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Comment allez-vous docteur ? Après cinq vagues, les généralistes sont lessivés

17 févr. 2022 à 13:57Temps de lecture4 min
Par Sylvia Falcinelli

Ils et elles sont "en première ligne", comme ont dit. Depuis le début de la pandémie, ça défile dans leur cabinet, en virtuel ou au bout du fil. On se doute bien que la surcharge est réelle mais avec quel impact sur leur santé notamment mentale ?

L’Institut de Santé publique sonde régulièrement le bien-être des professionnels d’aide et de soin au travers de l’enquête Power to Care, réalisée avec la KU Leuven et dont le quatrième volet a été réalisé en septembre 2021(Sur notre site, nous avions répercuté le troisième volet, qui remonte au mois d’août 2021.) Des professionnels fatigués, sous pression, développant parfois des symptômes physiques tels que des douleurs musculaires et articulaires, certains envisageant même de quitter la profession. Mais quid spécifiquement des médecins généralistes ? La taille de l'échantillon ne permettait pas de donner des précisions sur cette catégorie en particulier.

A défaut d’une enquête pointue, voici quelques résultats d’un sondage réalisé par HealthOne, une société commercialisant des logiciels médicaux. A noter que la démarche n’est, forcément, pas désintéressée en termes de communication vis-à-vis de potentiels futurs clients parmi les généralistes (c’est une façon de développer la notoriété d’une marque, on vous en reparlera sur Inside). Selon le directeur de la société, le logiciel en question est présent chez 2600 médecins généralistes (sur environ 13.000 en Belgique, soit 20%). Parmi eux, 463 ont répondu à une enquête en ligne réalisée entre 7 et 31 janvier 2022. Ce qui permet de livrer quelques chiffres à propos de l’effet des vagues successives sur cette fameuse première ligne.

La vague de stress, premier effet des vagues de coronavirus

Près de 7 répondants sur 10 ont ainsi vu leur charge de travail augmenter avec l’arrivée du variant Omicron, sachant que pour près d’un répondant sur deux, la vague Delta avait déjà été vécue comme particulièrement lourde.

Chiffre interpellant : près de 9 répondants sur 10 signalent que la pandémie a un effet négatif sur leur santé mentale – un effet jugé important par un médecin sur quatre. Les médecins âgés de 31 à 40 ans rapportent ce problème avec plus d’intensité que les autres, ceux de plus de 60 ans sont 26% à ne signaler "aucun impact". L’influence de facteurs comme le fait d’avoir de jeunes enfants n’a pas été exploré ici.

Le stress est l’effet le plus souvent cité (7 répondants sur 10), suivi par l’anxiété (1 sur 4), la détresse émotionnelle (1 sur 4) et le burn-out (1 sur 5). La dépression est évoquée par moins d’un médecin sur 10.

La surcharge de travail pèse sur la vie privée des médecins dont certains en arrivent à penser quitter la profession : un tiers des répondants a envisagé une reconversion ou une retraite anticipée. Il est difficile de savoir à quel point ce chiffre élevé est représentatif, notamment parce que les personnes particulièrement en difficulté par rapport à leur travail sont peut-être davantage susceptibles de répondre à ce type d’enquête en ligne (une réserve valable pour les autres données aussi).

Paul De Munck est le président du Groupement Belge des Omnipraticiens, principal syndicat des médecins généralistes. Sur Déclic, il avait déjà fait part du ras-le-bol de la profession, "à genoux", pointant en particulier la surcharge administrative liée aux décisions politiques de gestion de crise (par rapport aux certificats par exemple), source de frustration et d’énervement.

Les chiffres amenés aujourd’hui par ce coup de sonde chez les généralistes ne l’étonnent guère – ils correspondent aux échos qui remontent du terrain depuis des mois.

Ça ne fait que confirmer tout ce qu’on entend, on doit presque œuvrer pour encourager les jeunes et leur dire que la médecine générale, ce n’est pas les deux ans de Covid qu’on vient de vivre…

 

Se réorganiser pour mieux faire face ?

A la question de savoir si "les mesures prises par le gouvernement pour alléger le travail des médecins ont été efficaces", près des trois quarts des répondants estiment que non.

On remarque que certains ont pris des dispositions pour s’organiser face à la surcharge de travail : un quart a fait appel à une personne pour les aider : agent administratif, membre du personnel médical ou stagiaire/étudiant en médecine. Et 14% se sont associés, pendant la pandémie, à un ou plusieurs confrères/consœurs. Estimant, pour 72% d’entre eux, que cette décision les avait aidés à faire face à la surcharge de travail.

L’avenir c’est la médecine générale de groupe.

Pour Paul De Munck, la crise a montré l’importance d’une médecine générale mieux organisée. Cela passe pour lui par une "médecine générale de groupe" : des regroupements multidisciplinaires ou pas de professionnels sous un même toit, "ce qui permet de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, d’assurer une continuité si l’un d’entre eux est malade, etc".

Au-delà, c’est un "vrai renforcement de la première ligne en Wallonie et à Bruxelles", qui est nécessaire poursuit-il, prenant l’exemple de la Flandre. "Ils ont défini des entités fonctionnelles qui permettent d’organiser beaucoup mieux le travail qui doit être fait, dans des structures institutionnalisées qui font travailler les acteurs de première ligne ensemble."

Une façon à la fois de soulager les généralistes et de gérer plus efficacement l’inattendu, "pour que demain, lors d’une nouvelle crise quelle qu’elle soit, on puisse avoir tout de suite des unités opérationnelles bien huilées habituées à travailler ensemble et qui lorsqu’elles doivent faire face à un événement soudain et imprévisible comme une crise sanitaire, sont déjà en place".

Revoir le sujet du jt sur les généralistes épuisés, en août 2020 déjà :

Les médecins généralistes épuisés

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