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Comment les communes rurales gèrent-elles le sans-abrisme ?

31 janv. 2022 à 19:48 - mise à jour 31 janv. 2022 à 20:54Temps de lecture3 min
Par Anaïs Stas

La semaine passée, le conseil communal de Couvin a été mouvementé, plusieurs personnes sans-abri ont crié leur mécontentement durant la séance. Elles ont reproché à la ville l’absence d’abri de nuit, de solution de logement, d’aide réelle apportée… Ce qui a exacerbé les tensions, c’est la volonté du propriétaire de l’ancien Institut Saint-Germain, au cœur du centre-ville de faire expulser quatre personnes qui squattent l’endroit.

Le bourgmestre de Couvin nous a confié en interview ne pas vouloir créer de structure spécifique pour ne pas "attirer d’autres SDF". Si Couvin manque d’infrastructures d’accueil, qu’en est-il des autres communes en dehors des grandes villes comme Namur, Liège, Charleroi ? Comment les plus petites communes, les communes rurales gèrent-elles la problématique du sans-abrisme ?

Logement d’urgence légalement obligatoire

Les communes sont légalement tenues d’avoir des logements d’urgence et d’insertion. Dans les faits, il n’y en a pas, ou beaucoup trop peu par rapport aux besoins réels. Certaines communes sont plus actives que d’autres et prennent des mesures pour faire face à cette réalité. Par exemple, la commune de Ciney compte cinq logements d’urgences. Fin de l’année 2021, elle a inauguré un logement d’extrême urgence, c’est-à-dire un logement disponible une semaine renouvelable une fois.

Mais souvent, les communes se dédouanent de cette problématique. Elles évoquent régulièrement plusieurs arguments comme ne pas vouloir créer de structure pour ne pas attirer d’autres personnes précarisées, ne pas avoir de personne SDF sur le territoire, ou simplement, ne pas avoir les finances. Qu’en est-il de ces arguments ?

Sans-abrisme caché

Dans les plus petites communes, les sans-abri sont moins visibles qu’en ville. "Ce n’est pas du tout pour cela qu’il n’existe pas" déclare Marie-Claude Chainyae du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté. "Il y a eu des recensements l’année passée du côté des communes liégeoises et d’Arlon qui ont montré qu’il y a beaucoup de personnes qui sont sans-abri. Mais c’est plus caché. Les personnes n’ont plus de logement mais elles sont hébergées par des tiers (de la famille, des amis)".

La précarité et la très grande précarité existent partout, y compris dans les zones les plus rurales. La crise sanitaire, et économique qui en découle ne fait qu’exacerber cette situation. "Avec l’explosion du prix de l’énergie, les fins de mois vont être de plus en plus difficiles pour un nombre croissant de personnes".

L’appel d’air ? Un mythe

"Il y a des personnes qui détestent la ville, d’autres qui détestent la campagne. Les gens qui souffrent de mal logement ou de sans logement à la campagne sont souvent des personnes du cru. Elles ont envie de rester là où elles sont. Et les envoyer vers une ville pour trouver une structure d’accueil ne résout rien. On les déracine. On les coupe de leur réseau et du peu de ressources qu’elles ont. Il faut laisser les gens libres de vivre où ils veulent ce n’est que comme ça qu’on peut les aider à long terme" détaille Marie-Claude Chainyae "ce n’est que comme ça qu’on sort de la gestion de la pauvreté pour entrer dans la recherche de solution. Les gens sans logement ne sont pas tous des marginaux : un couple qui éclate, perdre son logement suite à une catastrophe, perdre son emploi etc." Ce qui arrive par contre c’est de voir des personnes en transit. Elles se déplacent, restent quelques jours à quelques semaines sur la commune et partent, même s’il y a de l’hébergement d’urgence de disponible. Elles se reposent et repartent.

Finances insuffisantes

Créer une structure d’accueil comme un abri de nuit est coûteux. Les petites communes n’en ont simplement pas les moyens financiers. "Créer un abri de nuit ne se justifie souvent pas et est trop coûteux. Par contre, mettre à disposition des bâtiments abandonnés, avoir une attitude bienveillante et proactive, rénover des logements, là par contre, on est dans des solutions plus accessibles".

La Région Wallonne a d’ailleurs lancé un appel à projet doté d’une enveloppe de 30 millions d’euros à destination des communes pour créer ou rénover des infrastructures pour les personnes mal logées, sans-abri, en difficulté mentale et/ou d’assuétudes, ainsi que les victimes de violences conjugales et les migrants. Les projets sont à rentrer jusqu’au 31 mai 2022.

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