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Dans "House of the Dragon", "Winter is not coming" : notre avis sur les 6 premiers épisodes du préquel de "Game of Thrones"

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HBO

Un préquel s’éteint, un autre s’éveille. Après la conclusion, la semaine dernière, de "Better Call Saul", qui racontait le passé d’une série de personnages de la mythique série "Breaking Bad", ce lundi démarre sur Be Tv "House of the Dragon" (HOD), préquel de l’inoubliable "Game of Thrones" (GOT), série phénomène de la décennie 2010, malheureusement ternie par une conclusion hâtive et décevante.

Mais pas de quoi empêcher HBO de capitaliser sur la marque "Game of Thrones". Le diffuseur américain, propriété du groupe Warner Bros. Discovery, a lancé au moins 5 projets de préquels. Un premier projet a été mis à la poubelle, malgré la présence de Naomi Watts et 30 millions de dollars dépensés pour tourner un premier épisode. "House of the Dragon" n’a pas connu le même sort et débarque enfin sur nos écrans.

HBO et BeTV ont mis à disposition des journalistes les 6 premiers épisodes de cette première saison qui compte au total 10 épisodes. Insuffisant pour se faire un avis définitif, mais il y a déjà de quoi se forger une solide opinion.

HOD raconte l’histoire d’une chute, celle de la maison Targaryen. Souvenez-vous du début de GOT : on découvrait Daenerys Targaryen et son frère Viserys Targaryen exilés, loin du "Trône de fer". "House of the Dragon" débute 172 ans plus tôt et raconte l’histoire d’une famille qui se déchire, entre une fille aînée qui veut devenir reine, un frère qui a le même dessein mais est indigne du poste, et une belle-mère qui ne compte pas rester spectatrice. In fine, la série nous montrera comment une famille qui règne sur Westeros depuis des décennies a pu s’effondrer.

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(Game of) Succession

Les jeux de succession sont la thématique principale de cette série. Vous aimiez, dans "Game of Thrones", les mauvais coups de Littlefinger ou de Varys, le maître des chuchoteurs, les complots pour mettre la main sur le "Trône de fer" ? "House of dragon" est truffé de traîtrises, de changements d’alliance, de commérages et de coups bas. Les intrigues de la famille régnante et de ses alliés-devenus-ennemis-ou-inversement font le sel de HOD. Vous appréciez "Succession", l’autre hit d’HBO qui enchaîne les Emmy Awards, les Oscars de la télé ? L’inspiration de "Succession" sur HOD est claire : la série est très (très) verbeuse, la plupart des personnages sont tout à fait détestables, la manipulation est permanente et les twists sont bien fichus. Notons qu’il y a beaucoup plus d’humour dans "Succession", de quoi digérer nombre de scènes statiques.

HOD n’oublie pas les fans de GOT et délivre ce qui est attendu par les fans : des scènes sanguinolentes, des batailles, des corps nus et des scènes de sexe (même si elles sont tournées de façon moins explicite, bien qu’il y en ait trop, selon une star de la série). Les fans de dragons en auront pour leur argent : les Targaryen en ont plusieurs et leur rôle est important. Si "le cahier des charges" GOT est respecté, il y a une différence fondamentale entre "Game of Thrones" et "House of the Dragon" : une grande partie de l’action se déroule à Port-Réal (King’s Landing). Oubliez le "Nord" et les Winterfell, n’attendez pas l’iconique phrase "l’hiver arrive" ("Winter is coming"). Cette année, Winter is not coming

L’un des points forts de GOT, cette capacité à nous déplacer d’un endroit à l’autre de Westeros, à l’image du fantastique générique, du désert chaud de Dorne à l’hiver vigoureux du Mur, fait donc défaut dans HOD. C’est la conséquence directe d’un choix fort effectué par les deux créateurs de cette série : respecter le plus possible le livre "Feu et Sang" de George R. R. Martin qui ne raconte que la chute des Targaryen, cette guerre de succession, cette "danse des dragons" et qui est le matériau de base de la série.

(Game of) The Crown

"Game of Thrones" avait réussi à proposer en télévision une mise en scène digne du cinéma, avec les moyens qui vont avec. Bon point pour "House of the Dragon", qui reste sur un standard très élevé pour tout ce qu’on voit à l’écran : les costumes sont splendides, les effets spéciaux (même non terminés dans certains épisodes mis à notre disposition) sont tout à fait respectables, la musique (toujours signée Ramin Djawadi) accompagne toujours parfaitement l’action à l’écran. HOD est une "belle" série, qui fait honneur à sa devancière, qu’il est plaisant de regarder.

Le casting est également de qualité et comme pour GOT, essentiellement britannique. Vous reconnaîtrez Olivia Cooke, Eve Best, et surtout Matt Smith, qui jouait le rôle du Prince Philip dans les premières saisons de "The Crown". Et c’est tout sauf un hasard : les coulisses d’une famille royale, c’est aussi ce que nous raconte "House of the Dragon". "The Crown" est également une série très "soignée" aux moyens financiers impressionnants et ça se "voit" à l’écran.

(Game of) #Metoo

Si "Game of Thrones" était une série pré-#Metoo (avec quelques scènes et un traitement des femmes très problématiques), "House of the dragon" est, elle, pleinement dans son temps. Dès la première scène du premier épisode, lorsqu’une femme n’est pas choisie par un groupe de seigneurs pour s’installer sur le trône de fer, le ton est donné. 30 ans plus tard, lorsqu’une autre jeune femme souhaite s’installer sur le même trône ou lorsque celle-ci est reléguée à un rôle de "créatrice d’héritiers", la lutte contre le patriarcat est une donnée permanente de la série. HOD se veut également plus inclusive, avec des personnages de couleurs, entre autres.

Conclusion

"House of the Dragon" est-elle une bonne série ? Très certainement. Les qualités d’écriture, de mise en scène, de jeu, tout est là. Mais HOD fait suite à GOT, la comparaison est inévitable. Et pour le moment, force est de constater que la série-mère reste largement au-dessus. "House of dragon" diffère fondamentalement de "Game of Thrones" par son focus sur les histoires de successions. C’est une force, si vous trouviez que GOT passait trop de temps à voyager entre ses différents territoires, empêchant de pouvoir prendre du temps dans tel environnement ou avec tel personnage. Mais c’est une faiblesse si les histoires de château n’étaient pas votre tasse de thé.

Cet immobilisme enlève à "House of the Dragon" l’énergie et le dynamisme de "Game of Thrones". Même constat pour la galerie des personnages : GOT nous permettait de suivre des va-nu-pieds, des chevaliers, des rois et des soldats. HOD ne met en scène quasiment que des bien-nées, des seigneurs, des dirigeants. Difficile d’être en empathie ou interpellés par leurs destins quand on se souvient de l’attachement quasi immédiat que provoquaient des personnages de GOT comme Jon Snow, Arya Stark, Daenerys ou Tyrion Lannister.

Au final, le bilan est contrasté. "House of the Dragon" est une série à la production impeccable et au casting irréprochable. Mais l’histoire que la série nous raconte et les personnages qu'elle développe ne sont, pour le moment, pas assez intéressants. C’est tout le défi des préquels : comment intéresser quand on connaît déjà la fin d’une histoire ? "Better Call Saul" a brillamment relevé le défi en se détachant de "Breaking Bad" pour raconter sa propre histoire. "House of the Dragon" est pour le moment scotché à "Game of Thrones". Saura-t-elle susciter l’intérêt pour elle-même et non pas uniquement parce qu’elle est une série située dans l’univers de sa devancière ? On attendra la fin de la saison, fin octobre, pour établir un jugement définitif. Et même peut-être une saison 2, qui n’est pas encore annoncée. Parce qu'a priori, la saison 1 n’adaptera que la première partie du livre "Feu et Sang". Le destin du roi fou, quelques décennies plus tard, risque d’être plus intéressant.

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