"Covidiot", "Distanciel", "Déconfinement"… Et le nouveau mot de l'année 2020 est…

Et le mot de l'année 2020 est...

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28 déc. 2020 à 18:00 - mise à jour 29 déc. 2020 à 08:05Temps de lecture4 min
Par Ambroise Carton

L’opération du "nouveau mot de l’année", organisée conjointement par le journal Le Soir et la RTBF, a livré son verdict. Résultat : c’est le mot "déconfinement" qui s’est imposé d’une courte tête juste devant "distanciel" et "Covid".

Les internautes avaient jusqu’au 23 décembre à minuit pour choisir le mot le plus marquant apparu ces derniers mois parmi les dix propositions suivantes :

  • sans contact [nom m.]
  • débunker [verbe tr.]
  • Karen [prénom f.]
  • coronapéro [nom m.]
  • covidiot‚ -ote [nom]
  • démerdentiel [adjectif et nom m.]
  • bulle (sociale) [locution nominale f.]
  • covid (variante : covid-19) [nom m. ou f.]
  • distanciel [adjectif et nom m.]
  • déconfinement [nom m.]

Cette liste avait été établie, sur la base de suggestions des internautes, par un jury présidé par le professeur Michel Francard, linguiste et chroniqueur au journal Le Soir, et Anne-Catherine Simon, linguiste au sein du centre de recherche Valibel de l’UCLouvain. Quatre journalistes, deux du Soir (William Bourton et Jean-Claude Vantroyen) et deux autres de la RTBF (Annick Capelle et Mehdi Khelfat), et l’auteur et humoriste Bruno Coppens faisaient également partie du jury.

Chose pour le moins surprenante, si la langue française avait pensé à "confinement" depuis longtemps, au sens d'"interdiction à un malade de quitter la chambre", elle n’avait pas jusqu’ici envisagé le "déconfinement". Et pourtant il a bien fallu inventer ce mot au tournant des mois de mars et avril.


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A l’époque, en pleine première vague, après des semaines sans contact, le besoin de retrouver le monde extérieur se faisait sentir. Chacun en venait à imaginer la fin du distanciel et du télétravail, tout en espérant que les covidiots, ces personnes qui ne respectent pas les mesures, ne viendraient pas ruiner la fête. Car les coronapéro, ça va deux minutes, mais au bout d’un moment, on a hâte d’élargir sa bulle et de rouvrir (ou de "réouvrir" ?) les commerces dits "non essentiels"… Mais tout ça, c’était avant le reconfinement.

Déconfinement : mot nouveau et sens nouveau

"C’est la première fois qu’un mot qui surgit pendant l’année connaît en même temps une telle diffusion virale", sourit Michel Francard. Le linguiste rappelle alors que le terme "confinement" s’est d’abord appliqué à des personnes en petit nombre : un prisonnier, un malade.

"Ce qui signifie que, jusqu’à cette année-ci, 'confinement' n’était pas du tout dans le domaine humain pour des grandes masses de gens. Le mot confinement est une innovation sémantique. On a ajouté un nouveau sens qui est celui de 'confiner des millions de personnes'."

Dans le cas de déconfinement, "la création est double. Elle est formelle parce que c’est un dérivé nouveau. Et puis elle est sémantique parce que ça s’applique à des populations très importantes d’êtres humains", souligne encore Michel Francard.


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Force est de constater que, si on a aussi parlé de "lockdown" pour désigner la même situation, un "unlockdown" ne s’est pas imposé pour autant dans notre vocabulaire francophone. Pour le spécialiste de la langue française, "cette année-ci, les gens ont choisi de réagir à la morosité ambiante avec une créativité très importante. Tous les composés sur 'covid' ou sur 'corona' qu’on a vu se développer, c’est un phénomène assez nouveau et d’une ampleur importante".

Signalons que "déconfinement" figure dans la dernière édition du dictionnaire Le Robert, tout comme les locutions "gestes barrières", "distanciation sociale", "immunité collective", "traçage numérique" ou encore "patient zéro".

Le Larousse, lui, est plus prudent quand il s’agit de déconfiner. Le déconfinement se trouve bien sur le site internet du célèbre dictionnaire, mais il n’a pas été retenu dans l’édition papier 2020. "Tout le monde emploie ce terme, on peut considérer qu’il est déjà dans la langue. Ainsi, il a vocation à entrer dans la prochaine édition", expliquait récemment Bernard Cerquiglini, conseiller scientifique du Larousse, cité par nos confrères du Figaro.

"Knuffelcontact"

En Flandre aussi, on désigne le nouveau mot de l’année lors d’une élection organisée par la VRT et le dictionnaire Van Dale. Au nord du pays, c’est le néologisme "knuffelcontact" qui l’a emporté.

Début octobre, alors que les autorités annoncent un durcissement des mesures sanitaires. Le terme "knuffelcontact" apparaît alors pour évoquer les contacts rapprochés. C’est Frank Vandenbroucke, le ministre fédéral de la Santé qui l’a utilisé pour la première fois lors d’une interview accordée à la VRT.

Le knuffelcontact, que l’on pourrait traduire par "contact câlin", est défini dans le Van Dale en ligne comme une personne, en dehors des membres de notre famille, avec qui on peut avoir des contacts physiques étroits. La deuxième place est revenue au terme "hoestschaamte", qui évoque la honte de tousser. Sur la troisième marche du podium, on trouve le terme "Covidioot". Ou quand, à une lettre près, le français rejoint le néerlandais.

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