Littérature

"Crossroads" de Jonathan Franzen, une fresque familiale dans l’Amérique des années 70

L’écrivain américain Jonathan Franzen poursuit son exploration de l’Amérique avec "Crossroads"

© Photographie HECTOR GUERRERO / AFP

03 oct. 2022 à 10:13Temps de lecture2 min
Par AFP

Peut-on passer au crible tout un pays grâce à l’étude de ses familles ? L’écrivain américain Jonathan Franzen poursuit son exploration de l’Amérique avec "Crossroads", une fresque familiale, premier volet d’une trilogie.

Sorti fin septembre aux éditions de L’Olivier et il y a presque un an aux Etats-Unis, "Crossroads" est un livre de 700 pages qui raconte la vie de la famille Hildebrandt au début des années 70.

Le père, Russ Hildebrandt, est un pasteur en pleine crise existentielle. Son épouse Marion, traîne, elle, un passé obscur dont elle n’arrive pas à se détacher. Quant à leurs quatre enfants, trois d’entre eux tentent de faire face aux crises de l’adolescence.

Tout bascule un jour où Russ, alors à la tête de l’association paroissiale "Crossroads", est humilié devant ses fidèles.

"En 1971, la question que tout le monde se posait était : quand allons-nous partir du Vietnam ? Mais dans le monde de "Crossroads", la question qui prévaut est : est-ce que Tanner Evans va emmener Becky au concert ?", détaille l’écrivain à l’AFP lors d’un entretien à Paris, alors qu’il participait au festival de littérature américaine America de Vincennes.

Considéré comme l’un des grands noms de la littérature de son pays, Jonathan Franzen, lauréat en 2001 du National Book Award pour "Les Corrections", est connu pour sa précision chirurgicale lorsqu’il s’agit de décrire les sensations et émotions ressenties par ses personnages.

"Crossroads" ne déroge pas à la règle. Comme à chaque fois, le lecteur plonge dans une fresque impressionnante dont l’intrigue se dévoile au fil des pages.

"Besoin de défis"

Une fresque qui comptera une suite, comme il s’était risqué à le dire aux critiques.

"C’est ce que j’ai dit, oui. Toutefois, je n’aime pas qu’on vienne me dire : j’ai hâte de lire le 2e tome. Je sais que ça part d’une bonne intention mais le prochain tome n’est pas pour tout de suite", concède-t-il, avant de demander, dans un sourire, que l’on passe "à la prochaine question".

Pour certains, son style hyperréaliste ainsi que sa description de l’Amérique le rapproche d’Honoré de Balzac, père de la "Comédie Humaine".

"Comment dire… J’envie la rapidité avec laquelle Balzac a écrit ses livres ainsi que le nombre de livres qu’il a écrits", explique-t-il.

Ce que j’ai tenté de faire dans "Crossroads", c’est de créer cinq personnages, ce qui pour moi signifiait créer cinq histoires que j’ai ensuite voulu entremêler.

"Crossroads est mon premier livre dont l’intrigue n’est pas située au présent. J’ai besoin de me mettre des défis et écrire une histoire qui n’est pas fondée sur des événements actuels est le genre de défi qui m’anime".

Pourtant, l’Amérique contemporaine ne manque pas de défis. A commencer par l’extrême polarisation politique que vit le pays, traversé par les questions raciales, de genre mais aussi par le débat sur l’avortement.

Né en 1959 dans une famille de la classe moyenne d’un père suédois et d’une mère américaine, l’auteur de "Freedom" assure ne pas craindre l’expression "privilège blanc".

J’ai étudié dans une bonne université où j’ai appris à écrire. L’autre chose que j’ai apprise, parce que j’étais un étudiant assez paresseux, était comment prétendre maîtriser un sujet que je ne connaissais pas vraiment.

"Je pense que pour les jeunes, surtout en cette période très politisée, j’ai forcément tort à moins que l’on prouve le contraire. Cela concerne tout ce que je fais parce que j’ai eu d’énormes privilèges", affirme-t-il.

"J’ai eu la chance d’être en bonne santé, d’avoir des parents qui se sont battus pour leurs enfants et la liste peut continuer… Je le comprends et ça ne me rend pas amer".

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