Liège

Cristal Park : le projet privé du patron d'Immoval et de la directrice d'Eriges en Italie, un conflit d'intérêts ?

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Par François Braibant avec David Leloup (Le Vif)

La directrice de la régie communale sérésiene Eriges s’est-elle fourvoyée dans un conflit d’intérêts ? C’est l’accusation portée au dernier conseil communal de Seraing par le conseiller PTB Damien Robert. Ses révélations ont ébranlé l’échevine Crapanzano qui a découvert à cette occasion que ladite directrice, Valérie Depaye, avait initié à titre privé avec Pierre Grivegnée, alors patron de la société Immoval, un projet d’éco-village en Italie. Voici l’histoire.

Un "ecoresort" en Ombrie

Rappelons que Pierre Grivegnée n’est plus, aujourd'hui, le patron d’Immoval. Il a récemment démissionné. Immoval, c’est cette société qui, depuis 2004, n’est pas arrivée à réaliser le Cristal Park sur le site du Val Saint-Lambert, malgré les millions de prêts et de subsides et les effets d’annonce répétés d’année en année. Valérie Depaye est la directrice de la régie communale sérésienne Eriges. C’est une haute fonctionnaire. La régie qu’elle dirige dépend de la Ville de Seraing et preste, par convention*, des heures de travail intellectuel "assistance et management de projet" pour la société SPECI, elle-même propriété (partiellement) de Pierre Grivegnée, actionnaire indirect d’Immoval. Valérie Depaye est devenue la compagne de Pierre Grivegnée.

Que reproche le PTB à Pierre Grivegnée et Valérie Depaye ? D’avoir, pendant que le Cristal Park n’avançait pas, lancé en 2019 un projet immobilier à titre privé en Italie. Il s’agit de transformer un village du XVe siècle (Borgo di Toppo en Ombrie), en "Ecoresort". Le lieu est entouré de 250 ha de terrains avec "vignes, oliveraies et châtaigneraies, tout en certification bio ". Pierre Grivegnée comptait y investir 1,5 million d’euros.

Simple traductrice ? Notre document

La directrice d’Eriges était-elle trop proche des intérêts de son compagnon ? Ce faisant, s’est-elle mise en situation de négliger ceux de la Ville de Seraing ? C’est l’interrogation du conseiller PTB Damien Robert : "comment peut-elle défendre les intérêts de la Ville alors qu’elle travaille sur un projet privé en Italie avec Pierre Grivegnée, son compagnon, qui est aussi son interlocuteur quand elle travaille pour Eriges sur le Cristal Park ? Pourquoi n’a-t-elle pas averti les autorités communales de ces investissements privés ?"

Après le conseil communal de la semaine dernière, Valérie Depaye a, a sa demande été reçue par le collège des bourgmestre et échevins. Selon les informations que nous avons recueillies, elle a expliqué qu’elle avait "simplement joué le rôle de traductrice" puisqu’en Italie, il vaut mieux parler italien. Cependant, le pacte d’actionnaires dont nous disposons (et dont nous publions un extrait en illustration de cet article) mentionne que "PG et Valérie Depaye ont initié le projet de développement Borgo Di Toppo en septembre 2019 […]". C'est plus que de la traduction.

"Pas de conflit" juge l’échevine

L’échevine Laura Crapanzano avait été troublée lors du dernier conseil communal par les révélations du conseiller Damien Robert. Après avoir entendu Valérie Depaye, elle semble rassurée : "selon le collège, il n’y a pas de conflit d’intérêts entre la vie privée de madame Depaye et l’excellent travail qu’elle fournit au niveau de la Ville." L’échevine annonce vouloir solliciter le collège pour qu’il demande au conseiller Damien Robert les documents à partir desquels il a construit ses questions.*

Un spécialiste du droit communal que nous avons appelé explique qu’en droit pénal, pour qu’il y ait conflit d’intérêts, il faut prouver qu’il y a eu une influence indue, que quelqu’un s’est servi de sa situation pour favoriser les intérêts de son compagnon ou de sa compagne. En droit administratif poursuit-il, le code de la démocratie locale et de la décentralisation, là où il règle les incompatibilités entre parents dans les conseils communaux, ne mentionne pas les concubins. Notre interlocuteur glisse cependant que le cas est "suspicieux". Il est aussi permis de se demander si la loi, quand elle n’envisage que le lien créé par le mariage, est encore en phase avec ce que font les gens dans la réalité.

Le temps et l'argent - y compris l'argent d'autres investisseurs - consacrés au projet italien auraient-ils pu l'être au bénéfice du Cristal Park ? En d'autres termes, les deux projets se sont-ils, en quelque manière, fait concurrence ? Les arguments développés devant le collège par la directrice d'Eriges semblent avoir convaincu les échevins de la Ville de Seraing de conserver leur confiance à la fonctionnaire. Le conseiller PTB Damien Robert, lui, persiste : "il y a confusion d'intérêts". 

Valérie Depaye n’a pas réagi à nos tentatives de contact.

*Convention renouvelée au moins jusque 2013.

*Reponse de Damien Damien Robert le 09/05 : Ces documents, il les destine en primeur à la justice. Il ne veut pas mettre ses sources en danger. Si ses sources acceptent, il les montrera. Le conseiller d'opposition  estime que l'échevine Crapanzano pourrait elle aussi jouer carte sur table et commencer par transmettre toute la comptabilité des sociétés Immoval et Valinvest c à la commission communale spéciale chargée de faire la lumière sur l'affaire Cristal Park.

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