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Coronavirus: quels sont les risques liés au surdosage de vaccin chez les enfants ?

Lorsque l’on donne une dose plus élevée de vaccin on peut s’attendre effectivement à faire courir un risque d’effets secondaires plus importants.

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22 déc. 2021 à 05:59 - mise à jour 22 déc. 2021 à 15:58Temps de lecture4 min
Par Sandro Faes Parisi

En ces temps gris de pandémie de Covid-19 et d’Omicron, le hasard peut aussi se montrer facétieux. Et pour une fois ce n’est pas en Belgique que cela a eu lieu mais bien en France. Heureusement tout est bien qui finit bien même si l’épisode soulève plusieurs questions.

Les faits d’abord. Samedi 18 décembre, vaccinodrome du Mans, dans la Sarthe. Premier jour de mise en service de la "ligne de vaccination pédiatrique pour enfants âgés de 5 à 11 ans à risque de formes graves de Covid-19, ainsi que pour enfants vivant dans l’entourage d’une personne immunodéprimée". Un évènement d’autant plus important que le Premier ministre français Jean Castex vient en visite officielle dans ce même centre de vaccination de grande capacité. Tout un symbole pour celui qui avait publiquement soutenu "la nécessité de la vaccination des enfants dès 5 ans."

Faux départ

C’était sans compter sur le cafouillage à la suite duquel six enfants se sont vus administrer "par erreur" une dose trop élevée de vaccin Pfizer, toujours dans ce même centre. Une information très vite confirmée par un communiqué de la préfecture de la Sarthe et de l’Agence régionale de la santé (ARS) Pays de la Loire : "Lors des premiers vaccins administrés, six enfants ont reçu par erreur une dose de 20 microgrammes de vaccin Pfizer Comirnaty (le double de la dose préconisée par les études : NDLR). Constatant cette anomalie, outre les mesures prises pour les doses des vaccins suivants, le médecin référent du centre de vaccination a immédiatement contacté les familles concernées pour les informer et mettre en place avec elles les mesures nécessaires de suivi."


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Très vite, l’Agence régionale de santé locale tente de rassurer sur les conséquences de ce couac malheureux : "Les éventuels effets postvaccinaux pour ces six enfants peuvent être principalement de la fièvre et des courbatures […] Aucune des familles n’a jusqu’ici rappelé le médecin-responsable qui avait été informé des quelques symptômes qui s’étaient manifestés lors du premier contact, aucun symptôme pour cinq enfants, fatigue et courbatures pour le 6e".

Une situation confirmée par la suite puisque seuls trois enfants ont finalement présenté des effets secondaires légers. "Un enfant a encore de la fièvre, seulement de la fièvre, du paracétamol lui a été administré. Un deuxième enfant présente une petite douleur au bras tandis qu’un troisième enfant a souffert de fatigue et d’une douleur au bras, mais ces symptômes ont disparu lundi matin", a précisé la direction locale de l’ARS dans son communiqué de lundi.

Enfants, adultes, tous égaux face au surdosage vaccinal

Des effets secondaires modérés qui n’étonnent pas Michel Goldman, professeur émérite d’immunologie de l’Université Libre de Bruxelles : "Tout vaccin induit une réaction inflammatoire transitoire qui est indispensable à son action. Déjà avec les doses définies il peut y avoir des réactions différentes d’une personne à l’autre. Alors lorsque l’on donne une dose plus élevée de vaccin on peut s’attendre effectivement à faire courir un risque d’effets secondaires plus importants. Mais si ces effets secondaires, fièvre, syndrome grippal, courbatures, douleurs au bras, peuvent potentiellement empêcher d’avoir une activité normale un jour ou deux, ils sont a priori sans conséquence à plus long terme et ne mettent pas en danger plus que cela la personne vaccinée, enfant comme adulte."

Des effets connus et présents dans diverses études, notamment celle évaluant le vaccin BioNTech-Pfizer chez les enfants de 5 à 11 ans et publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) où " La fièvre était plus fréquente dans le groupe à dose de 30 μg que dans le groupe à dose de 10 μg et 20 μg après les premières et deuxième doses", comme nous l'a fait remarquer le Professeur Van der Linden, Chef de clinique à Saint-Luc. 

Le très rare cas particulier des risques de myocardite ou péricardite

Soucieux du détail et de la précision Michel Goldman souligne cependant, sans alarmisme, que la surdose vaccinale peut potentiellement avoir impacté l’intensité d’effets secondaires très très rares comme par exemple les effets sur le muscle cardiaque, les myocardites, ou sur la paroi du cœur, les péricardites. "Dans ces cas, on sait que la dose est importante. En France d’ailleurs, le vaccin Moderna, qui est plus fortement dosé que Pfizer, n’est d’ailleurs pas donné aux personnes de moins de 30 ans. De la même manière, afin d’éviter ces risques de myocardite ou de péricardite, la dose du booster Moderna par exemple a été divisée par deux", précise le scientifique. Une position testée actuellement par Pfizer afin d’également minimiser les risques dans les catégories plus à risque, notamment les 16-17ans.

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Vacciner dès 2 ans, la prudence des firmes pharmaceutiques

Et Michel Goldman de terminer en évoquant les premiers tests relatifs à la vaccination des 2-4 ans : "Une vaccination test avec une dose dix fois moindre, preuve que la quantité de vaccin injecté n’est pas prise à la légère et que les chercheurs en tiennent compte afin de maximiser les effets tout en minimisant les risques." Des tests qui débutent d’ailleurs généralement avec une dose très basse que l’on augmente ensuite. Chez les 2-4 ans, la dose testée lors de ces premiers tests s’est d’ailleurs révélée insuffisante pour offrir une protection adéquate.

Un schéma de vaccination Covid-19 consistant en deux doses de 10 μg de BNT162b2 administrées à 21 jours d'intervalle s'est avéré sûr, immunogène et efficace dans enfants de 5 à 11 ans.

Des protocoles pour encadrer

Du côté de la Task Force vaccination, on connaît évidemment le phénomène de surdosage, comme l’a expliqué Sabine Stordeur, project manager. " D’abord via les cas à l’étranger, notamment cette italienne vaccinée avec quatre doses de Pfizer, mais plus près de chez nous et plus récemment avec ce wallon qui a reçu huit doses de vaccin afin d’obtenir les Covid Safe Ticket (CST) pour d’autres personnes. De manière concrète, dans les Standard Operating Procedure disponibles pour les professionnels, les différents cas d’espèces d’erreurs qui peuvent survenir sont listés, c’est prévu. Tous les problèmes qui surviennent sont d’ailleurs notifiés comme lors de problèmes dans l’administration des vaccins et sont répertoriés."

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