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Crise énergétique : un jackpot pour Engie-Electrabel ?

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Crise énergétique : jackpot pour Engie ?

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23 mai 2022 à 08:42 - mise à jour 23 mai 2022 à 08:522 min
Par Arnaud Ruyssen

Pour le coprésident d’Ecolo, Jean-Marc Nollet, c’est clair "Engie fait des profits indécents" dans cette crise énergétique. Une déclaration qui tombe au beau milieu de négociations compliquées pour la prolongation de 2 réacteurs nucléaires. Du coup, "Déclic" a voulu y voir clair sur les profits de l’entreprise et sur l’état des négociations en cours.

Un dividende d’1,2 milliard en 2021

Premier constat : depuis l’année 2021, les comptes d’Electrabel SA sont largement dans le vert. La société a déclaré plus d’1,9 milliard de bénéfice l’an dernier et a versé un dividende exceptionnel de 1,244 milliard d’euros à sa maison mère, le groupe français Engie.

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Et si l’on se réfère aux résultats du groupe, l’année 2022 s’annonce excellente elle aussi. Sur le premier trimestre, Engie a dégagé une marge brute (marge avant impôts et déduction des investissements et intérêts) de 4,6 milliards d’euros. Un an plus tôt, cette même marge brute sur le premier trimestre était de 3 milliards d’euros. Soit une augmentation… de 53% par rapport à l’année dernière.
Il s’agit de l’ensemble du groupe Engie mais il apparaît clairement dans les comptes que la partie belge y contribue pour beaucoup !

Pourquoi de tels profits ?

Comment expliquer de tels profits en pleine crise des prix du gaz ? C’est lié à la façon dont les prix sont formés aujourd’hui sur le marché. Ils sont basés sur le principe de la "centrale marginale": ce qui signifie que c’est la dernière centrale allumée qui fixe les prix de l’ensemble du marché. Or, cette "dernière centrale" est le plus souvent une centrale au gaz, ce qui tire les prix du marché à un niveau très élevé.

Cette situation est particulièrement avantageuse pour les producteurs d’énergie qui ont dans leur parc du renouvelable et/ou du nucléaire. Ils produisent de l’électricité peu chère et peuvent la vendre au même prix que si elle était produite au départ de gaz… de quoi expliquer les confortables marges qui apparaissent dans les comptes d’Engie-Electrabel qui s’appuie largement sur le nucléaire et le renouvelable.

Et les négociations sur la prolongation ?

Cette nouvelle situation de marché va-t-elle peser dans les négociations sur la prolongation de 2 réacteurs nucléaires ? Difficile de le savoir. Côté gouvernement et côté Engie, on se contente de préciser que le processus de "négociation" suit son cours.

Ecolo estime qu’avec les marges dégagées actuellement par l’énergéticien, il faut renégocier une importante taxe sur la "rente nucléaire". Mais de son côté, Engie – qui précise depuis 3 ans qu’elle a besoin de 5 ans pour mettre en œuvre une prolongation des réacteurs – est en position de force pour négocier. Au point de vouloir obtenir, en contrepartie, une renégociation des termes de l’accord sur le démantèlement et la gestion des déchets.

C’est d’ailleurs précisé en toutes lettres dans le bilan trimestriel d’Engie : "Compte tenu de son ampleur, cette prolongation potentielle présenterait un profil de risque qui s’étend au-delà des activités normales d’un opérateur privé. ENGIE ne s’engagerait donc dans un tel projet que dans le cadre d’une approche équilibrée de partage des risques, avec un dispositif réglementaire défini, stable et viable pour l’investissement requis, comprenant également un cadre clair pour le démantèlement et la gestion des déchets nucléaires".

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