Crise du coronavirus : comment les travailleurs de l’événementiel se sont adaptés pour ne pas sombrer

80% des travailleurs de l’évènementiel sont à l’arrêt

© Arto

Le secteur de l’évènementiel est l’un des plus touchés par la crise sanitaire. Plus de spectacles, de salons, plus de mariages ni de festivals depuis des mois, et l’avenir semble encore très incertain. Pour s’en sortir, certains ont pu se montrer utiles dans la gestion même de la crise sanitaire. Ils sont en quelque sorte… Les reconvertis de l'événementiel.

Tentes de mariage devant les hôpitaux

En périphérie bruxelloise, nous rencontrons Benjamin de Sauvage et Alexis de Halleux, tous les deux managers d’une société de location de tentes. Habituellement utilisées pour accueillir des mariages, ils les installent depuis mars devant les hôpitaux pour organiser du testing.

"On s’est directement positionnés dans la conception d’un hôpital mobile éphémère permettant d’être désinfecté rapidement, permettant aux médecins d’avoir des sorties indépendantes, d’avoir des points d’eau, du chauffage, etc. On a eu un appel le 12 mars et le 13 mars à minuit, notre première tente était opérationnelle pour l’hôpital Sainte-Elisabeth", raconte Benjamin.
 

La première tente opérationnelle dès le 13 mars à minuit
La première tente opérationnelle dès le 13 mars à minuit © de Halleux

En quelques semaines à peine, la société installe ses tentes devant six hôpitaux belges, dont Saint-Pierre à Bruxelles ou encore Ambroise Paré à Mons. Les associés récupèrent même des chalets de Noël pour des centres de tests en drive-in. 80% du matériel nécessaire était heureusement dans leur propre stock.

"L’impératif pour les hôpitaux c’était quand même d’avoir des surfaces lavables", explique Alexis. "On a utilisé de l’aggloméré lavable et on avait beaucoup de plexiglas issus de nos structures tentes et heureusement parce que tout le monde s’était rué dessus."

Sauver les meubles

Cette activité inespérée ne rattrape malheureusement pas tous les évènements annulés cette saison. La plupart des ouvriers de cette entreprise restent au chômage pour force majeure.

"Ça nous a permis de nous dire OK, on peut travailler pour les hôpitaux et couvrir nos frais fixes, donc on ne sera pas en perte", nous confie Alexis. "Mais on a démonté une grosse partie des hôpitaux en juillet, donc on doit encore se réinventer."core businessévèv

D’autres sociétés actives dans l'événementiel se sont aussi réinventées pour ne pas sombrer. Des Anversois, actifs dans la promotion des marques dans des pop-up stores, ont mis au point des portiques de décontamination pour les supermarchés. Leur concept a évolué puis a été développé en Angleterre et est maintenant exploité aux Etats-Unis, à Singapour et même en Australie.

"Ce n’est pas vraiment mon core business", explique Dieter Veulemans, partenaire créatif chez CityCubes, "mais c’est intéressant et ça permet à trois personnes chez nous de travailler sur ce projet."

Trois emplois créés pour une dizaine d’autres gelés, malheureusement, ici non plus, la reconversion ne suffit pas.

De Dour et Werchter au Samusocial

Ceux qui souffrent le plus dans le secteur, ce sont d’ailleurs les milliers de travailleurs saisonniers de l'événementiel, comme Marylin Pletinckx. Nous la retrouvons au Samusocial à Bruxelles, où elle a été engagée au début de la crise. Une activité bien éloignée des plaines de Dour ou de Werchter où elle s’occupe normalement du montage son et lumière.

"On retrouve quand même le travail d’équipe", précise Marylin. "Il y a des périodes d’activité intense puis d’inactivité. Ça aussi c’est comme dans les festivals. Mais ça m’apporte une autre vision des choses, c’est intéressant, ça m’a ouvert l’esprit pas mal !"

Marylin est électro sur les festivals, elle a pu trouver du travail au Samusocial
Marylin est électro sur les festivals, elle a pu trouver du travail au Samusocial © RTBF

Des compétences utiles

Comme Marylin, une quinzaine de personnes issues de l’évènementiel ont été engagées par le Samusocial pour ouvrir en urgence de nouveaux centres respectant les mesures de distanciation. Une aubaine pour tout le monde.

"On avait besoin de gens qui avaient cette capacité d’aller vite, de monter rapidement des structures, ce qui est souvent le cas dans les festivals", explique Sébastien Roy, directeur général du Samusocial. "Il fallait aussi que ces personnes aient une certaine empathie. Et en fait dans le secteur culturel, les gens ont cette empathie dont on a besoin dans le secteur social donc en fait le matching s’est plutôt bien fait."

"Nous, on a eu beaucoup de chance", nous confie Marylin en parlant d’elle et de son compagnon, "mais ça aurait pu très mal tourner. J’aurais pu très bien me retrouver moi-même à la rue ! Je ne sais pas comment j’aurais payé mon loyer, je n’ai pas droit au chômage, j’ai droit à rien. Je sais que j’ai des anciens collègues qui vont chercher des colis alimentaires, alors qu’on a toujours très bien vécu, on a toujours eu beaucoup de travail."

Avenir incertain

À chaque conseil national de sécurité, les espoirs du secteur évènementiel sont déçus. Malgré les nombreux exemples de reconversion, 80% des 80.000 travailleurs sont encore à l’arrêt. Pour Vinciane Morel, porte-parole de l’Alliance des fédérations belges évènementielles, la crise est une catastrophe.

"On est un secteur saisonnier, donc qui se joue sur le printemps, l’été et l’automne. Aujourd’hui, nos trois saisons sont par terre, donc on a beaucoup de sociétés qui vont perdre 80% du chiffre d’affaires sur cette année, mais surtout on n’a pas de vue sur l’avenir ! On ne sait pas ce que réserve l’année 2021", précise-t-elle.

Faute de relance, le secteur demande aujourd’hui un soutien financier, mais aussi humain, pour éviter le drame social.

Archives JT du 22/07/2020 - Evenementiel : les professionnels du secteur toujours plus inquiets

Evenementiel : les professionnels du secteur toujours plus inquiets

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