Belgique

"D'ici à la fin du mois, on devrait avoir 30.000 logements de crise pour les Ukrainiens", annonce Sammy Mahdi

L'invité de Matin Première: Sammy Mahdi

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23 mars 2022 à 08:43 - mise à jour 23 mars 2022 à 08:59Temps de lecture4 min
Par Victor de Thier sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux et François Heureux

Trois millions d'Ukrainiens ont quitté le pays depuis le début du conflit. Jusqu'à présent, près de 20.000 ont trouvé refuge en Belgique. Après des débuts difficiles, les files sur le plateau du Heysel diminuent, l'enregistrement des réfugiés s'organise peu à peu mais reste toujours la question des places d'accueil. Quelles solutions structurelles va-t-on offrir à tous ces réfugiés ? Le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration Sammy Mahdi (CD&V) est venu faire le point ce mercredi dans Matin Première.

"20.000 demandeurs d'asile sur l'espace de trois semaines, c'est énorme", confirme-t-il. "On arrive presqu'au chiffre des demandeurs d'asile sur toute l'année en Belgique en seulement trois semaines pour les Ukrainiens".

Pas question cependant pour le gouvernement fédéral de laisser un nouvel arrivant sur le carreau. "Les structures d'Etat doivent faire le nécessaire pour garantir qu'il y ait suffisamment de places structurelles pour les gens [...] Néanmoins en question de logements, nous sommes déjà assez saturés. Nous n'avons pas d'option. Nous faisons face aujourd'hui à une crise humanitaire. On doit donc créer des villages d'urgence et sur ce point, les régions ont pris les choses en main pour faire le nécessaire. D'ici à la fin du mois, on devrait avoir 30.000 logements de crise pour les Ukrainiens".

Bien qu'il ne soit pas compétent en matière de logement, l'État a pour sa part décidé de lancer le #PlaceDispo. L'objectif est de répertorier toutes les places disponibles, non seulement chez les particuliers, mais aussi des places collectives dans les communes pour disposer de places-tampon.

L'accueil des réfugiés par des particuliers ne peut pas durer

Depuis le début du conflit, un élan citoyen important a vu le jour. Nombreux sont ceux qui se présentent au Palais 8 du Heysel pour proposer un logement. La majorité des réfugiés ukrainiens accueillis dans le pays sont d'ailleurs logés chez des particuliers.

"C'est bien que l'on ait cette volonté qui existe chez beaucoup de citoyens de vouloir contribuer", se réjouit Sammy Mahdi. "Mais à un moment donné pour les Ukrainiens, il est important de pouvoir leur donner un logement définitif. L'accueil des réfugiés par des particuliers ne peut pas durer. On ne peut pas demander à des gens d'accueillir pendant des mois des Ukrainiens chez eux, d'où le besoin de la création de logements structurels". 

Par ailleurs, certains citoyens proposant un logement s'étonnent de ne pas recevoir de réponse. "L'offre aujourd'hui est plus grand que la demande", explique le secrétaire d'État. "Mais en ce moment ne vous inquiétez pas, chaque Ukrainien qui arrive en Belgique est logé".

Jusqu'à combien d'Ukrainiens pourrait accueillir la Belgique ?

Cette crise des réfugiés n'en est qu'à ses débuts. Plusieurs pays voisins de l'Ukraine doivent faire face à un afflux de migrants dont la Pologne qui en a déjà accueilli plus de 2 millions en l'espace de quelques semaines. Le pays est déjà complètement saturé.

La Belgique devrait donc encore voir arriver de nombreuses personnes dans les semaines à venir. À la sortie d'un sommet européen au début de la crise, Sammy Mahdi avait évoqué le nombre de 200.000 Ukrainiens que devrait probablement accueillir la Belgique. "Je pense qu'il est important de toujours pouvoir partir du pire pour arriver là où on doit arriver. Ce qui peut arriver c'est qu'au moment où il y a entre 4 et 7 millions de réfugiés - comme le prévoit les chiffres du HCR - en tenant compte de la répartition européenne, la Belgique devrait prendre une responsabilité qui est de l'ordre de 200.000 personnes. Selon les derniers chiffres qui m'ont été montrés, cela avoisine même les 250.000 - 260.000 personnes", explique-t-il.

A-t-on les moyens pour faire face à cet afflux ? "J'espère que le jour où nous sommes forcés de quitter la Belgique parce que des bombes tombent sur notre pays, il ne va pas y avoir un débat sur la question de notre accueil dans les pays voisins à la troisième semaine, au moment où des bombes sont toujours en train de tomber", rétorque Sammy Mahdi.

Une différence de traitement entre les Ukrainiens et les autres ?

Parallèlement à la gestion de l'accueil des réfugiés ukrainiens, le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration confirme que le gouvernement planche en ce moment sur la construction de trois nouveaux centres fermés, s'ajoutant aux six centres fermés existant, pour atteindre une capacité de 1.200 places en Belgique.

"Cela a été décidé au sein de l'accord gouvernemental. On a besoin d'avoir une politique de retour qui soit la plus large possible, donc on travaille énormément sur le retour volontaire. On essaye de pouvoir accueillir chaque personne de manière individuelle, mais il reste un profil assez compliqué dont on doit s'occuper aussi. Des personnes qui causent parfois des problèmes d'ordre public et pour lesquels il est important d'avoir une politique de retour forcé, d'où l'importance de créer davantage de places". 

Certains reprochent au gouvernement d'adopter une politique "deux poids, deux mesures" concernant l'accueil des réfugiés dans notre pays en fonction de leur origine, alors que l'Etat belge a récemment été condamné pour sa mauvaise gestion des demandeurs d'asile. Un argument vivement réfuté par Sammy Mahdi. "Que ce soit quelqu'un venant de l'Ukraine ou un réfugié reconnu venant d'un autre pays tel que l'Afghanistan ou la Syrie, ces personnes-là ont des droits sociaux. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ont droit à un logement gratuitement et une assurance complète. (...) La solidarité n'est pas uniquement envers les Ukrainiens. La Belgique accueille en ce moment 30.500 demandeurs d'asile des quatre coins du monde dans son réseau. Nous sommes le quatrième pays qui accueille, de manière proportionnelle, le plus de demandeurs d'asile au niveau de l'Union européenne".

>> La RTBF organise ce mercredi une journée en solidarité avec les réfugiés ukrainiens. Retrouvez toutes les informations ici

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