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Tendances Première

Confinement : avons-nous encore de l'empathie ?

05 mai 2021 à 07:00Temps de lecture4 min
Par Christian Rousseau
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L’empathie, à ne pas confondre avec la sympathie. Ce qui différencie l’empathie et la sympathie selon le Docteur Brené Brown, chercheuse de renom à l’Université de Houston au Texas dans les matières de sciences humaines et sociales, c’est l’émotion. Pour avoir de l’empathie, il faut pouvoir se connecter émotionnellement. Les explications de Aurélie Russanowska. 

Dans un court métrage animé de près de 3 min, elle illustre de manière ludique la différence entre les 2 au moyen de dialogues. Cela donne ceci :

La personne A dit : Je suis figée, il fait noir dans ma tête, je suis submergée.

La personne B empathique lui répond : Je comprends, je suis là, tu n’es pas seule.

Alors que la personne C sympathique lui répond : Oh pas cool, tu veux partager mon sandwich?

Brené Brown se réfère elle-même aux travaux de la Professeure britannique en Sciences de la Santé, Theresa Wiseman, qui a établi une liste de 4 qualités de la personne empathique.

  • La première est de pouvoir intégrer la perspective de l’autre comme étant vraie,
  • la deuxième est de s’abstenir de juger, ce qui est le moins évident selon elle car dans notre société on juge constamment,
  • la troisième est de comprendre ce que l’autre ressent et
  • la dernière est de pouvoir communiquer que l’on comprend.

Pour elle, l'empathie est un choix, un choix vulnérable car pour être en mesure de se connecter avec autrui, on est obligé de puiser au fond de soi une expérience qui nous permette de ressentir ce que l’autre ressent. Et c’est parfois douloureux.

Si l’empathie est un choix : comment se comportent la plupart d’entre nous en ces temps difficiles?

Notre société connaît malheureusement un déficit d’empathie, que l’on pourrait opposer à la croissance de la solitude. La peur est partout.

Tout d’abord, beaucoup d’entre nous sont débordés par leurs propres peurs, stress et sentiments d’injustice tant d’un point de vue personnel que professionnel. Nous sommes donc dans l’incapacité de ressentir en plus les peurs des autres.

Ensuite, nous n’avons plus l’occasion de pouvoir confier nos ressentis aussi facilement qu’avant étant privés d’interactions humaines, y compris le port du masque qui cache une grande partie de notre visage et donc de nos émotions. De plus, depuis le début de la crise, on nous parle techniquement, mécaniquement, on nous demande de ne pas avoir d’état d’âme et on nous fait peur. On déplore le manque d’empathie des leaders de ce monde.

Jacinda Arden, la Première Ministre de Nouvelle Zélande, est la seule leader reconnue par les spécialistes de la communication pour la clarté, la consistance et la sobriété de ses messages. Et surtout l’empathie dont elle fait preuve : elle prend la parole depuis l’arrière d’un taxi, elle explique les décisions dans un langage humain et tout semble logique.

Résultat : la Nouvelle Zélande est l’un des pays qui a le mieux gérer la crise.

La pandémie n’explique pas tout

Effectivement, notre capacité à faire preuve d’empathie se détériorait déjà avant la crise du Covid.

Car notre façon de vivre dans des bulles, complètement liées aux réseaux sociaux, entourés de gens comme nous, qui pensent comme nous, qui dépensent leur argent comme nous, qui votent comme nous, nous empêche d’être confronté à la différence et donc de pouvoir pratiquer l’empathie.

Les marques nous invitent à faire preuve de plus d'empathie

Il semblerait qu’émouvoir ne soit plus suffisant. Il faut carrément réapprendre les bases : à savoir être honnête et reconnaître que l’on a des jugements et souvent sans fondement, pratiquer l’écoute active pour se mettre à la place de l’autre.

C’est ce que la marque Douwe Egberts tente de faire au travers de sa nouvelle campagne, Confidences de pères, où l’on comprend que le courage c’est aussi de pouvoir écouter sans parler et de ne pas juger.

Ils ont réalisé 4 petits films, 4 histoires de pères, pour d’un côté encourager les pères qui ont décidé de passer plus de temps avec leurs enfants et d’un autre côté, inviter clairement l’entourage, la famille, les amis, les collègues, à écouter activement et à ne pas juger. 

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Alors que le père parle beaucoup et que c’est lui qui incarne cette tendance New Masculinity où les hommes souhaitent pouvoir pleinement vivre leur rôle de père sans avoir la pression de celui qui ramène tout l’argent à la maison; c’est pourtant le regard et la réaction de l’associé qui sont importants. Il écoute. Il ne juge pas.

Il n’essaie pas de rassurer ou d’argumenter. Il parle peu. Brené Brown insiste sur le fait que l’empathie ce n’est pas de vouloir rendre les choses meilleures, c’est tout simplement aussi parfois dire “Je ne sais pas quoi te dire mais je suis content que tu me l’aies dit”.

Car ce n’est pas la réponse qui améliore l’état d’une personne, c’est la connexion qu’on est capable de créer.

Il y a un changement de logo aussi de la marque Douwe Egberts pour se positionner dans le débat du rôle et de l’égalité homme femme au sein de la famille

Douwe Egberts a remplacé l’icône féminine des emballages par celle d’un homme. Les autres histoires illustrent les malentendus qui peuvent survenir dans un couple, la pression des amis ou encore de la génération plus âgée où le rôle du père était différent.

Douwe Egberts a mené une enquête auprès d’hommes et de femmes pour vérifier s’il y avait en effet un besoin de s’aligner, des points de correspondance et des points de différences. Hommes et femmes sont pratiquement tous d’accord pour que les rôles au sein de la famille soient répartis de manière égalitaire, mais par contre les femmes ont le sentiment de faire toujours plus alors que les hommes ont l’impression de faire assez.

Il y a des points de vue différents et tant qu’on n’en parle pas ouvertement, qu’on ne va pas vers l’autre et surtout qu’on oublie d’écouter l’autre, il n’y aura pas d’issue. 

L’empathie est clairement nécessaire pour réussir un tournant dans notre société où à la fois les femmes et les hommes sont plus épanouis. Sans oublier que l’empathie est indispensable pour lutter contre l’autre grande épidémie, plus silencieuse, la solitude.

 

 

Tendances Première : Les Tendanceurs

Avec Aurélie Russanowska, de BBDO, on parle d’empathie et de tolérance.

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