Comics Street : Le Spectateur

© Le Spectateur

21 avr. 2021 à 11:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

Aventure introspective en vision subjective, c’est assez rare et plutôt risqué : dans ''Le Spectateur'', le lecteur découvre l’histoire en se plaçant constamment à la place du personnage principal, Samuel. Lorsqu’il ferme les yeux, nous les fermons avec lui – case noire, donc -, lorsqu’il les entrouvre, un artifice nous le fait comprendre. Bref, nous sommes Samuel. Au point qu’il nous faudra attendre le premier miroir placé dans le décor pour découvrir à quoi ressemble ce garçon que nous suivons à partir de sa naissance. Mais la particularité du livre ne réside pas seulement dans ce parti pris narratif, ni dans ces couleurs bleutées sur fond noir qui le rendent si singulier. Si nous suivons l’histoire du point de vue de Samuel, c’est parce que ce personnage a une particularité : il ne parle pas. Aucune malformation des cordes vocales, aucun problème auditif n’explique ce mutisme. Mais il va profondément modifier son rapport au monde.

C’est donc l’histoire d’un muet, en effet. ''Le Spectateur'' déroule le parcours chaotique de Samuel, qui ne trouve pas sa place dans le monde du fait de son mutisme. Cela rappelle un album majeur de l’histoire de la bande dessinée, ''Silence'', de Didier Comès, qui racontait l’éveil à la conscience d’un muet attardé mental. Ici, pas de retard mental, mais une vie qui ne fait pas de cadeau. Orphelin de mère très jeune, Samuel va être pris en charge par un père déficient et alcoolique que la différence de son fils effraie. Très vite, le jeune muet se retranche du monde en dessinant. Ce qui va l’amener, dans une seconde partie du livre, à devenir un artiste remarqué. Mais la sensation de traverser la vie comme un spectateur, elle, ne le quittera pas.

Quel est le sens de ce drame ? Au cœur de ce livre, il y a ce lien qui nous lie les uns aux autres, le langage, et sans lequel nos interactions sociales sont caduques. Mais on peut aussi regarder cette histoire comme une nouvelle expression du mal-être de l’auteur. Théo Grosjean a une grosse vingtaine d’années. Il s’est fait remarquer sur Instagram par sa création intitulée L’Homme le plus flippé du monde, devenu un album de BD par la suite. Il y racontait sa difficulté à surmonter ses angoisses. On pourrait voir dans ''Le Spectateur'' une nouvelle manière de sublimer ces angoisses pour en faire une création. Le tout sans jamais verser dans le pathos pur. Même dans les pires moments de sa vie, Samuel flotte à la surface des choses, comme extérieur au monde, ce qui nous vaut un livre souvent poétique, parfois drôle, oscillant entre l’empathie et la volontaire mise à distance.

''Le Spectateur'' de Théo Grosjean, chez Noctambule

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

 

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