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Commission spéciale Covid: "Accéder à l'aide alimentaire est devenu un parcours du combattant"

Céline Nieuwenhuys, Secrétaire générale de la Fédération des services sociaux
10 déc. 2020 à 13:47Temps de lecture2 min
Par Barbara Boulet

L'ancienne présidente de la Fédération bruxelloise des CPAS Karine Lalieux et la secrétaire générale de la Fédération des services sociaux, Céline Nieuwenhuys, ont été entendues par les membres de la commission spéciale Covid du parlement bruxellois, ce jeudi matin.

Toutes deux ont commenté ce que Karine Lalieux appelle "l'explosion de l'aide alimentaire" et la difficulté administrative pour y avoir accès, malgré les 14 millions d'euros débloqués par le gouvernement fédéral.

"Aujourd'hui, les travailleurs sociaux nous disent qu'il faut parfois attendre dix jours pour obtenir un colis, déplore Céline Nieuwenhuys. C'est impressionnant. Accéder à l'aide alimentaire est devenu un parcours du combattant: files téléphoniques, demandes de documents de CPAS, compositions de ménage, temps d'attente et traitement de dossier parfois long puisque les services administratifs fonctionnent au ralenti".

La secrétaire générale des services sociaux explique en effet qu'une "logique de sélection s'applique désormais aux bas seuils, à des associations qui auparavant étaient tout à fait accessibles. Quand on est débordés, on commence à appliquer aussi des logiques de sélection. On sélectionne le public. Comment? En demandant des papiers".

La demande en hausse de près de 50 %

Avant la crise, 450.000 personnes bénéficiaient déjà du fonds européen de l'aide aux plus démunis (une partie de l'aide alimentaire). Et au mois de septembre, les services sociaux bruxellois avaient enregistré une hausse de 47 % de la demande d'aide alimentaire.

Les services de terrain expliquent avoir vu arriver, dès les premiers jours de la crise, les travailleurs de l'activité informelle (travail au noir), ainsi que les personnes fréquentant les restaurants sociaux qui ont dû fermer. Du jour au lendemain, ont donc débarqué des publics que ces services n'avaient jamais vus jusque là. "Ça a été apocalyptique, explique la Secrétaire générale de la fédération des services sociaux. Le taux de saturation a été tel au mois de juin que des services ont fermé".

Résultat: toutes les demandes n'ont pas trouvé de réponse, en tout cas pas dans l'urgence. Céline Nieuwenhuys cite à ce propos l'extrait relayé par un travailleur social du numéro vert d'urgence : "Un Monsieur habitant à 1000 Bruxelles est allé ce matin dans un service d'aide alimentaire sur le conseil d'un collègue du numéro vert. Mais on lui a donné un rendez-vous dans 10 jours. Il dit qu'il n'a pas mangé depuis vendredi, on est mardi. Comme j'ai des contacts au resto du cœur à Saint-Gilles, je les ai appelés. Ils m'ont dit qu'on pouvait leur envoyer Monsieur. Et qu'il verrait un assistant social pour obtenir une permission. Un accès aux colis, pour 3 mois".

La secrétaire générale se réjouit que l'aide alimentaire ait été renforcée, comme réponse à l'urgence, mais, insiste-t-elle, ce n'est pas un horizon: "La sécurité sociale est l'horizon, pas les services sociaux, les CPAS et les colis alimentaires". Céline Nieuwenhuys en rappelle d'ailleurs son coût non négligeable: 12 millions d'euros en fonds européens d'aide aux plus démunis, en période hors covid.

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