Matin Première

Coolio "Gangsta's Paradise" : Bible, gang de Los Angeles et funk, analyse de ce tube planétaire

Les temps chantent de Cécile POSS

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

30 sept. 2022 à 10:42Temps de lecture3 min
Par Cécile Poss

Coolio nous a quittés ce 28 septembre à l’âge de 59 ans. En 1995, le rappeur signe un tube planétaire avec Gangsta’s Paradise. Il se classe numéro 1 de nombreuses semaines, est certifié disque de platine une quinzaine de fois, et remporte un Grammy Award en 1996. Mais que signifie réellement cette chanson ?

Lorsqu’Artis Leon Ivey de son vrai nom était enfant, il s’amusait à chanter comme un crooner et l’un de ses amis, lui trouvait des ressemblances à Coolio Iglesias. Le nom de scène a donc été adopté. Il lui reste à entrer dans l’histoire.

Une mélodie signée Stevie Wonder

Dans les années 90, les rappeurs composent rarement une mélodie originale. Tout le hip-hop de ces années est basé sur des samples principalement du funk des années 70, 80. Coolio va plus loin : il utilise plusieurs fois toute une mélodie préexistante. Il le fait dans plusieurs titres : son 1er tube Fantastic Voyage qui vient en réalité de Lakeside et Gangsta’s Paradise s’empare de la musique de Stevie Wonder, Pastime Paradise.

Cette reprise n’est pas tout de suite autorisée par Stevie Wonder car les paroles ne sont pas les mêmes. Le chanteur Larry Sanders, dont le nom de scène est Large Variety (LV), a fait une démo en réorchestrant la mélodie de Pastime Paradise, l’a fait écouter à Coolio qui l’a approuvée et qui devait justement écrire une chanson pour le film Dangerous Minds (Esprits rebelles) sorti en 1995, l’histoire d’une école difficile et des défis auxquels sont confrontés les professeurs et les élèves.

Coolio évoque cela dans la chanson, mais il y glisse des jurons qui ne sont pas du goût de Stevie Wonder. Exit les jurons et Stevie Wonder accepte que Coolio reprenne la mélodie de sa chanson.

Le titre est récompensé, meilleur single de l’année lors des Billboard awards de 1995, et ce soir-là, Coolio, LV et Stevie Wonder interprètent la chanson ensemble.

Loading...

De la Bible à la vie de gangster

Les paroles de Stevie Wonder disent de "Commencer à vivre nos vies, vivons pour le futur paradis", par opposition à vivre dans le passé malheureux ou dans le futur illusoire afin d’échapper aux problèmes sociaux actuels.

La reprise de Coolio commence par des mots extraits de la Bible, Psaume 23 : 4 : "J’ai marché dans la vallée de l’ombre de la mort" puis il s’écarte de la Bible et il dit : "Je regarde ma vie et je me rends compte qu’il ne reste plus grand-chose, parce que je me suis défoncé et j’ai ri si longtemps que même ma mère pense que je suis devenu fou".

Cette transition entre texte sacré et texte profane est une allusion à sa propre vie.

Coolio a effectivement été membre d’un gang de Los Angeles, et pas n’importe lequel, les Baby crips, c’est l’un des gangs les plus violents des États-Unis. Il a aussi travaillé dans la sécurité des aéroports et comme pompier volontaire avant de se consacrer pleinement au hip-hop et dans cette chanson Gangsta’s Paradise, Coolio évoque justement la vie d’un membre de gang et même plus largement la vie en général puisqu’il dit qu’on vit dans le paradis des gangsters. Il dit aussi ne pas avoir l’impression d’avoir écrit Gangsta’s Paradise, comme s’il y avait eu une intervention divine qui lui avait dicté les paroles. "La chanson", disait-il "était une entité qui m’a choisi comme passeur".

Dans une autre interview, il ajoute n’avoir jamais pensé que la chanson se diffuserait comme elle l’a fait, touchant tous les âges, les genres, les pays et les générations.

Entre gangsta rap et Gfunk

Le titre de la chanson comporte une autre allusion, plus musicale. Elle se réfère au gangsta rap, le son hip-hop de la côte Ouest de la fin des années 80, début 90. Comme son nom l’indique, les rappeurs gangsta sont membres de Gangs, et évoquent dans leurs chansons leur quotidien qui n’est pas tendre, à savoir la drogue, les meurtres, mais aussi la réussite financière, les femmes, le sexe.

Ce qui peut sembler paradoxal c’est que ces textes violents sont chantés sur une musique plutôt lente, cool. Avec donc cette reprise des mélodies du funk dont je vous parlais et c’est ce qu’on va appeler le Gfunk. Coolio s’en est inspiré, mais il n’en est pas le digne représentant.

Loading...

Recevez chaque vendredi l'essentiel de Matin Première

recevez chaque semaine une sélection des actualités de la semaine de Matin Première. Interviews, chroniques, reportages, récits pour savoir ce qui se passe en Belgique, près de chez vous et dans le monde.

Articles recommandés pour vous