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Crise de l’accueil des demandeurs d’asile aux Pays-Bas : Ter Apel, le "Petit Château" néerlandais ?

Le personnel médical de MSF lors de sa première mission médicale aux Pays-Bas, ce 25 août 2022 à Ter Apel.

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26 août 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par Benoît Feyt

Depuis plusieurs jours, des files de demandeurs d’asile se forment devant le centre d’enregistrement de Ter Apel, au nord des Pays-Bas. 700 demandeurs d’asile y campent actuellement dans l’attente de s’enregistrer. Un bébé de trois mois y est décédé dans la nuit de mardi et mercredi. La cause du décès n’est pas encore déterminée mais l’événement a marqué les esprits. À tel point que Médecins Sans Frontières (MSF) a décidé de fournir des soins médicaux et psychologiques aux demandeurs d’asile. Une opération qui pourrait durer encore 6 semaines.

Des réfugiés dorment devant le centre d’accueil ter Appel aux Pays-Bas, le 24 août 2022.
Des réfugiés dorment devant le centre d’accueil ter Appel aux Pays-Bas, le 24 août 2022. Getty Images

Aide d’urgence aux Pays-Bas : une première pour MSF

"C’est la première fois que nous devons intervenir pour apporter une aide médicale aux demandeurs d’asile aux Pays-Bas, explique Hizkia De Jong de MSF. Les conditions de vie dans ce camp sont inhumaines. Nous devons soigner des enfants, des femmes enceintes et des hommes qui souffrent de maladies chroniques et qui manquent de médicaments. Cette situation ressemble à ce que nous connaissons sur l’île de Lesbos en Grèce. Ça ne devrait pas exister !"

Trois grandes bâches ont été installées devant les portes du centre de Ter Apel pour protéger les demandeurs d’asile du soleil et de la pluie. Certains dorment à même le sol sur des cartons ou des couvertures. Les plus chanceux ont reçu des petites tentes de deux personnes. Ils y logent parfois à 4 ou 5 adultes. "La nuit dernière, il a fait tellement froid que nous n’avons pas pu dormir", explique Ibrahim Alfawal, un demandeur d’asile syrien. "Nous sommes encore plus inquiets pour ce vendredi parce qu’ils annoncent de la pluie. Ça va être invivable ici dans ces conditions. On a peur de tomber malade."

Résistance à l’accueil dans certaines communes

Pour Médecins Sans Frontières, cette situation de crise découle directement d’un manque d’action politique. "La principale difficulté à laquelle nous sommes confrontés est de trouver des logements pour les demandeurs d’asile, explique Judith Sargentini, directrice de MSF aux Pays-Bas. Le gouvernement a pourtant annoncé qu’il allait débourser 200 millions d’euros supplémentaires pour l’aide aux réfugiés, mais ça n’a jamais été suivi d’effet. En cause, notamment, le refus de nombreux bourgmestres de créer des places d’accueil pour demandeurs d’asile dans leur commune."

 

Des bourgmestres qui sont parfois mis sous pression par leurs propres citoyens. Dans la petite ville d’Albergen, à l’est du pays, des habitants protestent ainsi depuis plusieurs jours contre un projet de l’agence néerlandaise pour les réfugiés de loger 300 demandeurs d’asile dans un hôtel.

"On ne peut pas nier l’influence des mouvements anti-immigration et des partis d’extrême droite sur la réticence des bourgmestres et des gouvernements à accueillir des demandeurs d’asile sur leur territoire, analyse Ilke Adam, professeure de Sciences politiques à la Vrije Universiteit Brussel (VUB). On connaît la même situation en Belgique. Il n’y a qu’à voir l’élan de solidarité qui s’est exprimé pour accueillir des réfugiés ukrainiens dans certaines communes. Cela prouve que cette solidarité est possible. Mais elle ne s’exprime pas du tout de la même manière quand il s’agit d’accueillir des demandeurs d’asile d’autres nationalités."

Un parallèle évident avec Belgique

"On pourrait facilement comparer la situation des demandeurs d’asile aux Pays-Bas et en Belgique", poursuit Judith Sargentini, directrice de MSF aux Pays-Bas. "Le camp de fortune qui est apparu devant le centre de Ter Apel aux Pays-Bas ces derniers jours, me rappelle d’ailleurs ce que j’ai déjà observé à Bruxelles devant le Petit Château ou au parc Maximilien devant l’Office des étrangers".

Mais la comparaison ne s’arrête pas là car la Belgique et les Pays-Bas font face à des flux migratoires similaires avec, notamment, une forte présence de mineurs non accompagnés (MENA). Face à cette crise, nos voisins néerlandais ont durci leur réponse depuis plusieurs années au point d’appliquer aujourd’hui une des politiques les plus restrictives d’Europe en matière de demande d’asile.

"Le modèle d’accueil que nous connaissons en Belgique a été copié du modèle néerlandais", explique David Vogel, chargé des plaidoyers pour MSF Belgique. "On a ainsi créé un centre d’enregistrement unique au Petit Château et on voit bien que le modèle sature chez nous aussi. Pour les mêmes raisons. On manque cruellement de logements pour demandeurs d’asile et on ne voit pas de volonté politique pour répondre à cette crise de manière structurelle."

En Belgique, l’agence fédérale en charge de l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) est légalement tenue de fournir un lit, une douche et de la nourriture aux demandeurs jusqu’à ce que leur dossier soit traité. Mais l’agence s’avère incapable de répondre à la demande par manque de logements disponibles. Plusieurs ONG, dont MSF, ont donc poursuivi Fedasil pour manquement à ses devoirs et l’agence a été condamnée à payer des dizaines de milliers d’euros d’astreinte. Sans que rien, jusqu’ici, ne change.

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