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Concorde et de Havilland Comet: comme le Boeing 737 Max, ces avions n'ont pas tenu leurs promesses

Le Concorde et le de Havilland Comet
13 mars 2020 à 05:05Temps de lecture4 min
Par A. Lechien

L'échec du Boeing 737 Max est rappelé ces jours-ci parce qu'il est interdit de vol depuis un an. Mais il y a eu dans l'histoire de l'aéronautique d'autres avions emblématiques qui n'ont pas tenu leurs promesses. Retour sur les cas du de Havilland Comet et du Concorde.

Le de Havilland DH 106 Comet

Dans l'après-guerre c'est la firme britannique de Havilland qui a développé et construit le "Comet", qui constitue le premier avion de ligne à réaction de l'histoire de l'aviation civile. Le but était de concevoir un appareil qui pouvait emporter au cours d'un trajet transatlantique une charge utile d'une tonne, à une vitesse de croisière de 640 km/h. Cet avion doit transporter du courrier et une quarantaine de passagers dans une cabine assez confortable et silencieuse.

Un de Havilland Comet de la BOAC en route vers Johannesbourg en provenance de Londres, lors d'une escale à l'aéroport d'Entebbe, en Ouganda (1952).
Un de Havilland Comet de la BOAC en route vers Johannesbourg en provenance de Londres, lors d'une escale à l'aéroport d'Entebbe, en Ouganda (1952). AFP

Les quatre turboréacteurs intégrés dans les ailes et les hublots carrés rendent la silhouette du Comet facilement reconnaissable. Le premier vol est effectué le 27 juillet 1949.

A partir de l'automne 1952, le Comet connaîtra plusieurs accidents, dont certains causés par des erreurs de pilotage. Mais il apparaît aussi que le profil de voilure du Comet présente des défauts dangereux ; il sera redessiné. Le 2 mai 1953, un Comet s'écrase en Inde, 6 minutes après le décollage. Il a été confronté à un fort grain orageux. La cause du crash n'est pas certaine, mais des témoins affirment avoir vu le Comet sans ailes, en feu, plonger dans l'océan Indien. Les enquêteurs soupçonnent une défaillance de la structure de l'appareil : des contraintes excessives fatigueraient prématurément le métal.

En 1954, un accident lors d'un vol au départ de Rome tue les 35 personnes à bord. Le Comet s'est désagrégé en plein vol, 20 minutes après le décollage, et s'est abîmé en Méditerranée, au large de l'île d'Elbe.

Le 8 avril 1954, un Comet reliant Rome au Caire s'écrase dans la Méditerranée, tuant les 21 personnes à bord. Les Comet de la première série présentent des problèmes structurels de solidité, et ils sont interdits de vol et retirés du service. Une nouvelle version de l'appareil est mise au point par de Havilland : il sera plus grand et plus solide. Et les hublots carrés sont remplacés par des versions ovales.

Un de Havilland DH-106 Comet 2R de la Royal Air Force
Un de Havilland DH-106 Comet 2R de la Royal Air Force Flickr/Andrew Thomas

Il y aura encore des versions 3 et 4 du Comet. Ce dernier modèle connaîtra une carrière de plus de 30 ans, surtout au service de l'armée. Au total, entre 1952 et 1971, le Comet a été impliqué dans 25 accidents, dont 13 ont tué 426 personnes.

Le Comet 4 aux couleurs de Dan-Air, exposé à l'Imperial War Museum Duxford.
Le Comet 4 aux couleurs de Dan-Air, exposé à l'Imperial War Museum Duxford. Flickr/Peter Barr-Watson

Le Concorde

L'idée de construire un avion civil supersonique date de la fin des années 1950. Plusieurs Etats se lancent dans l'aventure : le Royaume-Uni, la France, les Etats-Unis et l'Union soviétique. Après avoir commencé à développer leurs propres projets, les Anglais et les Français décident de collaborer afin de limiter les frais. Un accord international est signé en 1962. Cet accord préfigurera le programme Airbus.

"Concorde" ou "Concord"?

Comment fallait-il appeler l'avion, "Concorde" en français ou "Concord" en anglais? C'est le ministre britannique de la Technologie Tony Benn qui trouva la formule qui mettra fin à la polémique sur le nom de l'appareil. Le Concord s'écrira avec un "e" comme "excellence, England, Europe et entente cordiale", déclara-t-il.

Le premier vol du Concorde, le 2 mars 1969, à l'aéroport de Toulouse-Blagnac.
Le premier vol du Concorde, le 2 mars 1969, à l'aéroport de Toulouse-Blagnac. AFP

Le premier prototype de Concorde a été assemblé à Toulouse en 1967. Un premier vol d'essai de 29 minutes a eu lieu le 2 mars 1969. Ce n'est qu'après une centaine de vols d'essai que, le 4 novembre 1970, le Concorde vole à la vitesse de Mach 2 pendant près d'une heure. L'exploitation commerciale débute le 21 janvier 1976 avec un vol Paris-Rio (via Dakar) et un vol Londres-Bahreïn.

Le Concorde était doté d'une aile type delta. Son nez était mobile, capable de s'incliner à des angles différents : cela permettait au pilote d'avoir une visibilité suffisante lors de chaque phase du vol, tout en assurant une bonne pénétration de l'air à haute vitesse.

Le Concorde permettait de faire Paris-New York en 3h30. Un aller-retour coûtait dans les années 1990 l'équivalent d'environ 4500 euros et la clientèle visée comprenait des hommes d'affaires, des stars du cinéma ou du rock, et des chefs d'Etat : accueil au Champagne, repas gastronomique, salons particuliers dans l'aéroport… Mais pendant longtemps, les Etats-Unis ont interdit le survol de leur territoire aux avions supersoniques. Le bruit au décollage et le "bang" caractéristique au passage du mur du son en sont les causes. Ce n'est qu'en novembre 1977 qu'il obtiendra enfin l'autorisation de se poser à New York.

Le poste de pilotage du Concorde
Le poste de pilotage du Concorde Joël Saget (AFP)

L'accident de Gonesse

Vue aérienne du site de l'accident de Gonesse.
Vue aérienne du site de l'accident de Gonesse. JOACHIM BERTRAND / MINISTERE DE L'INTERIEUR/AFP

Le 25 juillet 2000, un Concorde à destination de New York s'écrase deux minutes après son décollage de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, tuant 113 personnes. Une lame métallique tombée d'un autre avion aurait fait éclater un pneu du Concorde. Un morceau de roue projeté sur l'aile aurait provoqué une fuite de carburant, qui se serait enflammé. L'avion tombe sur un hôtel à Gonesse.

Mais ce n'est pas cet accident dramatique qui provoquera l'arrêt du Concorde. Il continuera à être exploité. Et c'est le 10 avril 2003 qu'Air France et British Airways décident de ne plus le faire voler, car il n'est plus rentable.

Archive 10 avril 2003 : Air France et British Airways décident d'arrêter l'exploitation commerciale du Concorde

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Et le 31 mai 2003 ce sera le dernier vol commercial du Concorde.

Archive 31 mai 2003 : le dernier vol commercial du Concorde

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Un concurrent du Concorde: le Tupolev 144

Photo prise dans les années 1970 d'un Tupolev 144.
Photo prise dans les années 1970 d'un Tupolev 144. DSK / AFP)

L'Union soviétique commence dans les années 1960 à développer un avion de ligne supersonique. C'est la firme Tupolev qui est chargée de ce projet et l'avion est destiné à l'Aeroflot. Le Tupolev 144 peut emmener jusqu'à 120 passagers à une vitesse dépassant Mach 2 sur une distance maximum de 6200 km environ.

Avec son aile delta et son nez basculant, la silhouette du Tupolev 144 ressemble très fort à celle du Concorde. La grosse différence sont des "moustaches" rétractables situées de part et d'autre du cockpit, et destinées à améliorer la portance à basse vitesse. Les Soviétiques sont soupçonnés d'avoir copié certains plans dans les usines françaises. Mais un exemplaire du Tupolev 144 a franchi pour la première fois le mur du son le 5 juin 1969, quelques mois avant le Concorde.

En 1973, un accident d'un appareil de production mettra un coup de frein au programme. Le Tupolev sera finalement mis en service en 1975. Il sera retiré en 1999.

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