Consommation : et si on arrêtait de se faire manipuler ?

Arnaques sur internet, publicité mensongère :  le point avec Yasmine Lamisse, chroniqueuse juridique

© Pixabay

La semaine dernière, à l’occasion du Black Friday, nous avons été littéralement assaillis par des offres de promotion, de réduction pour des achats en magasin et surtout en ligne. Sur Internet, nous sommes sans cesse sollicités par des offres abondantes, pléthoriques. Yasmine Lamisse, chroniqueuse juridique, ose poser la question : la course à la consommation est-elle vraiment nécessaire ?

Aux Etats-Unis, le Black Friday, c’est le lendemain de Thanksgiving, le 4e vendredi du mois de novembre ; c’est un jour de congé et on peut faire de bonnes affaires avant Noël. Le Black Friday est une institution américaine, il n’a rien à voir avec l’Europe. Ce n’est absolument pas un jour de soldes officiel chez nous. Pourtant, la Belgique a enregistré près de 10 millions de paiements en ligne et en boutique ce jour-là.

En Belgique, les soldes tombent début janvier et début juillet, avec des conditions strictes : on ne peut pas vendre un produit qui n’a pas été mis à la vente quelques semaines auparavant, par exemple. Le nom 'soldes' est spécifique à ces deux périodes et ne peut en principe pas être utilisé en dehors.


Réglementer les promotions

En France, une nouvelle loi anti-gaspillage a été votée début novembre contre les pratiques commerciales agressives. Un amendement vient d’être voté à la majorité pour interdire en plus les promotions du Black Friday. Des amendes jusqu’à 300 000 euros et des peines d’emprisonnement sont prévues.

Les députés français critiquent en effet ces pratiques agressives où l’on donne aux consommateurs l’impression de bénéficier de soldes, alors que ce n’est pas la période. Il est prévu par ailleurs de mettre en place une loi pour autoriser une éco-redevance pour l’e-commerce, selon le principe pollueur-payeur.


Et en Belgique ?

Il n’y a pas encore chez nous de législation qui vise spécifiquement le Black Friday, mais on peut faire valoir tout ce qui est pratique abusive et publicité trompeuse, susceptibles de nous induire en erreur et d’influencer le choix du consommateur. Car c’est interdit par la loi, rappelle Yasmine Lamisse.

Il y a en Belgique comme en France une législation stricte sur les soldes, mais elle n’est pas toujours bien respectée. Il y a une manipulation du consommateur. On lui donne l’impression qu’il va faire une super affaire mais les statistiques montrent bien que l’avantage ne va pas au-delà de 2%. Quand on promet une réduction de prix, on doit pouvoir savoir quel était le prix original et savoir quelle est la réduction effective.


Arnaques en ligne

Des arnaques fleurissent sur Internet : des faux sites utilisent le nom, à peine remanié, de vraies enseignes pour attirer frauduleusement, et disparaissent très vite. Pour éviter cette arnaque, il faut toujours poser un regard critique sur le site avant d’acheter, se méfier de tarifs excessivement bas, en retenant bien cette phrase :

Quand c’est trop beau pour être vrai, c’est que ce n’est pas vrai.

Il faut privilégier un mode de paiement sécurisé évidemment, vérifier les dates d’enregistrement du site. Et ne pas hésiter à user du droit de rétractation. C’est la possibilité, pendant 14 jours, de renoncer à votre produit sans frais, sans indemnité et sans justification, et d’en être remboursé.

La vente en ligne est effectivement considérée comme une vente à distance et on a donc toujours droit à ce droit de rétractation pour 14 jours en Europe, même s’il y a eu une réduction. Par contre en boutique, le vendeur n’acceptera que s’il en a envie. C’est un geste commercial qu’il fera ou non.
 

Et si nous consommions autrement ?

Le Black Friday, c’est la célébration de la surconsommation, dont l’impact sociétal et environnemental est dramatique. Les deux postes qui marchent le plus sont :

  • les équipements high-tech, dont la production et le recyclage sont un véritable enjeu écologique.
  • les vêtements. L’industrie textile est la 2e industrie la plus polluante au monde, sans compter les problèmes éthiques qu’elle pose.

En outre, toutes ces actions de réduction profitent à de très grandes enseignes ; les petits commerçants, eux, subissent de grosses pertes.

Pourquoi ne pas transformer le Black Friday en Green Friday, en un jour de lutte pour le bien-être, pour l’environnement, pour la société ? Il existe de nouveaux modèles tournés vers d’autres valeurs comme l’économie plus responsable, l’économie circulaire, la vente vintage…

Ne soyons pas des moutons : essayons de réfléchir et de consommer différemment.

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