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Changement climatique

Comment limiter le changement climatique ? Le GIEC livre ses solutions dans son dernier rapport

04 avr. 2022 à 09:33 - mise à jour 04 avr. 2022 à 15:008 min
Par Adeline Louvigny et Manu Delporte

Ce 4 avril est dévoilé le troisième volet du dernier rapport du GIEC, le groupe des experts de l’ONU sur le climat, et sera présenté lors d’une conférence de presse accessible pour toutes et tous en ligne, sur YouTube et la WebTV de l’ONU, à 17h, heure belge. Après la sortie de la première partie du sixième rapport du GIEC, sur les "bases scientifiques du changement climatique" en août 2021, du deuxième volet sur la manière de s’organiser, s’adapter face à ces changements climatiques en février dernier, ce troisième volet évoque la manière de limiter le changement climatique, donc principalement de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les experts ont ainsi analysé différentes stratégies d'atténuation, en envisageant de nombreuses possibilités et technologies, comme la capture du carbone. Ils se sont également penchés sur les différents mix énergétiques nous permettant d'aller vers une décarbonation, ainsi que sur les milieux urbain. Un rapport qui n'apporte pas d'éléments neufs, mais permet de dégager des consensus scientifiques sur les trajectoires à prendre pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre. Voici les principales conclusions, et solutions du GIEC.

Vers un monde à +3.2°C : il est grand temps d'agir, les technologies sont là

Il est possible de diminuer nos émissions de GES de moitié d'ici 2030 : c'est le message que porte ce rapport. Mais pour y arriver, il va falloir s'embarquer dans un processus majeur de transitions dans le secteur de l'énergie : "diminution significative des l'utilisation de carburants fossiles, généraliser l'électrification (issue d'un mix énergétique durable), amélioré l'efficience énergétique et l'utilisation de carburants alternatifs, tel que l'hydrogène", précise le communiqué de presse du rapport. Diana Ürge-Vorsatz, coprésidente du groupe de travail, précise que l'amélioration de l'efficience énergétique peut être réaliser via des "réseaux décentralisés et locaux, au lieu de systèmes centralisés".

Selon le rapport, sans un renforcement des politiques actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement de +3,2°C d'ici la fin du siècle, et même si les engagements pris par les gouvernements pour la conférence climat de l'ONU COP26 l'an dernier étaient tenus, le mercure monterait de +2,8°C, alors que chaque dixième de degré supplémentaire provoque son lot de nouvelles catastrophes climatiques.

Toutes les technologies pour enclencher une diminution des émissions de GES sont là, c'est donc au niveau des stratégies politiques et des financements que le coup de boost doit être donné. "La mise en place de politiques, d'infrastructures et de technologies appropriées pour permettre de modifier nos modes de vie et nos comportements peut entraîner une réduction de 40 à 70 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050. Cela offre un potentiel inexploité considérable", commente Priyadarshi Shukla, coprésident du groupe de travail III du GIEC.

Un pic en 2025

Comme le disaient déjà les deux premiers volets du rapport, les prochaines années seront décisives. Si l'on veut limiter le réchauffement à 1.5°C, le pic de nos émissions devra avoir lieu dans trois ans, pour ensuite être réduit de presque moitié d'ici 2030 (d'un quart si le seuil est à 2°C). "Mais même si nous y arrivons, il est presqu'inévitable que nous dépasserons temporairement ce seuil, précise le rapport. Mais nous pourrions revenir en dessous d'ici la fin du siècle." Il faudra atteindre la neutralité carbone en 2050 pour ne pas dépassé le seuil des 1.5°C, et en 2070 pour éviter d'aller au-delà des 2°C.

Consommer moins, mieux, et intégrer la lutte dans un contexte plus large

"Le rapport met le doigt sur trois priorités, commente le climatologue belge Jean-Pascal Van Ypersele. Consommer moins, produire plus proprement et consommer mieux, et intégrer la lutte contre les changements climatiques dans un contexte plus large, pour faciliter la transformation."

"Toutes les connaissances, les technologies sont là, mais aussi, et c'est très important dans ce rapport, les changements sociaux qui sont possibles et nécessaires pour faire face à ce défi. Par exemple, en intégrant la lutte contre le changement climatique dans le cadre du développement durable, ce qui offre énormément de synergie et d'opportunités. C'est un rapport qui montre qu'il est possible de réduire les émissions de GES, d'abord en consommant moins d'énergie, c'est la priorité numéro un. Comment satisfaire les besoins de l'humanité tout en consommant mois d'énergie. L'énergie la plus propre, c'est celle que l'on ne consomme pas, et dans tous les domaines."

"L'autre priorité c'est de sortir des énergies fossiles, et de passer aux énergies plus propres, et les énergies renouvelables de manière massive. Il est possible de satisfaire un pourcentage très élevé de la consommation d'énergie si ces énergies sont intégrées correctement. Le rapport met le doigt sur les progrès immenses qui ont été faits ces dix dernières années."

Le rapport met en lumière le déséquilibre qu'il existe dans l'émission de GES, selon le niveau de vie : ainsi, les ménages des 10% des plus hauts revenus émettent entre 36 à 45% des GES à eux seuls. Les émissions liées au mode de vie des classes moyennes et défavorisées des pays développés sont quant à elles de 5 à 50 fois plus élevées que celles de leurs homologues dans les pays en développement. Un changement de style de vie pour les ménages les plus aisés est donc plus que nécessaire. Les principales actions, au niveau individuel, sont de favoriser les moyens de déplacement électrifiés, la marche et le vélo, ainsi que de réduire sa consommation de viande, pointe le rapport.

Des flux financiers bien insuffisants

Un point de tension dans les discussions autour de la rédaction de ce "résumé des décideurs" a été les flux financiers, considérés comme largement insuffisants par les scientifiques, tout spécialement dans les pays en développement.

Le rapport estime que les financements sont trois à six fois trop faibles par rapport à ce qu'ils devraient être d'ici 2030 pour limiter le réchauffement à moins de 2°C mais qu'il existe "suffisamment de capitaux et de liquidité à l'échelle mondiale pour combler ces écarts d'investissements".

"Lutter contre le changement climatique, ça coûte de l'argent mais ça rapporte aussi, détaille Jean-Pascal Van Ypersele. Le rapport met le doigt sur le fait que le gain que l'on va faire en termes de dommages évités, si l'on finance suffisamment la lutte contre le changement climatique, ce gain va être supérieur à son coût. Un des messages c'est donc 'Qu'est-ce qu'on attend'" ? Que les politiques prennent mieux en compte cette urgence, mais aussi les acteurs économiques, qui ont une responsabilité très importante."

"L'Union européenne dépense en moyenne un milliard d'euros en moyenne, tous les jours, pour acheter de l'énergie fossile en dehors de ses frontières. Qu'est-ce qu'on ne pourrait pas faire avec cet argent-là ?"

Dans le secteur du transport, les véhicules électriques sont identifiés comme ayant le plus grand potentiel à réduire nos émissions de CO2, . Concernant l'aviation et les bateaux, il est nécessaire de se tourner vers des carburants à émission faible, comme l'hydrogène et les biocarburants.

Le rapport met également l'accent sur le potentiel des villes à améliorer leur empreinte carbone, via un meilleur aménagement du territoire, en améliorant leur capacité à stocker du carbone, notamment via les espaces verts, et en favorisant une mobilité douce et/ou électrifiée.

Antonio Guterres dénonce les mensonges des politiciens et entreprises

Si le ton de ce troisième volet du 6ème rapport du GIEC se voulait relativement optimiste, se concentrant sur les solutions, le discours du secrétaire général de l'ONU, à l'ouverture de la conférence de presse de présentation, était lui très véhément, pointant du doigt la responsabilité des gouvernements et entreprises dans la situation actuelle d'urgence climatique. "Certains gouvernements et responsables d'entreprises disent une chose et en font une autre. Pour le dire simplement, ils mentent".

"C'est un dossier déshonorant, un catalogue des promesses creuses qui nous mettent résolument sur la voie d'un monde invivable", a-t-il poursuivi dans un message enregistré, alertant sur "l'extinction d'un million d'espèces" ou la multiplication de "canicules sans précédent, tempêtes terrifiantes, pénuries d'eau généralisées".

"La science nous explique que ce sera le résultat de nos politiques énergétiques actuelles," a-t-il poursuivi, accusant "des pays et entreprises gros émetteurs (de gaz à effet de serre) de ne pas seulement détourner les yeux, mais de mettre de l'huile sur le feu".

"Ils étouffent notre planète, au nom de leurs intérêts acquis et de leurs investissements historiques dans les énergies fossiles, alors que des solutions renouvelables moins chères offrent des emplois verts, la sécurité énergétique et une plus grande stabilité des prix," a-t-il lancé, sur fond de crise énergétique liée notamment au conflit en Ukraine. 

Fustigeant la "folie morale et économique" des nouveaux investissements dans le secteur des énergies fossiles, il a appelé à cesser tout financement du charbon et à "transférer dès à présent les investissements et subventions des énergies fossiles vers les renouvelables".

Comment sont rédigés ces rapports et résumés pour décideurs ?

Le groupe des experts intergouvernemental de l’ONU sur le climat a publié six rapports sur le changement climatique depuis sa fondation en 1988. Le GIEC est composé de scientifiques du monde entier, organisés en trois groupes de travail, qui produiront les trois parties des fameux "assessment reports". Le terme anglais est important, car il montre que le GIEC n’est pas un programme de recherche en tant que tel, donc ne produit pas de nouvelles études. Son but est d’assembler, résumer les connaissances et études réalisées sur le changement climatique afin d’en sortir une vue globale, une vision qui se veut commune à l’ensemble de la communauté scientifique (avec, bien évidemment, ses incertitudes).

D’un côté, on a les rapports rédigés par les scientifiques, dont chaque volet peut compter plusieurs milliers de pages. Et de ces rapports scientifiques sont rédigés les "résumés pour les décideurs", qui serviront de base aux décisions politiques. Des résumés qui sont révisés et approuvés par des experts nommés par les gouvernements, à l’issue de discussions de plusieurs semaines, où chaque ligne, chaque mot de cette synthèse du rapport global sont analysés.

Aux côtés de ces "assessment reports" sont également publiés, ponctuellement, des rapports exceptionnels, comme ceux de 2019 sur l’impact du changement climatique sur les océans et la cryosphère, et sur les terres.

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Le premier rapport du GIEC, publié en 1990, a précédé le Sommet de la Terre de Rio, en 1992 et la première Conférences des Parties sur le climat, la COP, qui s’est tenue à Berlin en 1995. Depuis, tous les cinq à sept ans, le GIEC produit de nouveaux rapports, afin de faire le point sur l’évolution des connaissances. Autant, lors du premier rapport, la communauté scientifique restait assez prudente lorsqu’elle évoquait le réchauffement climatique dû à l'émission humaine de gaz à effet de serre, autant il est désormais totalement admis que la crise climatique trouve ses origines dans les activités humaines. Le GIEC est passé d’observateur d’un phénomène, à acteur de la lutte contre les effets de ce phénomène, ses scientifiques ne cessant de lancer des cris d’alarme face à l’ampleur de la tâche.

Revivez la conférence de presse du GIEC de ce lundi :

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