Belgique

Coups de couteau en région Bruxelloise : que disent les statistiques sur l’évolution de la criminalité en Belgique ?

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29 nov. 2022 à 11:16 - mise à jour 29 nov. 2022 à 15:15Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet

Lundi soir, plusieurs agressions à l’arme blanche se sont produites sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitales, sans qu’aucun lien entre elles n’ait été établi.

Ces derniers jours et dernières semaines, les projecteurs ont été braqués sur des faits de violence à l’encontre de personnes, notamment à Bruxelles.

Y a-t-il plus d’infractions contre l’intégrité physique ? Plus d’affaires d’assassinat, de meurtre ou de coups et blessures volontaires devant les tribunaux ? Tant les statistiques de criminalité de la Police fédérale que celles du Ministère public, disponibles jusqu’en 2021, dressent un tableau nuancé de la question.  La nuance est aussi de mise lorsqu'on examine les statistiques relatives aux "rixes au couteau". 

Entre 2019 et 2021, les infractions contre l’intégrité physique ont diminué en Flandre et en Wallonie, et augmenté à Bruxelles

Penchons-nous d’abord sur les statistiques de criminalité de la Police fédérale. Pour le moment, elles ne prennent pas encore en compte les faits commis en 2022 et s’arrêtent à 2021.

Au volet infractions contre l’intégrité physique, celles-ci sont restées assez stables au niveau national, pour tourner à environ 80.000 infractions de 2013 (80.392 infractions) à 2019 (81.303 infractions). 2020, année marquée par la crise du Covid, le nombre d’infractions contre l’intégrité physique est descendu à 71.608. En 2021, le nombre d’infractions est remonté à 74.514 à l’échelle nationale.

Pour la région de Bruxelles-Capitale, pour la période 2013-2019, le nombre d’infractions contre l’intégrité physique est resté assez stable, autour des 10.000 infractions, avec 10.518 infractions de ce type en 2019. Après un recul à 9.381 en 2020, le chiffre a quasi retrouvé son niveau d’avant la crise du Covid pour atteindre 10.283 infractions contre l’intégrité physique en 2021.

A Bruxelles, toutes les zones de police ne sont pas logées à la même enseigne. Entre 2019 et 2021, les infractions contre l’intégrité physique ont augmenté dans la zone Bruxelles-Ixelles de 3.747 à 3.876. Elles ont diminué dans la zone de police de Bruxelles-Ouest (de 1.550 infractions en 2019 à 1.498 en 2021), qui comprend les communes de Ganshoren, Jette, Koekelbergh, Molenbeek-St-Jean et Berchem-Ste-Agathe. Dans ces communes, seule Berche-Ste-Agathe a enregistré une augmentation, de 131 à 142 infractions contre l’intégrité physique. Dans la zone de police de Bruxelles-Nord (Evere, Schaerbeek, Saint-Josse), ces faits ont diminué entre 2019 et 2021, passant de 1.659 à 1.458 cas. Diminution aussi dans la zone Uccle-Watermael-Auderghem (de 768 cas à 750), même si l’on a noté des augmentations à Auderghem (passant de 170 à 199 cas) et Watermael (passant de 126 à 128 cas). Dans la zone de police Montgommery (Etterbeek, Woluwé-St-Pierre, Woluwé-St-Lambert), on a observé une diminution globale, malgré une augmentation de 299 à 330 cas à Etterbeek.

Diminution également dans la zone de police de Bruxelles Midi (Anderlecht, Saint-Gilles, Forest), avec toutefois une augmentation des cas d’infractions contre l’intégrité physique à Saint-Gilles, où l’on est passé de 596 cas en 2019 à 607 en 2021.

A titre de comparaison, en Région flamande on est passé de 38.982 infractions contre l’intégrité physique en 2019 à 35.366 en 2021. La baisse a été observée dans toutes les provinces flamandes, même s’il y a toujours des zones de police (Turnhout, Sint-Niklaas, Deinze) où cela a progressé.

En Région wallonne, de 2019, on a aussi observé une diminution des infractions contre l’intégrité physique de 2019 à 2021 pour passer de 31.803 infractions à 28.865. La diminution a concerné globalement toutes les provinces. Certaines zones de police ont cependant connu une recrudescence de ces faits (la zone de police de Jodoigne, la zone de police de Lermes, la zone Aiseau-Presles-Châtelet-Farciennes, la zone de Ath, celle du Val de l’Escaut, la zone de police du Pays de Herve, la zone de Ans-St-Nicolas, la zone Secova 'Aywaille-Chaudfontaine', la zone de police de la Vesdre, celle d’Awans-Grâce-Hollogne, la zone du Condroz, de Flémalle, de Huy, la zone de Gaume, celle de Sud-Luxembourg, la zone de police Condroz-Famenne, celle d’Hermeton-Heure, celle de Jemeppe s/Sambre et la zone de police des 3 vallées).

Les cas de "rixes au couteau" en augmentation ou pas ? Tout dépend de l’interprétation des chiffres…

Les statistiques de la Police fédérale fournissent également des précisions au sujet de ce qui est appelé les "rixes au couteau". On parle ici de tout "fait de coups et blessures ou meurtre, commis en tout lieu (rue, café, domicile, etc.) au cours duquel l’auteur a infligé ou tenté d’infliger des coups (de couteau) à la victime". Nous avons consulté les statistiques en la matière pour les trois régions du pays pour chaque année, de 2011 à 2022.

En 2021, 743 rixes au couteau ont été recensées en Belgique. C’est le nombre le plus élevé depuis 2011 où l’on en avait observé 795. En 2021, près de la moitié de ces rixes, 48,9% ont eu lieu en Flandre. 26,64% se sont produites en Wallonie et 24,36% à Bruxelles.

Mesurer l’évolution du nombre de rixes au couteau d’année en année est délicat et donne des interprétations variables. La comparaison des chiffres de 2021 par rapport à 2020 donne une augmentation du nombre de faits de ce type de 28,3% à Bruxelles, de 17,1% en Wallonie et de 1% en Flandre. Si l’on fait le même calcul en comparant 2021 par rapport à 2019, l’augmentation est de 49,5% à Bruxelles, de 16,2% en Flandre et de 0% en Wallonie.

Une autre manière de calculer serait de comparer le nombre de rixes au couteau en 2021 à la moyenne observée dans chacune des régions de 2011 à 2020. Dans ce cas, on constate une augmentation du nombre de rixes au couteau à Bruxelles de 30%, de 23,5% en Flandre et une diminution de 16% en Wallonie.

Assassinats, meurtres, coups et blessures volontaires : des réalités différentes selon les ressorts de cours d’appel

Si l’on se penche sur les chiffres du Ministère public et plus particulièrement sur les statistiques des affaires pendantes selon le type de prévention par ressort judiciaire, on constate que le nombre d’affaires qui concernent des faits d’assassinat et de meurtre était de 1.233 en 2019 et de 1.158 en 2021.

Ces chiffres cachent des réalités différentes selon les ressorts de cour d’appel. Ainsi, le nombre d’affaires pendantes pour assassinat et meurtre a diminué en 2021 par rapport à 2019 à Bruxelles (296 en 2021, 326 en 2019), à Liège (308 en 2021, 315 en 2019), à Mons (194 en 2021, 197 en 2019), à Gand (178 en 2021, 191 en 2019). Il a, par contre, augmenté à Anvers, passant de 204 affaires en 2019 à 214 en 2021.

Le nombre d’affaires pendantes qui concernent des faits de coups et blessures volontaires est, lui, plus élevé au niveau belge en 2021 qu’en 2019. On comptait 24.797 affaires de ce type devant les tribunaux belges en 2019. Il y en avait 26.212 en 2021.

Seul le ressort de la cour d’appel de Gand est concerné par un nombre plus bas de dossiers en 2021 qu’en 2019.

Partout ailleurs, cela a augmenté. Ainsi, on comptait à Bruxelles 5.904 affaires concernant des coups et blessures volontaires en 2021 contre 5.197 en 2019.

A Liège, on comptait 6.521 affaires de ce type en 2021, contre 5.624 en 2019.

A Mons, il y avait 5.332 affaires de coups et blessures volontaires en 2021 pour 5.168 en 2019.

A Anvers, 4.075 en 2021 pour 3.765 en 2019.

Le ressort de la cour d’appel de Gand faisait figure d’exception avec 4380 affaires de coups et blessures volontaires en 2021 contre 5.043 en 2019.

Sur le même thème : Extrait JT (29/11/2022)

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