Damien Ernst: "En 2025, l'essence et le diesel, c'est mort"

Damien Ernst : "En 2025, l’essence et le diesel, c’est mort"

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25 avr. 2019 à 17:41 - mise à jour 25 avr. 2019 à 17:48Temps de lecture3 min
Par Camille Toussaint

Le débat a été (re)lancé suite à la publication d’une étude allemande : une voiture électrique émet-elle plus de CO2 qu’une voiture diesel ? Selon cette étude, oui. Mais d’autres recherches ailleurs sur le globe indiquent le contraire. Alors qui a raison ? Un peu tout le monde, car tout dépend du lieu de fabrication des véhicules électriques. Plus globalement, cette question soulève la problématique de la production d’électricité, et des innovations technologiques. Pour en débattre, Soir Première a invité Damien Ernst, spécialiste de l’énergie (ULiège), et Xavier Van Der Stappen, concepteur de l’Ecar, un modèle de voiture électrique 100% belge.

Damien Ernst a récemment publié une étude sur la Tesla, affirmant qu’il fallait plusieurs centaines de milliers de kilomètres la rendre aussi verte qu’une voiture thermique. Mais faut-il pour autant mettre toutes les voitures électriques dans le même sac ? Non, et lui-même l’explique clairement :

"Tout d’abord, il faut comprendre qu’une voiture électrique émet du CO2 à deux moments. D’abord, à la construction de la batterie du véhicule. Pour une batterie de Tesla, cela émet peut-être 10 tonnes de CO2. Ensuite, une voiture électrique va consommer, pour se recharger, l’électricité du réseau. Et cette électricité a une certaine intensité carbone, qui dépend de la façon dont elle est produite".

Ainsi, produire de l’électricité au charbon implique une intensité carbone beaucoup plus élevée que produire de l’énergie renouvelable. "En Belgique, continue Damien Ernst, cette intensité est assez faible. En Allemagne, elle est plus importante. Pour garder l’exemple de la Tesla, on peut estimer que ce type de voiture émet 13 kilos de CO2 pour 100 kilomètres. Et alors en Chine, cette intensité carbone est encore beaucoup plus grande. Entre 800 grammes et un kilo de CO2 par kilowattheure. Là, c’est clair qu’il vaut mieux rouler avec un véhicule à essence !"

L’empreinte carbone d’un véhicule électrique dépend donc de son lieu de fabrication et d’utilisation. Et en Belgique, et le spécialiste le confirme, les voitures électriques sont plus vertes que les voitures thermiques. De manière plus générale, il insiste également sur le développement de batteries : " La technologie des batteries bouge à une vitesse fantastique. On parle de batterie qui pourraient tenir 1,5 millions de kilomètres. C’est presque une durée de vie infinie. A ce moment-là, ce n’est pas grave s’il faut attendre 250 000 kilomètres pour qu’un véhicule soit plus vert qu’un véhicule essence".

Ecar, une voiture belge 100% électrique

Xavier Van Der Stappen est concepteur de l’Ecar, une voiture belge électrique de petit format. Il explique que le coût carbone de la batterie a fait l’objet de réflexion : "Evidemment, on en tient compte. Par exemple, notre fournisseur de batterie est belge, et il reste le propriétaire des batteries. C’est-à-dire qu’une fois leur vie terminée dans l’Ecar, il les récupère pour être placées dans des installations photovoltaïques. Selon ce business modèle, elles tiendront une trentaine d’années avant d’être recyclées".

Par rapport aux études faites sur la Tesla, il tient également à souligner que tout est question de proportion : "La Tesla, c’est un modèle de 2,5 tonnes, qui monte à 200 km/h. Nous, nous avons construit un petit modèle de véhicule de 650 kilos, bridé à 120 km/h. Il nécessite beaucoup moins de charge, et sa batterie pèse 80 kilos au lieu de 350 kilos pour une Tesla".

Politiquement, on est prêt pour ces nouveaux modèles ?

Damien Ernst pense que la "révolution électrique" se fera, avec ou sans les politiques : "Politiquement, oui, on essaye de pousser un peu l’électrique, on place des bornes par-ci par-là. Mais ça ne sert à rien. Car ce qui va déterminer l’avenir du marché de la voiture électrique, c’est le puissant tissu du marché de l’automobile, qui est en train de fabriquer des véhicules superbes et pas cher. Pour moi, en 2025, le prix d’achat d’un véhicule électrique sera largement inférieur au prix d’une voiture à essence ou diesel. Parce que les coûts du renouvelables diminuent. Donc en 2025, l’essence et le diesel, c’est mort. Qu’il y ait des influences politiques ou non".

 

 

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