Comics Street : Sous les Galets, la Plage

© ''Sous les galets, la plage'' Pascal Rabaté

24 nov. 2021 à 12:45Temps de lecture2 min
Par Thierry BELLEFROID

Petit détour par les pages d’un ouvrage de bande dessinée, dans une station balnéaire française, au début des années soixante.

Cap sur le Finistère. Et même sur Loctudy, pour être précis : une petite station joliment désuète qui se vide de ses vacanciers au début de cette aventure. On y suit trois jeunes garçons, fils de bonnes familles sur le point de commencer leurs études supérieures et que leurs parents ont laissé derrière eux pour quelques jours. Les voilà sur la plage, vidant quelques bouteilles, quand apparaît Odette, une mystérieuse jeune fille de leur âge bien plus libérée qu’eux. La nuit aidant, un bain de minuit achève de les rendre tous amoureux de cette sublime apparition. A partir de là, Pascal Rabaté construit ''Sous les Galets, la Plage'', une histoire qui oscille sans cesse entre comédie et satire sociale.

L’intrigue ne se dévoile que peu à peu, réservant de jolies surprises à la lecture. Les motivations de la jolie Odette pour allumer ce trio de garçons restent un moment dans l’ombre, le temps d’installer un climat propice à l’imagination. En scénariste parfait, Pascal Rabaté a tendu son récit comme un string ; il nous balade où et comme il veut, au gré de dialogues savoureux et de personnages tantôt attachants, tantôt pathétiques. Chacun porte un masque dans cette bande dessinée, et nous découvrons au fil des pages qui se cache derrière quel masque. Au centre des enjeux : il y a l’émancipation, la liberté, l’amour aussi. Et par-dessus tout, un certain regard sur ce qu’est la morale. Pour certains des personnages de l’histoire, tous les coups sont permis. Et pour d’autres, laver leur honneur passe au-dessus de toute autre considération.

Plutôt comédie ou plutôt drame ? Au final, on se délecte des trouvailles scénaristiques d’un auteur merveilleusement inspiré. On sourit, on s’amuse, on vit de délicieux moments de poésie pour se faire cueillir l’instant d’après par une scène glaçante. Parce qu’en réalité, rien n’est gratuit dans cette histoire. Il y a du Ken Loach derrière Pascal Rabaté, mais un Ken Loach qui veut faire rire, qui se cache derrière la légèreté pour dire son dégoût des normes, de la propriété, de la bourgeoisie. Depuis ses débuts dans les années 80, cet auteur a toujours eu à cœur de travailler la farce comme une loupe, il y avait du ''Don Camillo'' dans ses premières histoires. Et en réalité, même si la forme a changé, trouvant ici une grâce assez éblouissante, le regard est le même. On le retrouve d’ailleurs aussi dans ses films, puisque Rabaté est également réalisateur. On lui doit notamment ''Les Petits Ruisseaux'', ou ''Ni à vendre, ni à louer''.

''Sous les Galets, la Plage'', par Pascal Rabaté, chez Rue de Sèvres

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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