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Coup de force au Donbass: le précédent de l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud

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La reconnaissance par la Russie de l'indépendance de régions séparatistes prorusses dans son voisinage n'est pas une première. Le scénario a un précédent qui remonte à 2008, lorsque Moscou reconnaissait l'indépendance de deux "républiques" autoproclamées en Géorgie: l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Une reconnaissance intervenue après une guerre éclair contre cette ex-république soviétique qui, comme l'Ukraine, ambitionne de rejoindre l'Otan.

Instrumentalisation d'un conflit gelé

A l'été 2008, la Géorgie lance une opération militaire meurtrière contre l'Ossétie du Sud, territoire séparatiste prorusse qui échappe au contrôle de Tbilissi depuis la chute de l'URSS et une guerre au début des années 1990. La Russie riposte massivement en envoyant ses troupes sur place et, en l'espace de cinq jours à peine, inflige une cinglante défaite à la Georgie. Bilan: des centaines de tués et des milliers de déplacés. Dans la foulée, le Kremlin reconnaît l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, autre province séparatiste, et y maintient une forte présence militaire depuis. Une occupation de fait dénoncée par les Occidentaux. 

En Georgie comme en Ukraine, c'est la défense des minorités russes qui a servi de prétexte à Vladimir Poutine pour intervenir, explique Nicolas Gosset, chercheur spécialiste de la Russie et de l'Eurasie à l'Institut royal supérieur de défense (ISRD): "C'est l'instrumentalisation d'un conflit gelé par la Russie pour bloquer les aspirations aux changements d'un voisin rétif qu'elle souhaite garder dans son orbite".

700 000 passeports russes

Il faut cependant noter cette différence de taille, poursuit le spécialiste: "En Géorgie, les républiques autoproclamées étaient en contentieux avec Tbilissi depuis la chute de l'URSS et indépendantes de facto, au sens où leur gouvernent ne dépendait déjà plus des décisions prises dans la capitale depuis de très nombreuses années. Et au moment où la Georgie a adopté une politique étrangère plus proche de l'Union Européenne et de l'OTAN, la Russie est venue soutenir militairement ces forces séparatistes prétendument mises en péril par les politiques de la Géorgie. En Ukraine, par contre, il n'y avait jamais eu, historiquement, de mouvement séparatiste dans le Donbass. C'est suite à l’arrivée d'un pouvoir pro-occidental à Kiev, que les Russes ont instrumentalisé l'identité et les griefs d'une partie de la population de l'Ukraine orientale [...] Ici, Moscou a alimenté et construit le séparatisme dans le Donbass pour en faire un instrument de pression contre les nouvelles autorités se mettant en place à Kiev", à l'époque sur fond d'annexion de la Crimée par la Russie.  

Parmi les similarités à relever entre les deux cas, une stratégie soigneusement préparée côté russe avec déploiement prévoyant de troupes, provocations orchestrées et propagande intense. "Sans oublier la distribution de passeports russes, qui a également été en cours ces derniers mois. On parle de 650 à 700 000 passeports distribués dans le Donbass", précise Nicolas Gosset. 

Indépendances fantoches

"Ces républiques autoproclamées sont toutes des indépendances fantoches qui ne sont reconnues que par Moscou", poursuit le chercheur, "et dans le cas géorgien, par une toute petite poignée d'états comme la Syrie sous la dépendance de la Russie, ou des états clients ou de même orientation, comme le régime Ortega au Nicaragua. Mais de facto, ce sont des pseudo états dont l'indépendance a été proclamée par la Russie en infraction de la charte des Nations Unies".

Enfin, un certain paradoxe peut être relevé dans les deux cas: "le moteur de la réflexion politique et militaire du Kremlin, c'est qu'en arrachant un morceau de territoire et en l'érigeant indépendant reconnu par Moscou, on en fait un instrument de pression dirigé sur la capitale respective: Tbilissi ou Kiev. Mais paradoxalement, cela fortifie le sentiment anti-russe, une grande partie de la population percevant la Russie comme agresseur, ça a un effet repoussoir par rapport à l'approche russe et donc ça tend, à l'inverse, comme on le constate avec la Géorgie, à renforcer le tropisme euro-atlantiste. Ce qui est d'ores et déjà à l'oeuvre en Ukraine, le président Zelensky en appelant au soutien ferme et résolu des alliés occidentaux de l'Ukraine", conclut Nicolas Gosset.

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