Coronavirus : l'obligation vaccinale est une "solution de facilité" pour l'épidémiologiste Marius Gilbert

06 sept. 2021 à 07:31 - mise à jour 06 sept. 2021 à 14:05Temps de lecture2 min
Par Africa Gordillo

Avec 70,8% de la population complètement vaccinée et un taux d’incidence relativement stable, sauf à Bruxelles, l’épidémie de Covid-19 permet désormais un quotidien se rapprochant de la normalité. "Nous sommes dans un changement de phase", analyse l’épidémiologiste Marius Gilbert, au micro de Matin Première. Celui qui est également vice-recteur de l’ULB s’interroge par ailleurs sur l’efficacité de l’obligation vaccinale.

Pour Marius Gilbert, auteur du livre Juste un passage au JT qui vient de paraître aux éditions Luc Pire, le Covid-19 va encore faire partie de nos vies. Nous connaîtrons des vagues "mais pas de l’amplitude de celles que nous avons connues. Le changement majeur réside dans le fait que la plupart des personnes à risque sont désormais protégées contre les formes sévères de la maladie. Si on se replace il y a un an, on était tout nu", précise l’épidémiologiste.

L’obligation vaccinale

Dans son essai, Marius Gilbert pointe l’obligation vaccinale qui révèle un problème de fond, non résolu par les autorités politiques : "A chaque fois, on (les autorités, ndlr) adopte une communication de bas en haut qui ne va pas nécessairement s’adapter à tous les publics et qui ne cherche pas toujours à bien comprendre les motivations sur le terrain et les obstacles réels qu’il peut y avoir".

Le vice-recteur de l’ULB évoque la situation particulière de Bruxelles, à la traîne dans la vaccination et le "court-termisme" des autorités. Le problème, dit-il, ne date pas de la pandémie : "A Bruxelles, on a des taux de vaccination qui sont assez proches du pourcentage de personnes qui ont un médecin traitant. Ce sont des personnes qui ont perdu le contact avec la médecine, qui ne voit pas souvent leur médecin. Et il y a des tas de raisons à cela, sociale, de précarité, voire culturelle. Venir ajouter l’obligation vaccinale à ça, c’est une solution de facilité qui ne va pas résoudre les problèmes de fond. Donc là, il faut changer, il faut penser de plus en plus à des solutions structurelles, à long terme".


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Pour l’épidémiologiste, cette stratégie passe par deux points : d’une part, il faut reprendre contact avec ces populations pour investir dans leur santé dans leur quartier et, d’autre part, "associer des personnes pour sortir du court-termisme dans lequel on est à chaque nouvelle crise".

Des lieux "Covid safe"

Ce n’est pas la seule critique formulée. Pour l’épidémiologiste en effet, le pass sanitaire ou Covid safe ticket, que la ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) se prépare à rendre obligatoire à Bruxelles, divise la société. Il lui préfère un label covid safe pour les lieux. "Je suis partagé sur le pass sanitaire", précise-t-il. "Dans certaines conditions, vraiment particulière, où on ne peut pas faire autrement comme les boîtes de nuit, d’accord. La généralisation du pass sanitaire à toute une série d’activités, en revanche, engendre un coût en termes de divisions sociales. La vaccination c’est quelque chose de solidaire et la première chose que l’on fait, c’est diviser la société entre ceux qui peuvent faire certaines choses et ceux qui ne peuvent pas".


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Pour Marius Gilbert, il faut aller le plus loin possible avec toutes les autres possibilités que l'on a à disposition et, encore une fois, travailler sur le long terme en créant par exemple des lieux où la transmission par l’air d’un virus comme le Covid-19 est moins favorable. "On ne voit pas de changement de mentalités sur la manière de construire les solutions", conclut-il.

 

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