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Crise des migrants en Biélorussie : un premier vol de rapatriement a atterri en Irak

Des migrants irakiens s’apprêtent à embarquer à Minsk pour un vol de rapatriement.

© AFP – ANDREI POKUMEIKO

18 nov. 2021 à 16:38 - mise à jour 18 nov. 2021 à 19:06Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine (avec Françoise Wallemacq)

Un appareil de la compagnie Iraqi Airways a atterri ce jeudi à Erbil, au Kurdistan irakien, en provenance de Minsk, avec à son bord 431 personnes. Il s’agit d’Irakiens volontaires pour ce rapatriement. Ils avaient tenté ces dernières semaines de gagner le territoire de l’Union européenne par la Biélorussie. A la frontière polonaise, ils ont été confrontés aux forces de l’ordre polonaises et aux rudes conditions climatiques de la région.

L’Occident accuse le régime biélorusse d’avoir délibérément organisé cette crise depuis cet été. Mais depuis quelques jours, le ton a changé à Minsk. Le président Alexandre Loukachenko, boycotté par les Européens depuis les élections contestées de 2020, a pu parler à deux reprises à la chancelière allemande Angela Merkel.

Inversion du flux migratoire

Depuis, la Biélorussie prend des mesures pour inverser le flux migratoire. Minsk cherche désormais à tarir la filière qui s’était mise en place depuis plusieurs pays du Moyen-Orient. Des consulats biélorusses qui délivraient généreusement des visas de tourisme ont fermé leurs portes, comme à Erbil et à Bagdad.

La compagnie biélorusse Belavia a interrompu certains vols charter, depuis Beyrouth par exemple. Elle a aussi interdit aux ressortissants de plusieurs pays de la région de monter à bord de ses appareils à Dubaï. Les Emirats étaient devenus la plaque tournante des voyages vers la Biélorussie, depuis que la Turquie avait elle aussi limité les possibilités d’embarquement vers Minsk.

Les retours encouragés

La route migratoire vers l’Europe via Minsk semble donc se refermer, même si certains candidats à l’exil passent encore par la Russie. La Biélorussie et l’Irak, d’où viennent de nombreux migrants, tentent désormais d’encourager les retours.

La Biélorussie estime que quelque 7000 migrants se trouvent à présent sur son territoire. Elle se dit prête à en rapatrier 5000 s’ils sont volontaires. Après un entretien avec la chancelière allemande, les services du président Loukachenko ont affirmé que l’Allemagne allait négocier avec l’Union européenne un "corridor humanitaire" pour évacuer les 2000 autres migrants vers l’Allemagne.

Discussions techniques

Berlin ne confirme pas : l’Allemagne demande la possibilité pour les organisations internationales de fournir une aide humanitaire à ces personnes et de leur proposer des possibilités de retour. L’Union européenne refuse d’évoquer des "négociations" sur le sujet avec la Biélorussie, en expliquant que la Commission tiendra des "discussions techniques" avec Minsk, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM).

Ce jeudi, une partie des 2000 migrants qui campaient près de la frontière polonaise ont été emmenés vers des hangars situés non loin.

Les flux migratoires peuvent être instrumentalisés à des fins politiques, contre l’Union européenne, pour obtenir quelque chose dans ce marchandage

Visé par des sanctions européennes depuis l’année passée, le président Alexandre Loukachenko est accusé d’avoir cherché à se venger en provoquant ce chaos aux frontières de l’Union. Selon le patron de l’Agence européenne de gardes-frontières Frontex, l’Union européenne est la cible d’un "chantage géopolitique". "Ça doit ouvrir les yeux de tous ceux qui n’ont pas encore compris que les flux migratoires peuvent être instrumentalisés à des fins politiques, contre l’Union européenne, pour obtenir quelque chose dans ce marchandage", dit Fabrice Leggeri à l’AFP.

Pour Tanguy De Wilde, professeur de relations internationales à l’UCL, "Loukachenko a réussi à montrer à l’Union européenne qu’il pouvait constituer une nuisance. Jusque-là, ça ne coûtait rien à l’Union de protester contre les élections truquées et de prendre des mesures de rétorsion contre la manière dont il traite son opposition. Ici, en mettant la pression sur un Etat européen, il montre sa capacité de nuisance pour prendre l’UE dans ses propres contradictions."

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