Environnement

Conférence de l’ONU sur les océans : "Si nous voulons protéger le climat, il faut protéger l’océan", selon l’expert Rémy Parmentier

L'invité dans l'actu

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27 juin 2022 à 09:43 - mise à jour 29 juin 2022 à 10:21Temps de lecture5 min
Par Kevin Dero, sur base d'une interview d'Aline Gonçalves

L’invité de ce matin dans notre matinale radio, orchestrée par Aline Gonçalves, c’était Rémy Parmentier. Grand défenseur de la nature et des océans de la première heure – il est actif depuis les années septante —, Rémy Parmentier collabore avec de nombreuses ONG, mais aussi avec des gouvernements pour la mise en œuvre de projets qui visent à protéger les océans. Il se trouve en ce moment à Lisbonne pour participer à la Conférence des Nations unies sur les océans.

Pourquoi est-ce si important de protéger ce milieu marin ? Il faut tout d’abord rappeler leur rôle bien spécifique : ils assurent la viabilité de la surface de la Terre car ils absorbent une partie de la pollution de CO2 et qu’ils absorbent aussi l’excès de chaleur. Et le spécialiste de la nature d’oser une comparaison : "Vous savez, ce qui distingue notre planète de toutes les autres planètes dans le système solaire, c’est l’océan qui nous donne la vie. Et effectivement, sans l’océan, la situation avec le changement climatique serait bien plus grave puisque l’océan nous protège du changement climatique". Les océans absorbent les effets de chaleur et absorbent le CO2. "Mais ceci a un coût pour l’océan, par exemple à cause de l’augmentation des concentrations de CO2 dans la mer, la composition chimique de l’océan change. C’est ce qu’on appelle l’acidification de l’océan".

Si nous voulons protéger l’océan, il faut protéger le climat

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Et l’expert d’ajouter qu' "à cause des changements de température, les courants changent et ça veut dire que les mouvements des poissons, les migrations des poissons se modifient. Et ceci a évidemment des conséquences pour la pêche et pour les communautés qui vivent sur les côtes et qui dépendent des ressources de l’océan".

L’océan, c’est la seule des machines du système climatique mondial

De plus, le niveau de la mer est en train de monter à cause de la fonte des glaces et en particulier des calottes glaciaires au pôle Sud et au pôle Nord. "Et ceci est en train de changer complètement, de bouleverser la géographie de notre planète avec des conséquences considérables pour les populations qui vivent sur les côtes". Il est excessivement important de protéger l’océan. "L’océan, c’est la seule des machines du système climatique mondial. Et si nous voulons protéger le climat, il faut protéger l’océan. Et si nous voulons protéger l’océan, évidemment, il faut protéger le climat" résume Rémy Parmentier.

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De l’impact sur la biodiversité

L’impact sur la biodiversité est aussi un réel enjeu. "Il faut accélérer la protection de la biodiversité dans la mer parce que plus l’océan est résilient, plus la biodiversité est diverse, protégée et riche, plus l’océan pourra être résilient face aux impacts du changement climatique".

Rémy Parmentier de s’expliquer ensuite sur le vocabulaire qu’il utilise : "Je dis "l’océan" et pas "les océans", parce que je pense que c’est très important de prendre conscience du fait qu’il y a en fait un océan sur notre planète qui nous unit tous, un océan avec cinq différentes caractéristiques Atlantique, Pacifique, etc. Mais si vous regardez une carte du monde, c’est un seul océan interconnecté dont nous dépendons tous et qui nous unit".

Activités minières insondables

Du côté des solutions, qu’est-ce qu’on peut faire remédier à cette acidification, ce réchauffement des températures et cette fonte des glaces ? Et Aline Gonçalvès de demander l’avis de l’expert sur les aires marines protégées. En créer davantage pourrait s’avérer une solution ?

Oui, selon Rémy Parmentier ("Il faut protéger les écosystèmes marins afin d’améliorer la résilience"). Mais "il y a aussi des problèmes émergents" ajoute-t-il. Et d’expliciter : "Par exemple, à l’heure actuelle, il y a des intérêts qui sont en train de se créer pour développer l’activité minière sous la mer. Quelque chose sur lequel, à notre avis, il faudrait mettre un frein. Parce que les conséquences n’ont pas encore été considérées. Et nous risquons de détruire des écosystèmes dans les profondeurs sous-marines que nous ne connaissons même pas". L’accent est, dans ce domaine, aussi mis sur notre pays. "Je dois signaler qu’en Belgique, il y a des intérêts privés qui se sont manifestés. Je pense que l’opinion publique belge devrait prêter attention à ce qui est en train de se faire dans l’obscurité, sans trop de transparence…"

Nous risquons de détruire des écosystèmes dans les profondeurs sous-marines que nous ne connaissons même pas

Une question qui a d’ailleurs été abordée dans notre émission "Déclic" récemment :

La chronique Océans

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Les "gros poissons" de la surpêche

Une résilience du milieu marin qui passe aussi par un arrêt de la surpêche. "Il faut arrêter les pratiques de pêche destructives, celles qui ne respectent pas les cycles naturels et les écosystèmes fragiles, les écosystèmes vulnérables. Et arriver à une pêche, disons durable, qui est dans l’intérêt des petits pêcheurs de la petite pêche, les petits pêcheurs artisanaux qui sont actuellement victimes des énormes flottes industrielles qui récupèrent non seulement tout le poisson, mais aussi les subventions, les aides publiques. 80% ou plus des aides publiques à la pêche vont chez les gros poissons, si je peux me permettre, et pas chez les pêcheurs artisanaux, qui sont les victimes de cette crise de l’océan".

Il faut arrêter les pratiques de pêche destructives, celles qui ne respectent pas les cycles naturels et les écosystèmes fragiles

Primordiale conférence de Lisbonne

La conférence de l’ONU à Lisbonne devrait durer cinq jours. Il y aura des milliers de représentants de gouvernement, d’entreprises, d’ONG, des scientifiques. Mais à quoi peut servir concrètement un tel rassemblement ? Que peut-il en ressortir ? "Les Nations unies ont décidé d’avoir une conférence mondiale sur l’océan tous les trois ans". La dernière a eu lieu en 2017, il a fallu attendre que la pandémie de covid-19 se fasse moins prégnante.

Ces engagements volontaires doivent être destinés à renforcer les obligations juridiques des États, et pas l’inverse

Les participants se sont bien réunis en visioconférence, mais ce n’était pas suffisant selon Rémy Parmentier. "C’est donc la première rencontre des défenseurs de l’océan au niveau mondial depuis cinq ans et il y aura d’une part une déclaration politique des gouvernements, et aussi ce que l’on appelle des engagements volontaires de la société civile, des universités, des ONG, des fondations, des entreprises, des organisations multilatérales, etc. Ces engagements volontaires doivent être destinés à renforcer les obligations juridiques des États, et pas l’inverse. Parce que certains disent, au lieu d’acquérir des obligations juridiques, nous devrions nous limiter à des efforts volontaires. Non, non, non, non. Les efforts volontaires doivent renforcer l’action des gouvernements et ne pas la remplacer".

 

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