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Comment se préparer face à la pénurie d’eau ?

Tendances Première: Le Dossier

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20 sept. 2022 à 13:11Temps de lecture3 min
Par La Première

De plus en plus de signaux nous montrent que les schémas crues-sécheresse s’intensifient par leurs impacts et dans le temps. Ce phénomène a pour cause le changement climatique. Comment se préparer à une pénurie d’eau ? Comment s’adapter ? Eléments de réponses avec la lanceuse d’alerte et hydrologue française Emma Haziza.


Emma Haziza est également fondatrice de Mayane, une structure dédiée au développement de solutions face aux risques climatiques et hydrologiques et qui vise à lutter contre les effets du réchauffement climatique et ses conséquences territoriales. Pour elle, l’enjeu du siècle sera le triptyque 'eau – alimentation – énergie'.


 

© Pixabay

Où est l’eau ?

L’eau est partout. On est non seulement une planète bleue en surface, mais aussi une planète bleue en profondeur et même en superficie, dans l’atmosphère.

L’eau est partout, par contre elle n’est pas partout accessible. 97% de l’eau est salée, 2% se trouve en Arctique, Antarctique, Groenland. Et on parle de seulement 0,0012% d’eau dans nos lacs, fleuves, rivières, et 1% pour nos nappes phréatiques profondes. On voit qu’en réalité, l’eau qui est directement accessible est une eau précieuse, c’est une denrée rare et c’est elle qui est en train de disparaître sur la surface de la Terre.

Emma Haziza observe depuis 2017 une véritable bascule au niveau du climat, sur toute l’Europe. Entre sécheresses, canicules, inondations, on alterne d’un événement à un autre, d’un trop peu à un trop-plein.

Mais surtout, le problème c’est qu’à chaque fois, on croit que c’est derrière nous, et donc à chaque fois on est surpris, on n’est pas prêt.

A l’échelle politique, que faire ?

Il va falloir redonner de la valeur à nos terres. On a trop longtemps maltraité nos sols, notamment avec les pesticides. Or, ce sont les matières organiques qui permettent à l’eau de rester dans les sols et de capter le carbone. On peut donc la récupérer intelligemment dans la pluie, en modifiant la réception au sol.

La priorité est de désimperméabiliser massivement tous nos espaces urbains. Pourquoi ?

  • D’abord pour pouvoir jouer avec le cycle de l’eau dans la ville. On va pouvoir ainsi récupérer de l’eau qui va pouvoir s’infiltrer plutôt que de ruisseler. Si l’eau ne passe pas par la surface, ça lui évite d’être remplie de polluants et de polluer la rivière à l’aval. En revanche, si elle pénètre en profondeur, elle va recharger la rivière en passant par la nappe phréatique. C’est une façon d’améliorer considérablement la qualité de l’eau.
  • C’est un facteur essentiel en matière de vague de chaleur. On connaît ces îlots de chaleur urbains qui s’abattent sur les grandes villes et peuvent faire monter la température de 10° supplémentaires. Ils génèrent beaucoup de victimes. Des études montrent que le taux de végétalisation ou, au contraire, d’artificialisation des sols va avoir une conséquence directe sur le taux de mortalité lors des vagues de chaleur. La température élevée joue aussi un rôle sur le taux de suicide, parce qu’elle rend très fragile.

La nature doit reprendre ses droits

On voit bien que c’est une question de santé publique de réintégrer le cycle de l’eau intelligemment, et cela passe par la végétalisation des villes. Dans les campagnes, il faut aussi absolument se mettre à respecter les terres et l’agriculture.

Je crois que la nature qui reprend ses droits, c’est quelque chose de propre et beau. Il ne faut surtout jamais oublier qu’un arbre c’est le meilleur outil de ventilation qui existe, c’est le plus grand climatiseur, capable de rafraîchir nos espaces de vie. Par contre un arbre, cela ne pousse pas en un jour. Et faut-il encore qu’il puisse survivre dans un contexte urbain. Donc ça demande des essais, des erreurs, de planter certaines espèces… Et donc ça demande une vraie réflexion, mais il y a vraiment une urgence.

En tant que citoyen, que faire ?

Dans les zones inondables, l’association Mayane travaille avec les enfants sur les gestes qui sauvent : s’informer, se confiner ou évacuer,… 

Ailleurs, elle travaille plutôt sur les économies d’eau, elle cherche à faire comprendre aux enfants d’où vient cette ressource et pourquoi elle est fragile.

L’eau que l’on consomme, c’est celle que l’on consomme dans notre assiette mais aussi dans nos vêtements. Derrière tout ce qu’on consomme se trouve de l’eau. Notre industrie textile assèche la mer d’Aral et de multiples nappes phréatiques dans le monde. Et de cela, on parle trop peu.

Le geste le plus important à faire serait de diminuer la part de viande qu’on met dans notre assiette. 70% des terres en Europe sont dédiés à des céréales qui vont alimenter le bétail. Des céréales qui ont besoin d’énormément d’eau. Le bétail vient en concurrence avec nous, humains, dans les champs qui devraient nous nourrir mais qui nourrissent plutôt le bétail, explique Emma Haziza.

Il y a un enjeu énorme dans notre assiette et un enjeu énorme dans ce qu’on va prôner comme système. Parce que, s’il y a quelque chose que l’on n’achète plus, ça ne se fabrique plus. Et donc, on casse le processus et on peut quand même avoir un pouvoir énorme, à notre échelle, dans nos choix de consommation.

► Ecoutez la suite dans le podcast ci-dessus de Tendances Première

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