Politique

Dans le rétro : en politique, le parti pris du changement de nom

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14 mars 2022 à 15:33 - mise à jour 14 mars 2022 à 16:01Temps de lecture6 min
Par Kevin Dero

Petit vent de changement dans notre landerneau politique ce week-end. Sous l’égide de son président Maxime Prévot, le cdH a terminé sa mue. Appelons-le dorénavant "Les Engagés ". Le logo est tout à fait différent. Le nom peut se lire aussi de façon inclusive… Et basta la couleur orange, place au bleu turquoise.

Un changement cosmétique mais aussi de fond, fruit de mois de discussions.

Tour et taxis le dimanche 12 mars
Tour et taxis le dimanche 12 mars © Tous droits réservés

Dans notre royaume, un tel changement, s’il n’est pas rare, n’arrive cependant pas tous les deux jours. Nos partis ont depuis des lustres la hantise de paraître démodés. Pour rester dans l’air du temps (et surtout souvent pour contrer des désillusions survenues dans les urnes…)

Nous vous proposons donc un petit tour d’horizon des principaux changements de noms récents dans nos partis.

Reportage de ce samedi 10 mars :

La famille des "sociaux-chrétiens"

Le cdH aura donc vécu… 20 ans. Porté sur les fonts baptismaux par la présidente Joëlle Milquet, c’était à l’époque une véritable révolution. Le PSC (Parti Social-Chrétien), que l’on croyait inusable, est en pleine déroute électorale, et sort d’une guerre fratricide entre Charles-Ferdinand Nothomb et Gérard Deprez. Les portes claquent. Et fin des années 90, Deprez s’en va. Il rejoindra les libéraux, tout en gardant sa ligne centriste, fondant le MCC (nous y reviendrons). Qu’à cela ne tienne, les turpitudes sont bien là, une nouvelle présidente est aux commandes et le 18 mai 2002, la décision est actée : exit la référence religieuse. Place au centre démocrate… Humaniste. Rappelez-vous entre-temps, le parti s’était appelé quelques mois le " Nouveau PSC ".

Joëlle Milquet présente "Le cdH" en 2002
Joëlle Milquet présente "Le cdH" en 2002 © Tous droits réservés

Qu’à cela ne tienne, les turpitudes sont bien là, une nouvelle présidente est aux commandes et le 18 mai 2002, la décision est actée : exit la référence religieuse. Place au centre démocrate… Humaniste. Rappelez-vous entre-temps, le parti s’était appelé quelques mois le " Nouveau PSC ".

Nouveau (et dernier) logo pour le PSC en 1998
"Les engagé.e.s" en mars 2022

Chronique de Bertrand Henne de ce 14 mars :

Les coulisses du pouvoir

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Du côté nord du pays, c’est au même moment qu’un ravalement de façade a aussi eu lieu. Le parti frère du PSC, le CVP, avait aussi subi la tatouille de sa vie aux élections précédentes. Nous étions alors au temps de la coalition " arc-en-ciel ", et le temps s’était fortement assombri pour les démocrates-chrétiens, auparavant véritable pierre angulaire de la vie politique belge de l’après-guerre. Un état belge souvent même dénommé " Etat CVP "… Mis à mal par l’affaire Dutroux et la crise la dioxine, le parti flamand (auparavant unitaire, jusqu’en 1968) mua en 2001. Le CVP gardera son sacro-saint " C ". Mais fera entrer dans la danse le " V " de " Vlaams ". Le Christelijke Volkspartij devient le CD&V (Christen-Democratisch & Vlaams).

Evénement précurseur de temps bientôt mouvementés sur le plan communautaire…

 

Campagne électorale, avril 99
Stefan De Clerck, alors président, nous montre le logo tout frais du CD&V en 2001.

Bientôt, des " cartels " verront le jour au nord du pays. Les " gros partis " prenant sous leur aile une autre formation, généralement plus extrême, dans le but d’engranger plus de votes. La Volksunie (nationalistes flamands) s’étant désintégrée en 2001, deux partis s’étaient formés. L’aile gauche donna Spirit, l’aile droite la N-VA. On verra alors, souvenez-vous, dans les années 2000, fleurir les cartels sp.a-Spirit et CD&V-N-VA. Dans ce dernier, après la victoire phénoménale d’Yves Leterme en 2007, verra son petit protégé nationaliste prendre une ampleur gigantesque après la dissolution du cartel en 2008

La famille libérale

Le VLD (Vlaamse Liberalen en Democraten) s’était aussi vu accoler un autre parti dans cette décennie. Souvenez-vous de Vivant. L’adjonction de ce petit parti, fondé par Roland Duchâtelet, avait fait modifier le nom du parti bleu en 2007. Le VLD s’ouvrait et devenait l’Open VLD. Le parti qui descend en droite ligne du PLP, fondé après-guerre et unitaire avec le PRL jusqu’en 72 – et nommé ensuite PVV-, ne changera pas de nom depuis l’ère de l’Open VLD.

Logo des libéraux flamands (mai 2019)
Logo des libéraux flamands (mai 2019) © Tous droits réservés

Du côté francophone, ça n’a pas été la même limonade… Les libéraux du MR ont eu une histoire bien plus mouvementée. Le PLP (Parti de la Liberté et du Progrès), fusionnera avec le parti Rassemblement Wallon et deviendra PRL (Parti Réformateur Libéral) en 1979.

Le parti de Jean Gol, Louis Michel ou encore Jacques Simonet va faire des étincelles dans les urnes dans les années 80. Et la décennie qui va suivre va attirer à lui d’autres formations… Tout d’abord le FDF. Vive la " fédération PRL-FDF " ! En 1998, voici donc Gérard Deprez qui arrive avec ses valises chrétiennes et qui y arrime son nouveau parti, le MCC (Mouvement des citoyens pour le changement). Vive la " fédération PRL-FDF-MCC ". Un nom à rallonge suscitant bien des railleries…

Décembre 1998
Décembre 1998 © Tous droits réservés

En 2002, on décide de simplifier tout ça, et sera sous la bannière " MR " que tout ce petit monde se retrouvera. Le logo de l’époque prend cependant en compte les différentes sensibilités (ou " chapelles ", si on préfère) présentes dans " le mouvement réformateur " (on le voit aux flèches sur le côté droit). Le MR se veut alors être un grand parti pouvant rivaliser avec le PS pour gouverner (à l’image d’un " UMP " français).

En 2009, il est question d’y intégrer le parti " Lidé ", nouvellement créé par Rudy Aernoudt (la chose ne se fera pas, sous l’impulsion du MCC et du FDF).

Logo du MR en 2004
Logo du MR en 2004 © Tous droits réservés

Difficile de garder tous les courants au sein de la même vague, et en 2011, c’est le FDF d’Olivier Maingain qui part en solo. En cause, selon le " Front démocratique des francophones ", un manque de fermeté face aux exigences flamandes.

Les Bruxellois tentent un coup de poker. Ils gardent leur couleur amarante et les initiales du parti. Mais il y a une nuance : le FDF se mue en " Fédéralistes démocrates francophones ". Un vocabulaire moins guerrier pour un positionnement centriste plus social. Le parti voudra ensuite se donner une base électorale plus large. Fin 2015, Défi devient le nouvel acronyme de la formation. Démocrate Fédéraliste Indépendant. Qui est aussi un nom commun…

Un parti qui aurait pu s’appeler "ICI", et ce qui aurait pu susciter des quolibets, comme l’écrivait Johanne Montay dans l’article ci-dessous…

"Défi" est le nouveau nom du "FDF"
"Défi" est le nouveau nom du "FDF" BELGA

Pour ce qui est du MR, il continuera son petit bonhomme de chemin, perdant les trois flèches et gagnant un bleu plus vigoureux dans son logo.

La famille socialiste

Point de changement de nom depuis bien longtemps chez les rouges francophones. Le descendant du POB (Parti Ouvrier Belge) et du PSB (Parti socialiste Belge, unifié, jusqu’en 1978) garde son appellation. Le logo, lui, changera, et la rose (qui est encore aujourd’hui sur la bannière de son homologue français) disparaîtra. Une nouvelle communication arrivera avec la mise en police plus grasse du " S " de Socialiste, contrairement au " P " de Parti dans les années 2000. Volonté de mettre davantage l’accent sur le programme que sur l’aspect organisationnel d’une formation empêtrée dans des scandales à répétition durant ces années-là…

Elio Di Rupo présente le logo remanié, en 2002
Elio Di Rupo présente le logo remanié, en 2002 © Tous droits réservés
André Cools lors d’un congrès en 1975
Logo "PS" en 2021.

Les socialistes flamands ont changé de nom récemment. Actuellement, appelez-les Vooruit. En français, ça signifie " En avant ". Gardant l’accent sur le progrès social, les rouges flamands ont décidé de se transformer en mars de l’année dernière. La formation présidée par Conner Rousseau s’appelait avant ça SP jusqu’en 2000 puis sp.a (Socialistische Partij Anders) plus de vingt ans durant.

La nouvelle appellation sous-entend un rajeunissement de la manière de faire de la politique, un espoir, une ouverture aux autres aspirations présentes à gauche de l’échiquier politique. Allusion aussi à l’" En Marche ! " de l’Hexagone ?

Logo de "Vooruit" et de son "ancêtre" le "sp.a"
Logo de "Vooruit" et de son "ancêtre" le "sp.a" BELGA

C’est aussi un clin d’œil à l’histoire flamande, et même flandrienne. " Vooruit " est lié à Gand, bastion socialiste flamand où une coopérative ouvrière portait ce nom au XIX (ainsi qu’une salle de spectacle actuellement), et au nom de l’ancêtre du journal flamand " De Morgen ".

Les écologistes

Pour les verts francophones, point de changement de nom depuis leur création, en 1980. Le logo, lui, sera modifié (auparavant un arbre puis maintenant le " e " qui a la forme d’une feuille).

Du côté de son pendant flamand, ceux qui sont maintenant dans " Groen " avaient un parti nommé " Agalev " jusqu’en 2003. AGALEV voulait dire Anders GAan LEVen, ou " Vivre autrement " dans la langue de Molière.

Ensuite vint le nom Groen ! (Le point d’exclamation tombera depuis). Notons qu’en 2009, Spirit (auparavant en cartel avec le sp.a), fusionna avec les Verts flamands.

Nouveau logo "Ecolo" en 1998
Logo Ecolo en 2019.
Le député européen Bart Staes le 28 août 2002

Extrême-gauche

Notons aussi le PTB (Parti du travail de Belgique). Il est créé en 1979 par des militants communistes maoïstes, de même que son pendant flamand, le PVDA.

Logos PTB-PVDA en décembre 2021

Dans les années 2010, le parti de gauche radicale proposera une image se voulant moins dogmatique et moins sectaire. Récemment, le logo a changé, et l’étoile présente est maintenant placée dans un cœur.

Extrême-droite flamande

Le Vlaams Belang ("intérêt flamand") lui, est né du Vlaams Blok ("Bloc flamand"). Issu d’une partition de la Volksunie à la fin des années 70, le parti d’extrême-droite flamand avait lui été contraint de changer de nom. Sa mue s’est déroulée en 2004. Il a dû être dissous par la justice. Il se refonda néanmoins, reprenant les mêmes initiales et les mêmes couleurs (jaune et noir, celles du drapeau flamand).

Un changement de nom "obligé", rare dans notre royaume.

Généralement, les changements de noms et d’images sont plutôt le fruit d’une opération marketing, poussant à ancrer davantage la formation politique dans les préoccupations du moment. Les structures du parti restent souvent les mêmes et la ligne politique peu ou prou semblable.

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