RTBFPasser au contenu

Inside

Comment parle-t-on de faits divers à la RTBF ?

De gauche à droite : l’affaire Mawda, l’assassinat de Julie Van Espen et le dossier Bernard Wesphael. Les faits divers font régulièrement la une des journaux. Comment en parler correctement ?
31 janv. 2022 à 13:304 min
Par Martin Caulier, journaliste à la rédaction Info pour Inside

Le fait divers, par sa nature, peut parfois être choquant. Les faits peuvent être parfois très violents. Alors après s’être posé la question de la nécessité d’en parler dans cet article, on se penche sur la manière d’en parler. Lorsqu’on décide de prendre l’antenne, il y a un certain nombre de règles à respecter. On vous les détaille ici.

La première de ces règles c’est celle du “respect de la dignité de la victime”, explique Sébastien Georis. Il est responsable éditorial pour la thématique "police-justice" à la RTBF.C’est ce qui doit guider tous nos choix”. Même vision chez Bruno Clément, rédacteur en chef du JT et ex-journaliste judiciaire pendant près de 15 ans.

Il faut essayer de respecter le plus possible la vie privée. Et s’il s’agit de faits violents, il ne faut les relater que si ça a un sens journalistique

 

Le début de l’enquête

Il arrive que nous, journalistes, soyons amenés à réaliser des sujets ou des directs pour relater des faits divers alors que l’enquête n’en est qu’à ses débuts. Dans ce cas, il faut faire preuve de “beaucoup de précautions”, explique Sébastien Georis. “S’en tenir aux communications officielles venant du parquet. Je suis d’accord ça ne fait pas grande enquête journalistique mais c’est ce qu’il faut faire. Citer le parquet. Donner les faits qui sont avérés en citant à chaque fois ses sources. Cela peut être le parquet, éventuellement l’avocat d’une personne impliquée dans le dossier. Et puis quand on en sait plus, on le dit. Il n’y a pas de honte à cela”.


A lire aussi : Personnes disparues : pourquoi on en parle… ou pas ?


 

Le choix des mots

A cette précaution de base, il faut ajouter le choix des mots qui a son importance en matière judiciaire. “Auteur présumé”, “suspect”, “détenu”, “inculpé”, tous ces termes désignent des personnes et la manière dont elles sont considérées par la justice en fonction de l’avancée de la procédure judiciaire. “On est présumé innocent, on n’est pas présumé coupable”, rappelle Sébastien Georis. “Cela fait partie des mesures de précaution”.

Et puis la manière de raconter les faits a aussi son importance. "Personnellement, je suis partisan du compte rendu des faits le plus neutre et le plus froid possible”, explique Sébastien Georis. “Bien souvent, le fait se suffit à lui-même. Ça ne sert à rien d’ajouter de l’émotion dans le commentaire”. Selon lui, “c’est d’autant plus important dans un direct pour ne pas rajouter de l’anxiété à une situation déjà anxiogène de par la nature des faits”.

Le poids des images

C’est aussi un facteur à prendre en compte. La tentative de meurtre dans la station de métro Rogier à Bruxelles nous l’a rappelé. Dans ce cas-ci, les images sont particulièrement violentes, elles ont d’ailleurs fait l’objet d’un débat au sein de la rédaction. Nous avons d’ailleurs reçu plusieurs réactions à ce propos.

Capture d’écran de commentaire Facebook
Capture d’écran de commentaire Facebook

Xavier Mouligneau était l’éditeur du JT ce jour-là. C’est donc lui qui avait la responsabilité de diffuser ou non ces images. Il est revenu longuement sur ce choix dans “Les décodeurs” au micro de Marie Vancutsem.

Il explique notamment que le choix de diffuser les images a fait l’objet d’un débat au sein de la rédaction. Le choix a été fait de ne diffuser les images qu’une seule fois dans le sujet, de prévenir le téléspectateur sur la violence des images via un commentaire du présentateur Laurent Mathieu. De plus, et dans le but d’éviter un traitement sensationnaliste, le choix a été fait de ne diffuser qu’un seul reportage sur ce sujet et de ne pas le placer en ouverture du journal télévisé.

Je peux comprendre que ça peut occasionner une forme de stress par rapport à des gens qui prennent le métro ou dont des proches et des enfants prennent le métro”, explique Xavier Mouligneau. Mais selon lui, “il faut à un moment prendre ses responsabilités. Cela fait partie de la réalité de l’information. On n’est pas dans un monde de bisounours où la moindre image choquante, il faudrait la gommer ou l’éclipser. On ne pourrait plus parler de conflit armé, d’attentats. Il faudrait tellement encadrer les images qu’elles perdraient leur force”. Ceci dit, il explique aussi qu’il faut le faire uniquement si l’image est une information nécessaire et en l’encadrant de toute une série de précautions qui sont nécessaires pour ne pas choquer inutilement le téléspectateur.

Le débat des Décodeurs

Doit-on diffuser des images qui peuvent choquer à la télévision ?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Éviter de feuilletonner

Autre question qui a son importance : comment faire le suivi d’un fait divers tout en évitant de feuilletonner ? Pour Sébastien Georis, la question qui doit dicter nos choix dans ce cas est la suivante : “quel est le fait nouveau à porter à la connaissance du public ?” En fonction de la réponse à cette question, on peut ensuite déterminer le suivi que l’on donne à un fait divers ou à un dossier judiciaire de manière générale.

Par contre, le suivi d’un dossier est essentiel. “Je considère que lorsqu’on est monté sur un dossier, il faut terminer”, explique Sébastien Georis. “Pour l’affaire Dean, il n’est pas question que nous n’allions pas au procès par exemple. Pas question d’être là au moment de l’émotion par exemple et ne pas être là au procès au moment de l’échange des arguments, etc.”.

Toutefois, Bruno Clément, rédacteur en chef du JT reconnaît que “c’est l’une des choses les plus compliquées lorsqu’on parle de fait divers. Lorsqu’on commence à couvrir un fait divers, on ne sait jamais ce que l’on va découvrir dans le dossier. On nous accuse parfois de feuilletonner, moi je dirais à l’inverse qu’il ne faut surtout pas rater quelque chose.

La bonne méthode c’est donc de chercher, de trouver et puis ensuite de juger si ce qu’on a trouvé mérite qu’on le publie ou pas”.

Pour Bruno Clément, le journalisme judiciaire est donc “un secteur qui demande beaucoup de temps et de travail et d’expertise journalistique. C’est un domaine du métier dans lequel l’expertise des journalistes est très importante”.

►►► Cet article n’est pas un article d’info comme les autres… Sur la page INSIDE de la rédaction, les journalistes de l’info quotidienne prennent la plume – et un peu de recul – pour dévoiler les coulisses du métier, répondre à vos questions et réfléchir, avec vous, à leurs pratiques. Plus d’information : là. Et pour vos questions sur notre traitement de l’info : c’est ici.

Sur le même sujet

31 mars 2022 à 19:07
1 min

Articles recommandés pour vous