Economie

Comment l'explosion des prix risque de favoriser les entreprises déjà en position dominante (et de fragiliser les autres)

La question Echo avec Maxime Paquay

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Depuis que les prix ont commencé à augmenter, de nombreuses questions se posent du côté des entreprises : lesquelles vont être capables de répercuter la hausse des prix et donc de leurs coûts de production dans leur prix de vente ? En réalité, de nombreuses boites y parviennent. Dans la salve de résultats d'entreprises tombées cette semaine, il y a de nombreuses bonnes nouvelles. En tout cas pour les entreprises concernées, avec Solvay et AB InBev en tête.

Les exemples de chiffres d'affaires record sont nombreux et témoignent d'une chose : de grands acteurs économiques parviennent à répercuter la hausse généralisée des prix dans leur prix de vente. Qu'importe les prix des énergies qui explosent, qu'importe les matières premières plus rares, plus chères ou les salaires à la hausse, ces gros acteurs parviennent à imposer leurs prix à leurs clients professionnels des entreprises et au consommateur final.

Des bons chiffres d'affaires à relativiser

Il faut quand même relativiser en précisant que quand les prix augmentent, c'est normal d'avoir un chiffre d'affaires qui évolue lui aussi à la hausse. Cela ne veut pas forcément dire un bénéfice plantureux. AB InBev, par exemple, géant mondial de la bière, vient de réaliser des chiffres records avec + 11 % de chiffre d'affaires. Si au premier trimestre, le groupe a vendu plus de bières et plus cher, est-ce que ça signifie pour autant pour cette multinationale des bénéfices colossaux ? Non. Le groupe parvient tout juste à compenser la hausse généralisée des prix.

AB InBev y parvient tout juste, mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Globalement, les acteurs dominants sur leur marché respectif parviennent à imposer leurs prix. On appelle ça du pricing power. Certaines entreprises, moins grandes ou moins visibles, moins champions économiques déjà établis n'y parviennent pas ou peinent à le faire.

Les acteurs en position dominantes renforcés

Le pouvoir de fixer les prix maximums, ça veut dire quoi exactement ? Prenons un exemple : une petite brasserie artisanale qui fait face à la hausse des prix ( des céréales, de l'énergie, des salaires ...) et qui va voir son distributeur - une chaîne de supermarché par exemple - n'aura pas beaucoup de moyens de négocier. Les grandes surfaces ont en effet leurs propres concurrents, des clients exigeants et bien sûr, leurs propres marges bénéficiaires à respecter. Mais si le géant mondial de la bière AB InBev frappe à la porte de ces mêmes distributeurs, les leviers de négociation seront, pour eux, beaucoup plus importants. 

2021 Jay Radhakrishnan

Est-ce vraiment un problème ? Pas en tant que tel car il est normal que les entreprises, grandes et petites d'ailleurs, essayent de gérer leur barque au mieux. Mais le contexte risque indirectement de jouer en faveur de certains gros acteurs au détriment de plus petits qui auraient pu émerger. Cette explosion des prix, ce rapport de force, ne favorise en tout cas pas l'émergence de nouveaux acteurs.

Il y a un risque que ça renforce les acteurs qui sont déjà en position dominante. Prenez les chiffres de création de nouvelles entreprises qui ont été publiés ce jeudi : pour la Belgique, le premier trimestre 2022 n'a pas été extraordinaire du tout. Le nombre de nouvelles entreprises est en baisse en Belgique par rapport à l'année passée. Certains gros acteurs font leur loi et d'autres hésitent à se lancer vu le contexte. Et ça n'augure rien de bon pour la vitalité ou pour le renouvellement du tissu économique.

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