Tarmac

Comment Jul est-il devenu le chouchou du rap français ?

Jul aux Victoires de la Musique en 2017.

© AFP or licensors

09 déc. 2021 à 14:47Temps de lecture4 min
Par Guillaume Guilbert

"Indépendance", le 24ème album de Jul sort ce vendredi. C’est l’occasion de se poser une question : comment en quelques années le Marseillais est-il passé de celui qui était raillé pour sa voix autotunée et les fautes d’orthographe dans ses tweets au statut de plus gros vendeur de l’histoire du rap français ?

La sortie d’un album de Jul, c’est un peu comme l’arrivée des fêtes ou du nouvel Iphone, ça tombe régulièrement, et ça fait toujours plaisir. Un peu plus d’un mois après "Le Classico organisé", la sortie de "Indépendance" ne déroge pas à la règle.

Si aucune info sur la tracklist n’a fuité, l’attente autour du projet est comme d’habitude : assez énorme et il risque bien de truster les premières places des classements de streaming. Pourtant, si on regarde dans le rétroviseur du Shifter pro, on se rend compte que Jul n’a pas été tout de suite propulsé au rang du rappeur validé par un très large public (et par le rap game).

Retour en 2017. A l’époque, il est moqué par de nombreux internautes pour avoir écrit un message rempli de fautes d’orthographe sur sa page Facebook. Mais pas de quoi atteindre la confiance de l’intéressé qui répondra que ses lacunes en orthographe ne l’ont pas empêché de sortir des tubes. Cette anecdote résume assez bien la mentalité du rappeur marseillais : à la fois humble et sûr de lui, Jul s’est fait tout seul. Et avec les moyens du bord, il est parvenu à soulever des montagnes. Même face aux nombreux puristes de l’époque qui voyaient en lui une carricature de "ces nouveaux rappeurs autotunés", il a tenu bon et a réussi à imposer son style.

Un style à lui

C’est d’ailleurs une des grandes forces de Jul : son style immédiatement reconnaissable. D’abord grâce à sa voix autotunée (même si on le sait aussi efficace quand il s’agit de kicker sans effets sur sa voix) et ses paroles aux thèmes récurrents : les potes, le quartier, le foot, les joints, l’alcool,… Mais aussi grâce aux prods (qu’il compose lui-même pour la plupart) : des mélodies électroniques qui restent en tête et la grosse caisse sur tous les temps.

En restant assez loin des sonorités trap qui inondaient le rap français au moment où il a débarqué, l’ovni a fini par accrocher sa vibe dansante au tableau des grands courants de la discipline. Ces dernières années, pas mal de rappeurs se sont d’ailleurs essayé sur ce qu’on appelle désormais "une prod à la Jul", avec plus ou moins de réussite. Et l’indépendance musicale de Jul ne semble avoir aucune limite. En reprenant des refrains issus de la pop, comme celui de "Beat it" de Michaël Jackson ou plus tôt celui des "Démons de minuit", il s’éloigne encore un peu plus des codes du rap et se rapproche de ceux de la pop, et même de la variété française.

Fait maison

Le nouvel album du phénomène marseillais porte donc bien son nom : "Indépendance". Au-delà de l’aspect purement musical, l’indépendance chez Jul, c’est un mode de vie. Depuis le tout début, il construit sa musique depuis son cocon. D’abord dans une cabane de jardin (comme il l’expliquait, photos à l’appui, à la sortie de l’album "My world") ou plus tard dans le home studio installé chez lui.

Après s’être séparé de Liga One, son premier label, en 2015, il crée sa propre structure indépendante "D’or et de platine", un nom visionnaire quand on voit le nombre de certifications récoltées par le phénomène marseillais depuis lors. S’il est quand même lié au gros label Believe pour tout ce qui concerne la distribution, Jul est donc son propre patron, en plus d’être rappeur, beatmaker et producteur. En 2019, il annonce la création d’un nouveau label de production d’artistes: "R100R".

Bien dans ses claquettes

Ce côté "home made" lui donne l’image de quelqu’un qui a su rester simple, sans céder aux sirènes du milieu. Dans ses rares apparitions médiatiques, on le voit plus souvent en claquette-chaussettes Quechua dans son studio ou sur le tournage d’un clip au quartier que dans un défilé Dior. Cette simplicité et cette discrétion l’ont rendu sympathique aux yeux du public, mais aussi aux yeux des autres rappeurs. "Jul, c’est un vrai bon gars", nous confiait Guy2Bezbar lors de son passage chez Tarmac pour une interview portrait, au sujet du tournage du "Classico organisé".

Qui d’autre que Jul aurait d’ailleurs pu rassembler autant de rappeurs autour d’un seul et même projet ? Pour le "Classico Organisé", il a regroupé 157 artistes de Marseille et de Paris, une collaboration inédite dans un milieu qui nous a plus habitué à des clashs entre rappeurs qu’à des projets communs. Et c’est sans parler de "13 Organisé" entre kickeurs marseillais qui avait déjà mis tout le monde d’accord en 2020.

"La machine"

Indépendant et fédérateur, Jul n’est pas du genre à se reposer sur ses acquis. Il est même plutôt du genre à ne jamais s’arrêter. Les membres de sa team le décrivent comme un acharné au travail. En sept ans, le rappeur a sorti 24 projets ! Du coup, même s’il préfère sa chambre aux plateaux télé, Jul est omniprésent dans le paysage musical.

"Indépendance" sera le troisième album solo que le marseillais dévoile en 2021, sans compter le "Classico Organisé". Les deux premiers comportaient 19 et 14 tracks, et le nouvel album devrait probablement être bien garni également. Les fans se régalent donc à chaque sortie, avec assez de matière pour attendre le prochain opus qui de toute façon ne tardera pas à arriver. Que demander de plus ? Avec 2,9 millions d’abonnés sur Instagram, plus de 4,7 millions d’auditeurs par mois sur Spotify - il est d'ailleurs l'artiste masculin le plus écouté sur la plateforme en France - et des projets quasi tous certifiés, "La machine" n’est pas prête de s’arrêter.

Articles recommandés pour vous