur les moyens.

Ce livre est de très grand format, ce qui rend les pages d’autant plus hypnotiques. Mais il bénéficie en outre d’une fabrication ultra-soignée. Le dos est toilé, le papier intérieur est épais, et réagit parfaitement au type de couleur utilisée. Bref, on est un peu aux antipodes de l’idée qu’un roman graphique, c’est forcément un gros livre vite dessiné en noir et blanc, relié au format d’un roman littéraire. Ici, le roman graphique se veut presque voluptueux. Les 192 pages se terminent de manière assez étrange et vous laissent avec le sentiment d’avoir été le spectateur d’un très joli drame.

La Dernière rose de l’été, de Lucas Harari, Sarbacane

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Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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