Coronavirus : quelle stratégie de tests pour la Belgique dans les mois à venir en cas de pénurie ?

Nous avons actuellement la capacité de faire 30.000 tests par jour.
07 août 2020 à 14:11Temps de lecture5 min
Par J.B.

Ce mercredi s’est tenue une conférence interministérielle des ministres de la Santé. Ils ont posé "les bases de la future stratégie de dépistage belge" pour le coronavirus, a indiqué Frédérique Jacobs, porte-parole du centre interfédéral de crise.

Ainsi, si le pays se trouve dans une situation de pénurie pour pouvoir tester la population, comme ce fut le cas en mars et en avril, au moment du pic de l’épidémie, un plan en trois phases permettra de déterminer qui tester en premier.

Coronavirus en Belgique : la stratégie belge de dépistage

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Worst case scenario

Si nous nous retrouvons en situation de pénurie de tests, un "plan stratégique de dépistage" sera mis en place. Il s’agira alors de mettre des priorités et de "voir dans quelle situation, le test apporte vraiment une réponse", précise Frédérique Jacobs. En d’autres termes, dans une situation de pénurie, au plus fort sera l’épidémie, au plus on testera en priorité les cas les plus à risque.

"Tester à grande échelle, ce n’est pas toujours facile", souligne Frédérique Jacobs au cours de la conférence de presse. "En cas de diminution des tests disponibles, les tests des catégories moins prioritaires n’auront pas lieu", ajoute-t-elle.

Dans le cas où il y aurait peu de circulation du virus - "il s’agit d’une situation où il y a moins de 15 cas par 100.000 habitants pendant deux semaines" - alors la stratégie de testing resterait celle dans laquelle nous sommes actuellement. A savoir, que les personnes ayant des symptômes, même modérés, les personnes ayant été en contact avec une personne positive ou encore les personnes qui reviennent d’une zone orange ou rouge auront accès aux tests.

"Le stade 2 correspond à une circulation accrue du virus avec des cas oscillants entre 15 et 50 cas pour 100.000 habitants pour les deux semaines", explique Frédérique Jacobs. Et de préciser, "dans ce cas, les personnes revenant de zone orange ne seront plus testées".

Enfin, le stade 3 est la pire des situations en cas de pénurie de tests. Elle sera activée lorsque nous dépasserons les 50 cas par 100.000 habitants. A ce stade, "les voyageurs d’une zone rouge ne seront plus testés mais ils seront invités à observer une quarantaine. Les contacts à haut risque ne seront testés qu’une seule fois au lieu de deux".

Enfin, "lorsqu’une commune ou une zone plus étendue est en phase 3, il sera possible de tester le personnel des centres de soins résidentiels pour l’infection par le virus", explique Frédérique Jacobs. Cependant, dit-elle, "le dépistage préventif, en l’absence de symptômes ou de signes d’épidémie au sein des entreprises, des écoles ou d’autres organisations n’est pas recommandé à ce stade ".

Si nous étions actuellement dans une situation de pénurie, nous serions dans le stade 3 de ce plan. En effet, nous sommes ce vendredi à 56,5 cas par 100.000 habitants, selon les données de Sciensano.


►►► Lire aussi : Bilan du coronavirus en Belgique ce 7 août : 858 nouvelles contaminations enregistrées par rapport au dernier bilan


Avec ce plan, "il s’agit de prévenir" et se préparer à toutes éventualités explique, Frédérique Jacobs.

Pour l’heure, si le virus circule dans tout le pays, les choses sont encore sous contrôle et les augmentations sont localisées. On voit par exemple, qu’a "Bruxelles, les cas ont plus que doublé en une semaine", analyse la porte-parole. Or, "à Anvers, où des mesures strictes ont été mises en place, on voit que cela porte ses fruits, la situation se stabilise".

 

Se tenir pour l’hiver

Si nous sommes actuellement face à un rebond de l’épidémie, les mois d’automne et d’hiver devraient alourdir la tâche des experts pour déceler le virus. En effet, plusieurs virus pourraient circuler en même temps, notamment la grippe à cette période. Et il sera alors, très important de pouvoir distinguer les personnes atteintes du Covid-19 et les personnes ayant attrapé un autre virus, pour pouvoir enrayer la propagation du coronavirus.

"Si plein de virus circulent, on doit pouvoir avoir un diagnostic pour savoir quel est le bon traitement, dans le cas de la grippe par exemple. Ça, c’est une information certaine", indique Frédérique Jacobs. Elle explique ainsi, qu’en cas de pénurie, tester quelqu’un qui revient de zone rouge et qui sera de toute façon dans l’obligation de rester en quarantaine, cela fait moins de sens, "il faut savoir dans quelle situation, le test apporte une réponse".

C’est aussi ce qu’explique Jean-Luc Gala, infectiologues aux cliniques Saint-Luc, pour qui ce plan est "une stratégie logique qui s’adapte au nombre de cas", mais qui explique également qu’il va falloir se préparer à gérer la grippe et/ ou une météo moins clémente dans le courant de l’automne. Il faudra donc tester massivement. C’est ça l’objectif". En effet, dit-il, "il faudra tester toutes les personnes qui présentent des manifestations respiratoires évoquant le covid-19. Il faudra alors monter en puissance dans notre capacité de testing. L’objectif des autorités est d’ailleurs de pouvoir réaliser "entre 50.000 et 70.000 tests par jour", pendant cette période "où plusieurs virus circuleront", c’est-à-dire "entre janvier et mars".

L’actuelle plateforme nationale, crée au moment du pic et regroupant des industriels pharmacologiques devrait s’arrêter et laisser la place à une "plateforme nationale bis " à la fin du moins de septembre, regroupant cette fois des laboratoires universitaires ayant développé des capacités plus importantes.

Capacité de testing : la clé

Pour pouvoir contrer la circulation du virus dans le pays, il faut avoir une "approche intégrée", pointe Frédérique Jacobs. C’est pourquoi, en plus des gestes barrières et des mesures de protection il est nécessaire d’adopter une stratégie de testing ambitieuse. "Nous avons besoin de tests, les tests doivent être réalisés rapidement, facilement et être accessibles aux personnes qui en ont vraiment besoin", souligne Frédérique Jacobs.

Actuellement, nous avons la capacité de réaliser 30.000 tests par jour mais ce sont environ 22.000 quotidiens qui sont réalisés. Si les laboratoires de biologie chimique s’étaient mis en ordre de marche pour être prêt à la fin du mois de septembre, à la demande du ministre Philippe De Backer, le rebond de l’épidémie a eu lieu un peu plus tôt.

En effet, à partir de fin juin, plusieurs structures de testing, notamment la plateforme nationale (regroupement d’industries pharmaceutiques sollicité par les autorités pour aider les laboratoires à tester au moment du pic de l’épidémie), ont été mises au ralenti.


►►► Lire aussi : Testing en Belgique : des capacités existantes, mais dormantes, et qui ne sont encore pas tout à fait opérationnelles


Un délai est donc nécessaire pour relancer une chaîne logistique de testing. Chaque jour, on observe que la proportion de tests réalisés augmente effectivement, mais nous ne sommes pas encore à l’utilisation maximale de nos capacités.

L’objectif des autorités est de quasiment doubler cette capacité de 30.000 tests par jour et de monter entre "50.000 et 70.000 tests par jour", lorsque nous serons au plus fort de l’épidémie", a précisé ce vendredi la porte-parole du centre interfédéral de crise.

 

Articles recommandés pour vous