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Contestation anti-mesures sanitaires : 13e jour de blocage au Canada, inquiétude pour l’économie

Un manifestant devant une rangée de pancartes à Ottawa, le 8 février 2022
09 févr. 2022 à 18:44Temps de lecture3 min
Par AFP

Au 13e jour de contestation au Canada, les inquiétudes montaient quant à l’impact économique du mouvement des camionneurs qui ne faiblit pas malgré des premières annonces d’assouplissement des restrictions sanitaires dans certaines parties du pays.

Outre les rues de la capitale fédérale Ottawa, occupées depuis le début du mouvement anti-mesures sanitaires fin janvier, les chauffeurs routiers et leurs partisans veulent frapper l’économie en paralysant également certaines voies commerciales essentielles.

Et le blocage, depuis lundi, du pont Ambassador à la frontière avec les Etats-Unis a fait monter la tension d’un cran, car si Ottawa est un symbole fort ce n’est pas une capitale économique.

"Les blocages illégaux doivent cesser", a exhorté mercredi sur Twitter François-Philippe Champagne, le ministre de l’Industrie. Ce passage est "essentiel" pour les chaînes d’approvisionnement du Canada, a-t-il souligné, rappelant que "des milliers de travailleurs et entreprises en dépendent".

Ce pont suspendu, entre les voisins nord-américains, qui relie l’Ontario à Detroit, aux Etats-Unis, est crucial pour l’industrie automobile mais aussi pour les hôpitaux américains qui emploient de nombreuses infirmières canadiennes.

"Les blocages aux frontières canadiennes menacent des chaînes d’approvisionnement fragiles qui sont déjà sous pression en raison des pénuries et retards liés à la pandémie", a condamné auprès de l’AFP Brian Kingston, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, exigeant la fin des protestations.

Le blocage du pont Ambassador survient à "un moment critique", constate depuis Détroit, Michelle Krebs, analyste chez Autotrader.

Habituellement, quelque 40.000 personnes traversent ce pont et l’équivalent de 323 millions de dollars américains de marchandises y transitent chaque jour.

"Lorsque ce type de blocus est un frein pour la croissance économique, la production de biens… le gouvernement fédéral doit intervenir", estime de son côté Gilles Lavasseur, professeur d’économie à l’université d’Ottawa.

"À l’heure actuelle, nous ne voyons pas la volonté politique d’aller dans cette direction pour réellement faire face au blocus", ajoute-t-il.

"Abandon de toutes les restrictions"

L’impasse semblait en effet totale sur le terrain mercredi matin. Et interrogé par des journalistes mercredi matin, le Premier ministre Justin Trudeau s’en tenait toujours au même discours : "Je comprends à quel point les gens sont fatigués, frustrés", "mais c’est en suivant la science, en se faisant vacciner que l’on va traverser la crise".

Dans les rues de la capitale fédérale Ottawa, épicentre du mouvement, la situation est inchangée depuis 13 jours : des centaines de poids lourds étaient toujours installés sur la colline parlementaire et sous les bureaux de Justin Trudeau.

Des manifestants ont installé des barbecues en pleine rue pour nourrir les camionneurs et leurs sympathisants, d’autres jouent au foot. Autour des bidons d’essence, qui servent à ravitailler les camions en continu, sont disposés çà et là dans la rue devant le Parlement, dans le ciel un hélicoptère de la police fédérale survole les lieux, a constaté une journaliste de l’AFP.

Les responsables politiques "commencent à enfin comprendre" s’enthousiasme auprès de l’AFP Mark Harrigan, 63 ans, galvanisé par les mesures de levée du passeport vaccinal annoncé mardi en Alberta et Saskatchewan. "Avec un peu de chance, ils vont s’en tenir à leur engagement et laisser tomber définitivement les mesures", ajoute-t-il.

Casquette "Canada" sur la tête et drapeau canadien sur les épaules, cet ouvrier ontarien estime que les mesures ont déjà causé des "dégâts", qui seront là "pendant des années et des années".

Mais pour que le mouvement s’arrête, il faut que "toutes les obligations (liées au Covid-19) au Canada soient abandonnées", renchérit Goran Dzelajlija. Ce Canadien de 50 ans originaire de l’Ontario, doublement vacciné, dort et mange dans son camion depuis le début du mouvement.

Mardi, les provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta (centre) ont annoncé renoncer au passeport vaccinal, estimant que "les avantages ne l’emportent plus sur les coûts". Et pour la première fois depuis la mise en place de nouvelles restrictions liées à la vague Omicron, le Québec a annoncé un calendrier détaillé des allègements à venir.

Baptisé au départ "convoi de la liberté" ce mouvement canadien visait à l’origine à protester contre la décision d’obliger les camionneurs à être vaccinés pour franchir la frontière avec les Etats-Unis. Mais il s’est rapidement transformé en mouvement contre les mesures sanitaires dans leur ensemble et contre le gouvernement.

Depuis, il a fait tache d’huile à l’étranger : les manifestants anti-mesures sanitaires canadiens sont devenus les nouveaux héros des conservateurs et des opposants aux restrictions qui appellent à amplifier la mobilisation, de New York à la Nouvelle-Zélande.

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