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Coronavirus : le port du masque et les confinements n’ont pas fait "baisser notre immunité" face aux virus et infections

Image d’illustration. Une jeune femme dans un transport public pendant la pandémie.
13 avr. 2022 à 16:08 - mise à jour 15 avr. 2022 à 11:576 min
Par Grégoire Ryckmans

Depuis la levée des principales mesures sanitaires prises pour lutter contre le Covid-19, différentes maladies et virus qui avaient quasiment disparu pendant des mois ont refait leur apparition. Certaines personnes qui sont en contact avec des malades et des publications sur les réseaux sociaux estiment que cette recrudescence de maladies et d’infections est liée à une baisse de l’immunité. Selon elles, le fait de s’être protégé de l’environnement extérieur avec le masque et les confinements aurait affaibli notre système immunitaire.

Étant donné que l’exposition de nos systèmes immunitaires aux différents virus a globalement été beaucoup plus limitée que lors des autres années, la capacité du corps à réagir a bien été impactée. Cependant l’immunité elle-même elle n’a pas été affectée par le port du masque et les confinements.

Plusieurs publications, apparues dans la presse et relayées sur les réseaux sociaux, indiquent que la recrudescence actuelle de diverses maladies et virus (hors Covid-19) comme la grippe aurait un lien direct avec le port prolongé du masque pendant les phases précédentes de l’épidémie de Covid.

C’est notamment le cas dans un article publié par Sud Radio, une station de radio généraliste française principalement diffusée dans le sud de l’hexagone et en région parisienne.

Le fait qu’on porte les masques nous empêche d’avoir une bonne immunité

Dans cet article, publié le 18 mars, une pharmacienne est interrogée au sujet de l’augmentation du nombre de cas de grippe qui était en forte augmentation sur le territoire français. Interrogée sur les raisons de cette recrudescence du virus de la grippe en ce début d’année 2022, elle indique : "L’année dernière, les vaccins étaient réservés aux personnes les plus fragiles, et le fait qu’on porte les masques nous empêche d’avoir une bonne immunité".

Le masque a diminué nos défenses immunitaires

Dans une séquence tournée et diffusée sur Twitter par la chaîne française de télé en continu BFMTV, une pharmacienne s’exprime, elle aussi, sur les raisons de cette montée de cas de grippes. Elle y déclare : "Le masque a diminué nos défenses immunitaires".

L’explication avancée par les deux pharmaciennes est reprise sur plusieurs canaux, notamment via Twitter, par des personnes qui se sont opposées au port du masque. Par extension, certaines d’entre elles estiment également que les confinements ont joué le même rôle négatif sur l’immunité.

Des professionnels de la santé sceptiques

Interrogé par la RTBF à la mi-mars au sujet d’un éventuel lien entre le port du masque et une perte d’immunité, le médecin généralise Morgan Moucheron indiquait ne pas en voir, exemple à l’appui : "[…] le virus de la grippe mute chaque année. Donc c’est entre guillemets un nouveau virus de la grippe qu’on a chaque année. C’est pour ça qu’on fait annuellement de nouveaux vaccins. Donc non, je ne pense pas que l’immunité est plus basse à cause du port du masque. Je pense simplement qu’on avait une barrière efficace pour la transmission des virus, que ce soit le Covid ou les autres virus."

Comment fonctionne l’immunité face aux virus ?

Sophie Lucas, immunologue et présidente de l’Institut de Duve de l’UCLouvain, explique qu’initialement le port du masque nous protégeait de l’exposition à, et donc du risque d’infection par le virus Sars-Cov2 (le virus qui cause le Covid-19).

Mais en nous protégeant contre une potentielle infection au Sars-Cov2 "le masque nous protégeait contre les infections en limitant notre exposition à tous les autres virus qui se transmettent par voie aérienneDonc quand on enlève le masque tous en même temps, on est collectivement et soudainement exposés à tous des virus auxquels on n’avait plus été exposés (ou moins exposés) pendant la période du port du masque."

La professeure de l’UCLouvain indique que d’habitude, ces expositions aux différents virus se font en continu : "On est infecté par l’un ou l’autre virus à un moment donné, on monte une réponse immunitaire contre ce virus pendant qu’on fait l’infection, et la réponse immunitaire spécifique que nous développons nous empêche de refaire une infection par le même virus dans les semaines ou mois qui suivent. On monte donc des réponses immunitaires protectrices au fur et à mesure où on rencontre les différents virus".

Quel lien entre fin des mesures sanitaires et recrudescence d’autres virus comme la grippe ?

Cependant, dans le cas de la gestion de la pandémie, les différentes mesures prises comme le port du masque ou les confinements ont limité notre exposition continue aux virus qui se transmettent par voie aérienne pendant la période de port du masque.

"On n’a donc pas développé des réponses immunitaires spécifiques contre chacun de ces virus au fur et à mesure, puisqu’on y était moins exposé, et qu’on se faisait donc aussi moins infecter. D’ailleurs, la plupart d’entre nous ont constaté qu’on a fait beaucoup moins de rhumes, ou d’infections respiratoires, pendant toutes les périodes de confinement et de port du masque ; idem pour l’épidémie de grippe de l’hiver 2020-2021, quasi inexistante", rappelle Mme Lucas.

Pourtant, ces virus sont toujours présents et circulent à nouveau quand une grande partie de la population ne porte plus le masque à l’intérieur, au même moment. Dans ce cas, l’immunologue explique qu’il y a n risque de "faire des infections tous ensemble, au même moment. Et on va monter des réponses immunitaires contre ces virus tous ensemble, au même moment, un peu de manière synchrone".

Selon Mme Lucas, les moments où ces virus circulent sont habituellement plus étalés dans le temps pour les virus qui circulent tout le temps : "C’est pour ça aussi que l’épidémie de grippe est décalée (elle survient un peu plus tard que les années avant 2020). Pendant la période habituelle de l’épidémie de grippe (octobre à janvier), on portait les masques là où on risquait le plus d’attraper la grippe. Quand on enlève le masque mais que le virus de la grippe n’a pas encore arrêté de circuler, un grand nombre d’entre nous fait la grippe à ce moment-là".

Pas de lien de causalité entre le port du masque et les confinements et une baisse de l’immunité

De nombreuses personnes sont dès lors potentiellement malades en même temps mais est-ce à cause d’une immunité qui aurait "baissé" ou qui serait "moins performante" ?

"L’immunité elle-même, c’est-à-dire notre capacité à développer une réponse immunitaire contre un virus donné et qui va nous protéger contre une réinfection par ce même virus à court et moyen terme, elle, n’a pas été affectée par le port du masque. C’est l’exposition de nos systèmes immunitaires aux différents virus qui a été limitée, mais pas notre capacité d’y réagir. C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait des symptômes quand on est infectés : c’est parce que notre système immunitaire se met en branle", détaille la présidente de l’Institut de Duve.

En contact avec un virus, l’immunité "naturelle", ou immédiate, ainsi que l’immunité "spécifique", de seconde ligne (qui protège contre la réinfection) se mettent en branle. "Elles déclenchent pas mal de symptômes quand on est infecté (inflammation, fièvre éventuellement, etc.). C’est plutôt le signe que notre système immunitaire se porte tout à fait bien, mais qu’on n’a pas été exposé précédemment aux virus contre lesquels on réagit !"

Le masque : une protection mais pas une barrière stérile

Un autre élément est avancé par le Dr Charlotte, médecin généralise dans le Brabant-Wallon. Interrogée également à ce sujet, elle expliquait sur l’antenne de Vivacité que le masque filtre mais qu’il ne s’agit pas pour autant d’un milieu totalement stérile. En effet, certaines bactéries passent tout de même à travers la protection et certaines personnes ont tout de même eu le Covid et ce, malgré le port du masque, explique notre médecin.

Le Dr Charlotte évoque également la multiplicité des malades et des maladies, au même moment. Un indice qui indiquerait que l’organisme serait moins fort pour se défendre : "Quand on est malade, notre système immunitaire doit combattre ce virus et donc c’est dans ce genre de moment qu’on est plus susceptibles de contracter d’autres maladies. Ce pourquoi, en ce moment, les maladies se multiplient chez une seule et même personne. Mais non, le masque n’en est pas responsable.".

Un masque toujours utile ?

Le port du masque de façon collective a repoussé le moment où la population dans son ensemble a été exposée à toute une série de pathogènes. Quand une grande partie de ces personnes enlève le masque toutes en même temps, elles sont exposées au même moment, aux mêmes maladies et virus. Cela induit donc un nombre important de personnes malades au même moment.

Pour Sophie Lucas : "La seule manière d’éviter ce type de rebond qu’on observe ces temps-ci, c’est sans doute de laisser tomber les mesures de distanciation sociale et le port du masque moins brutalement. D’ailleurs, continuer à porter un masque dans les transports en commun pendant les épidémies de grippe ou d’autres infections hivernales est sans doute un comportement que nous aurions avantage à garder à l’avenir (en tout cas, s’isoler ou porter le masque quand nous avons des symptômes, et que l’on est donc particulièrement à risque de contaminer les autres)".

Globalement, les médecins et experts interrogés recommandent d’entretenir quelques gestes barrières comme le lavage des mains et de faire attention aux contacts en gardant ses distances en cas de maladie. Ces habitudes permettent, selon eux, de lutter efficacement contre la transmission de n’importe quelle infection virale.

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