Coronavirus : pourquoi les Pays-Bas reconfinent-ils alors que les contaminations baissent ? "lls sont prudents par rapport à Omicron"

Variant Omicron / Vigilance accrue face au risque

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19 déc. 2021 à 16:08 - mise à jour 19 déc. 2021 à 16:23Temps de lecture6 min
Par Lavinia Rotili

Ce samedi, les Pays-Bas ont décrété un confinement strict, malgré des chiffres des contaminations en baisse. Derrière ce choix, le spectre du variant Omicron du coronavirus, qui semblerait beaucoup plus contagieux et dont, à ce stade, nous n’avons pas des connaissances exhaustives. 

Ce qui étonne est surtout que nos voisins hollandais n’ont jamais opté pour un confinement aussi sévère et qu’en ce moment, les chiffres de l’épidémie baissent. Pour comprendre les raisons de ce choix, nous avons interrogé deux experts.

Tout d’abord, et sans l’ambition d’être exhaustifs, voici ce qui est imposé à nos voisins dès ce dimanche et jusqu’au 14 janvier : pendant les fêtes, seuls deux invités seront admis, pendant que l’horeca, les salles de sport et la culture fermeront leurs volets. Les écoles, elles, resteront fermées jusqu’au 9 janvier mais la mesure sera réévaluée après Nouvel An.

Pourtant, les chiffres des contaminations sont en baisse. Ces données peuvent être facilement vérifiées sur le site du gouvernement néerlandais. Entre le 11 et le 18 décembre, 14.758 personnes ont été testées positives. Entre le 8 et le 14 décembre, 43 personnes ont été admises aux soins intensifs et au total, ce sont 618 patients qui sont hospitalisés dans ces services. 269 personnes ont été admises à l’hôpital entre le 7 et le 13 décembre. Au total, 1736 personnes se trouvaient à l’hôpital le 13 décembre.

En Belgique, à ce jour, on compte 10.163 contaminations enregistrées entre le 9 et le 15 décembre. Entre le 12 et le 18 décembre, on a admis 207 personnes dans les hôpitaux belges. Au total, 2651 patients sont hospitalisés en lien avec le Covid-19 dont 766 en soins intensifs.

"Ce qui est étonnant est que la décroissance aux Pays-Bas est assez forte et même plus forte qu’en Belgique", analyse Yves Coppieters, professeur de Santé publique à l’ULB. "En termes de contaminations, la diminution est importante, mais en analysant les données, on observe également qu’à Amsterdam, 25% des cas sont des contaminations au variant Omicron. Je pense que la crainte est que, malgré la baisse des chiffres, une vague dans la vague puisse voir le jour. Et, avec le variant Omicron, les contaminations augmentent énormément : une étude de l’Imperial College de Londres affirme que le risque d’être réinfecté après avoir déjà eu le Covid est 5.4 fois plus important avec Omicron qu’avec Delta."


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En revanche, par rapport à l’occupation des hôpitaux, il est difficile à ce stade de faire des comparaisons : il faudrait connaître le nombre total de lits présents dans les deux pays, ainsi que la proportion de lits consacrés au Covid-19, à l’intérieur et en dehors des soins intensifs.

Omicron dominant d’ici janvier

Qu’Omicron soit l’épouvantail du gouvernement néerlandais, c’est un fait avéré. Lors de son allocution ce samedi, le Premier ministre Mark Rutte a défini ce confinement "inévitable avec la cinquième vague et avec Omicron qui se répand encore plus vite que nous ne l’ayons craint. Nous devons intervenir maintenant par précaution."


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Dans son analyse, l’Institut national de santé publique et de l’environnement (RIVM) estime que le variant Omicron devrait devenir dominant d’ici le début 2022, avec, par conséquent, un risque de surcharge pour les hôpitaux et les soins intensifs. Les projections ci-dessous montrent qu’aux Pays-Bas, le variant Omicron se propage deux fois plus vite que le variant Delta l’été dernier. Le graphique qui suit montre une estimation de l’occupation des lits en soins intensifs : si les experts reconnaissent la baisse de ces derniers jours, leur modèle projette une hausse dans les semaines à venir.

Pour le RIVM, c’est clair : le confinement peut, entre autres, influencer la charge hospitalière, notamment dans un contexte où le variant Omicron reste encore méconnu.

Le variant Omicron se propage beaucoup plus vite que le variant Delta.
Le variant Omicron se propage beaucoup plus vite que le variant Delta. © https://www.rivm.nl/nieuws/snelle-opmars-omikron-in-nederland – Capture d’écran
Le nombre de lits occupés en soins intensifs diminue, mais les experts néerlandais s’attendent à une forte hausse dans les prochaines semaines.
Le nombre de lits occupés en soins intensifs diminue, mais les experts néerlandais s’attendent à une forte hausse dans les prochaines semaines. © Tous droits réservés

De la prudence face à un variant très contagieux

"Je crois qu’un principe de précaution a joué dans le cas des Pays-Bas, commente Catherine Linard, géographe de la santé à l’UNamur. La circulation d’Omicron y croit rapidement – tout comme en Belgique – et avec les fêtes de fin d’année, la crainte est que la propagation du variant s’accélère encore."

Pour Yves Coppieters également, c’est une stratégie de prévention. "Les Pays-Bas craignent que la propagation d’Omicron fasse craquer le système hospitalier et craignent également que ce variant soit très grave. Pour l’instant, on sait d’ailleurs que d’ici janvier, Omicron aura pris les devants. Quant à sa virulence, nous n’avons aucune certitude à ce jour. L’hypothèse formulée pour le moment est qu’Omicron pourrait être moins létal, parce qu’en Afrique du Sud il a provoqué moins de décès. Mais la prudence reste de mise pour deux raisons : la première, c’est qu’on n’en sait pas encore assez. La deuxième est que, même si ce variant s’avère moins létal, il reste plus contagieux. Cela veut dire que si plus de personnes sont positives, le nombre de personnes hospitalisées va statistiquement augmenter. Et cela risque d’être difficile à absorber par les hôpitaux."


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Pour mieux comprendre cette stratégie "défensive", Catherine Linard nous rappelle le concept de taux de reproduction (Rt). Ce taux permet d’estimer la contagiosité d’une personne à un moment donné et selon un ensemble de comportements adoptés. Pour qu’une épidémie soit gardée sous contrôle, il faut que ce taux reste en dessous de 1.

"Au plus fort de la quatrième vague, en Belgique, on était monté à un Rt de 1,3. Cela veut dire qu’une personne infectait en moyenne 1,3 personne. Avec un Rt de 1,3, il ne fallait pas beaucoup de mesures et de protocoles pour qu’on arrive à descendre en dessous de 1. Un lockdown n’a donc pas été nécessaire."

Ce qui change avec Omicron, encore une fois, est que sa propagation est beaucoup plus rapide. "En Afrique du Sud, on est passé d’un Rt de 0,8 à un Rt entre 2,5 et 3. On ne peut pas tout à fait comparer la Belgique et l’Afrique du Sud, mais on voit clairement au Danemark et au Royaume-Uni que la propagation y est fulgurante. On n’est vraiment plus dans le même ordre de grandeur. Cela demande de nouvelles stratégies : le masque ou la suspension de certains événements ne suffiront sans doute plus à endiguer les contaminations", conclut l’experte.

Sans compter qu’à l’époque du variant Delta on espérait que la vaccination puisse contrebalancer le variant. Aujourd’hui, on sait que la vaccination joue un rôle important, mais qu’elle n’est pas suffisante à elle seule, conclut la géographe de la santé et professeure à l’UNamur.

Confiner, entre acceptabilité et précaution

Quant à Yves Coppieters, il estime que le confinement est, en théorie, une bonne solution. En pratique, pour l’expert de santé publique, c’est un peu différent.

"Il est certain qu’il faut prendre des mesures et je pense que les Pays-Bas ont raison de vouloir prendre les devants. Toutefois, je me demande si, d’un point de vue social, il faut aller jusqu’à un reconfinement, notamment dans une période particulière comme les fêtes de fin d’année. Peut-être qu’imposer des restrictions après la période des fêtes aurait été plus acceptable pour la population, sachant aussi qu’à ce stade on risque de prendre les gens de cour."

Pour le spécialiste, il serait peut-être plus pertinent de prendre des mesures "innovantes" et un peu différentes, encourageant par exemple une bulle réduire à Noël mais aussi un testing renforcé ou le port de masques FFP2, bien que tout cela représente un coût et un effort d’organisation.

L’option n’est pas sur la table du gouvernement belge

La perspective d’un nouveau confinement n’est pas sur la table du gouvernement en Belgique, a affirmé dimanche la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS), sur le plateau de l’émission "C’est pas tous les jours dimanche" (RTL-TVi).

"Un lockdown n’est pas sur la table du gouvernement à ce stade, et je pense que c’est important en vue du Comité de concertation" prévu mercredi et qui réunit des représentants du gouvernement fédéral et des entités fédérées, a assuré Christie Morreale.


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La ministre a souligné les différences entre la situation sanitaire en Belgique et aux Pays-Bas : trois fois plus de troisièmes doses de vaccins anti-Covid ont été administrées chez nous et la Belgique dispose de plus de lits en soins intensifs.

Néanmoins, pour faire face au variant Omicron, beaucoup plus contagieux, "il faut un bouclier à trois doses. Il faut que toutes les personnes invitées et éligibles se rendent dans un centre de vaccination", sans oublier d’appliquer les autres mesures de protection, a-t-elle insisté. Selon la ministre, le Comité de concertation de mercredi ne devrait pas annoncer d’assouplissement des règles actuellement en vigueur.

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