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Dans le quartier des Marolles, la librairie Météores défend sa littérature

Timour et Renaud-Selim, les deux frères derrière la librairie Météores
14 mars 2022 à 09:09 - mise à jour 14 mars 2022 à 09:09Temps de lecture4 min
Par Adrien Corbeel avec BX1

Depuis son ouverture en septembre 2020, la librairie indépendante propose une sélection de livres hors des sentiers battus.

Toute personne qui passe la porte de Météores fera sans doute le même constat : cette librairie n’est pas comme les autres. Entre le sympathique cabot qui remue sa queue près des rayons de livres, la table avec des chaises qui trône dans l’entrée et l’attitude décontractée des gérants, ce petit espace du quartier des Marolles renvoie l’image d’un lieu ouvert au monde. “Les gens qui rentrent pour la première fois sont généralement surpris d’une manière ou d’une autre” nous indique Timour Sanli, qui tient la librairie avec son frère Renaud-Selim. Ce dernier assume sa part de responsabilité : “Il y a beaucoup de libraires qui sont très ordonnés. Moi pas !”.

Librairie Météores

La librairie Météores se distingue aussi (et surtout) par sa sélection de livres. On y trouve bien sûr des romans, de la poésie, des bandes dessinées et des ouvrages de sciences humaines, mais derrière la juxtaposition de titres en tous genres se devinent les convictions littéraires et politiques des deux frères. “C’est plus une sélection qui suit nos envies, ce qui nous anime. Mais dire exactement ce que c’est, j’aurai du mal à le faire” avoue Timour. “Je pense qu’on le sent quand on fait le tour de la librairie”. Un coup d’œil sur quelques titres donne une idée du programme : des essais sur le féminisme, la décolonisation, les luttes sociales ou l’économie, des romans de Bukowski et de Dostoïevski, ainsi que des livres de philosophie, matière qu’ils ont tous les deux étudiée à l’université.

Des livres qu’on ne trouve nulle part ailleurs

C’est au croisement de la rue Pieremans et de la rue Blaes qu’ils ont installé cet espace de partage littéraire, en septembre 2020. Les deux frères ont découvert le lieu à l’occasion du Festival de littérature indépendante belge (le FLIB pour les intimes) qui s’y est déroulé pendant trois mois, et qu’ils ont animé. Le quartier des Marolles, qui a été traversé par de nombreuses luttes sociales, leur sied comme un gant : “Il y a un côté quartier-village. On a nos bars ! Ça fait plaisir d’être dans un endroit où il y a toute une vie. Le lieu avait de l’importance à plein de niveaux pour nous” s’enthousiasme Timour. Le nom de la librairie fait référence (entre autres) au roman de Michel Tournier “Les Météores”. “C’est l’histoire de deux frères dont l’un veut gâcher la vie de l’autre” nous explique Renaud-Selim sous le regard amusé de son frangin.

© Tous droits réservés

Le duo a fait un pari risqué en lançant une librairie en pleine crise sanitaire. “On a commencé [en septembre] comme si ça allait bien se passer. C’était censé être un lieu ouvert à différents événements, à des possibilités de rencontres, et tout d’un coup, on a dû être “cantonné” au côté librairie” déplore Timour. Malgré cela, ils ont réussi à se constituer un cercle d’habitués. “Tu sais quand tu viens que tu vas trouver un livre queer ou décolonial assez pointu” souligne Renaud-Selim. “Il y a des gens qui nous disent : c’est dingue, vous avez des trucs qu’on ne trouve nulle part ailleurs”. Il faut dire que les deux frères sont très pointilleux dans leurs choix. “Quand on sélectionne un bouquin, c’est qu’on l’a lu ou on le connaît d’une manière ou d’une autre, qu’on estime l’avoir suffisamment traversé pour savoir de quoi ça parle. Parfois ce sont des amis qui nous l’ont conseillé” précise Timour. La page Facebook de la librairie, sur laquelle ils recommandent régulièrement différents livres, témoigne de leur passion et de leurs goûts.

“La mort du livre, c’est faux”

Il ne faut pas les écouter très longtemps pour comprendre que leurs convictions prennent parfois le dessus sur les intérêts commerciaux de la librairie. Les best-sellers et les prix littéraires ont rarement leur place chez Météores. “On ne peut pas surfer sur n’importe quel intérêt commercial. Si le livre qui a le prix Goncourt ne nous correspond pas, on n’a pas forcément envie d’en mettre plein en vitrine, parce que ce n’est pas notre ligne. Notre intérêt commercial se situe sur une frange assez fine” affirme Timour. À la fois parce que leur espace est limité, mais aussi pour donner une chance à tous les livres, la plupart de leurs ouvrages sont en un seul exemplaire, à quelques exceptions près comme "Noirceur" de Norman Ajari et "Le Ventre des femmes" de Françoise Vergès. "Ça fait du bien quand on vend plusieurs fois un titre sans rien faire d’autre que de les poser là. Le problème quand tu prends dix Mona Chollet, c’est que c’est tellement évident que les gens ne laissent pas la chance à d’autres livres.” nous explique Renaud-Selim.
 

Fiers défenseurs de la littérature, ils aiment souligner son importance. “Il y a une vitalité du livre par rapport à l’actualité” témoigne Timour. Son frère approuve : “La mort du livre c’est faux. Il n’y a jamais eu autant de maisons d’éditions indépendantes.” Une de plus devrait d’ailleurs faire son apparition, puisque le duo prévoit de faire de Météores une maison d’édition, dont le premier ouvrage devrait être publié cet automne. En attendant, ils espèrent pouvoir multiplier les rencontres et les activités dans ce lieu où les discussions et la flânerie sont vivement encouragées.

 

La page Facebook de la librairie : https://www.facebook.com/libmeteores

L’adresse : Rue Blaes 207, 1000 Bruxelles

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