Comics Street : ''Par la Forêt''

Cahuzy & Pastor

Un roman graphique de deux signatures qui sont déjà bien connues dans le petit monde de la bande dessinée. À ma droite, Jean-Christophe Chauzy, 57 ans et pas loin de 35 ans de publication. On lui doit des collaborations avec les meilleures plumes du polar français – Thierry Jonquet, Marc Villard, Matz ou encore Pierre Pelot. Mais aussi des projets solos dont une tétralogie glaçante sur notre proche futur. À ma gauche, Anthony Pastor, près de dix ans de moins, mais un parcours impressionnant qui l’a mené à imposer une vision neuve de la littérature noire en BD, jusqu’à une pantologie glaçante sur notre proche futur.

Vous l’aurez compris, ces deux-là avaient des choses à se dire. Et pas des plus drôles. C’est d’ailleurs dans le registre du polar noir qu’ils ont décidé d’unir leurs imaginaires et leurs crayons. Dans ''Par la Forêt'', Chauzy et Pastor s’aventurent en lisière du monde. Dans ces zones où la forêt voisine les lotissements un peu glauques des cités pavillonnaires. On n’est ni à la campagne ni à la ville. Et c’est ce ni-ni qui donne tout son sel à ce livre un peu poisseux, aux confins du polar social et jamais très loin du fantastique. On y suit une jeune policière en marge, bien décidée à élucider une disparition restée sans réponse trois ans plus tôt. Mais poursuivre une enquête à titre personnel n’est jamais innocent. Et nous sommes baladés d’un bout à l’autre du livre entre les hypothèses et les raisons de cet étonnant acharnement. D’autant que, très vite, la route de cette jeune policière croise celle de la mère de la disparue, qui s’est mise en retrait du monde, et celle d’autres personnages tout aussi intrigants. En réalité, personne n’est ni blanc ni noir, dans cette BD, vous voyez, on en revient au " ni-ni ". Tout le monde cache ses zones d’ombre, ses blessures, ses névroses

C’est avant tout un livre d’atmosphère plutôt qu’une enquête, au sens traditionnel du terme. C’est un livre qui sonde tout un monde, celui de ces lotissements où l’on peut aussi bien aller se cacher que passer son temps à observer ses voisins. On se sent souvent mal à l’aise, à la lecture de ce roman graphique, comme si on avait nous-mêmes l’impression d’être des voyeurs. C’est d’autant plus troublant qu’on passe d’architectures fonctionnelles assez hideuses à des moments en forêt d’une grande beauté graphique. Les couleurs sont déterminantes, aussi, dans l’atmosphère générale. Dominé par les bleus et les oranges vifs, ''Par la Forêt'' est un ouvrage qui déroute, jusque dans la scène finale.

''Par la Forêt'' de Cahuzy et Pastor, Casterman

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

 

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