Coronavirus

Coronavirus : alors que sa deuxième ville se reconfine, Madagascar va entamer les essais de son remède en Afrique

Patrouille de Police sur la plage de Nosy Be en vue de faire respecter les mesures de confinement.

© Anna Bellissens

04 juin 2020 à 13:18Temps de lecture3 min
Par Anna Bellissens

L’évolution de l’épidémie de coronavirus à Madagascar a amené le gouvernement à décider de replacer Tamatave, deuxième ville du pays, en confinement total.

La majorité des nouveaux cas de Covid-19 relevés dans le pays sont en effet concentrés dans la région de l’Atsinanana. C’est dans cette région, devenue épicentre de l’épidémie à Madagascar, que les 6 décès liés au coronavirus ont été constatés. Plusieurs membres du personnel médical sont désormais infectés dans la ville portuaire.

Une éminence du corps médical interpellée… pour faire taire les critiques ?

Le doyen de la faculté de médecine de Tamatave et actuel chef de service de médecine interne à l’hôpital de la ville en charge d’accueillir les malades du Covid-19, a été placé en garde à vue le jeudi 28 mai. Il était entendu dans l’enquête du décès suspect de l’un de ses confrères atteint du coronavirus, retrouvé pendu, dans sa chambre d’hôpital.

Durant l’interpellation, il n’a pas été seulement question des circonstances du décès. Alors que le professeur en rhumatologie est questionné par les gendarmes de la section de recherches criminelles, sa lettre ouverte largement partagée le 20 avril dernier, s’invite à l’interrogatoire.

Au lendemain du lancement officiel du remède Covid-Organics, le doyen de la faculté de médecine de Tamatave s’était en effet exprimé sur la nécessité de rester rigoureux, même en période d’urgence sanitaire. "Aussi, quand on dit que l’on a trouvé le médicament contre ce virus, à nous de nous poser les questions et de trouver nous-même les réponses", avait affirmé le professeur sur un réseau social.

"Le fait qu’il ait émis son point de vue en tant que scientifique, je crains que ce soit aussi une des causes de son arrestation", a confié Maître Berthieu, son avocat, à notre consœur de Radio France International (RFI).

C’est également par une lettre publiée sur les réseaux sociaux que ses collègues ont appelé à se rassembler devant les locaux de la gendarmerie de la section de recherches criminelles, en blouse blanche. Le collège des enseignants en médecine, le syndicat des médecins, les étudiants en médecine, ont quitté leur poste ce jour-là pour demander que les pressions cessent. Ils souhaitent le retour du professeur Stéphane Ralandison à l’hôpital et à l’Université.

Le doyen de faculté, en première ligne dans la prise en charge des patients atteints de Covid-19, est particulièrement respecté au sein du corps médical. Mais malgré les nombreux soutiens, il a préféré quitter sa ville d’exercice pour "des raisons de sécurité".

"Ce que je peux vous dire, c’est que je vais bien, je suis libre de mes déplacements (sauf condition de distanciation suivant les règles sanitaires)".

Contacté ce 3 juin, le doyen de la faculté de médecine de Tamatave, "préfère prendre ses distances et ne pas s’exprimer", dans l’attente que toutes les charges qui pèsent contre lui soient levées.

Tensions : Tamatave, épicentre de l’épidémie à Madagascar

"Tout déplacement à Tamatave est strictement interdit. Aucun véhicule transportant des passagers ne peut entrer ni sortir de cette ville", a déclaré ce dimanche 31 mai, le président malgache à la télévision nationale. Un enclavement qui s’accompagne d’une surveillance accrue. 250 militaires ont été déployés depuis dimanche afin d’assurer le respect des mesures de confinement.

Ce mercredi 3 juin, des affrontements ont eu lieu dans un quartier de la ville enclavée, après qu’un habitant a été roué de coups. Les émeutiers accusent les forces de l’ordre d’être à l’origine de ses blessures. La police nationale a démenti ces accusations sur sa page Facebook.

La crise économique frappe la ville portuaire, au moins aussi durement que la crise sanitaire. Après deux mois de perte d’activité, certains ménages ne peuvent se résoudre à rester confiner. La clé de leur survie se trouve à l’extérieur de la maison. Et la menace d’une répression musclée en cas de non-respect des mesures barrière ne fait qu’accroître les tensions entre les autorités et la population.dfsfsdf

Covid Organics : des essais annoncés dans toute l’Afrique

Les bouteilles de Covid-Organics commercialisées en format 33 cl depuis le 20 avril à Madagascar.

C’est dans ce contexte de grogne sociale grandissante, que le président malgache a annoncé le lancement des essais cliniques du troisième protocole de traitement à Madagascar "avec l’aval du comité scientifique et de l’OMS", lors de son dernier déplacement dans la ville portuaire le 26 mai dernier.

Il s’agit d’une solution injectable, qui a un point commun avec le remède amélioré Covid Organics : elle est à base d’artémisia.

"Madagascar a trois protocoles : le premier a avoir été utilisé, c’est l’association chloroquine-azytromicine", introduit Andry Rajoelina lors de sa dernière intervention à la télévision nationale le 31 mai. "Nous avons ensuite le CVO, le remède qui permet de renforcer les défenses immunitaires, qui peut-être consommé à titre préventif comme curatif. Cela fonctionne vraiment", assure-t-il.

"A l’hôpital, il existe ce que l’on appelle le principe de consentement. Seuls les patients qui veulent le prendre, le prennent."

"Et pour finir, poursuit-il, nous avons ce troisième protocole, né d’une collaboration mise en place depuis un mois et demi. Ce troisième protocole est un traitement sous forme d’injection que l’on va utiliser pour les patients malades. Parmi les pays africains, Madagascar sera le premier à le proposer. Des professeurs-chercheurs malgaches, de l’Université de l’île Maurice, mais aussi des oncologues de Thaïlande et des Etats-Unis participent. Ce protocole est déjà inscrit dans ce que l’on appelle le Solidarity Trial en Afrique."

Après avoir émis des réserves en l’absence de preuves factuelles scientifiques au moment du lancement du Covid Organics en avril dernier, l’Organisation mondiale de la Santé a affirmé son soutien aux autorités malgaches lors d’une conférence de presse virtuelle ce jeudi 28 mai. Le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, a détaillé l’avancée de la collaboration entre l’institution et le gouvernement malgache sur le Covid Organics.

"Nous continuons les discussions avec le gouvernement de Madagascar. Nous avons déjà trouvé un accord avec eux : l’OMS et l’Africa CDC vont les accompagner dans le développement d’un protocole pour évaluer l’efficacité et les effets secondaires du Covid-Organics."

"Nous contactons également les autres pays africains qui ont reçu et utilisent le remède pour leur proposer de participer à une étude commune à grande échelle […]. Nous allons aussi travailler avec d’autres partenaires pour évaluer tout ce qui est en train de se passer et, au minimum, mettre en place une équipe technique de scientifiques africains expérimentés dans les essais cliniques."

La composition du remède gardée secrète

Lors d’un échange avec Andry Rajoelina en visioconférence la semaine précédente, l’institution, par le biais de son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a accepté la demande du président malgache de ne pas divulguer la composition du Covid-Organics.

Le remède malgache à base d’artémisia, ainsi que ce troisième protocole sous forme d’injection, font désormais partie de l’essai clinique international lancé par l’Organisation mondiale de la Santé, dans le but de trouver un traitement efficace contre le Covid-19.

"L’essai Solidarity comparera quatre options thérapeutiques. Cet essai, pour lequel des personnes sont recrutées dans plusieurs pays, vise à déterminer rapidement si l’un de ces médicaments permet de ralentir la progression de la maladie ou d’améliorer les chances de survie", précise l’institution sur son site internet.

La composition du traitement injectable à base d’artémisia est bien différente de celle du remède Covid-Organics : "Ce dernier traitement sous forme d’injection est le résultat d’une association de médicaments existants. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je peux vous dire que ces médicaments sont déjà utilisés dans le cadre du traitement des cancers de la prostate et du poumon", affirme Andry Rajoelina lors de sa dernière allocution télévisée.

"Dans deux semaines, ce troisième protocole se diffusera dans toute l’Afrique. Les docteurs et professeurs malgaches testeront ce protocole sur au moins 60 personnes dans chaque pays africain concerné. Quinze jours après les injections, les médecins malgaches qui sillonneront le continent, pourront constater si les personnes traitées sont guéries."

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