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Tendances Première

Dans une fratrie, chacun son territoire

20 avr. 2022 à 12:14Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Le Ligueur de cette semaine consacre tout un dossier à la question des fratries. La journaliste Clémentine Rasquin nous en parle.

Le parent veut parfois imposer entre les enfants une complicité, un amour qui n’est pas nécessairement une réalité. Or, explique Clémentine Rasquin, quand on veut que les frères et soeurs s’aiment, c’est le meilleur moyen pour qu’ils se détestent. Alors que quand on laisse la place aux sentiments négatifs qui peuvent naître, c’est peut-être là qu’une belle relation se créera.

Pour Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute française, la fratrie se construit sur un équilibre fragile, car à peine née, elle est déjà rivale. L’aîné perd sa position d’unique pour faire place à l’autre, qui doit, lui, prendre une place. Il y aura toujours un manque entre les deux, qui peut devenir le terrain de jalousies et de rivalités. C’est là-dessus que se construit la fratrie.

Le mythe de l’égalité

Que peut faire le parent ? Forcer des complicités n’est pas possible, mais il y a quand même deux cordes à l’arc parental.

Il y a d’abord le mythe de l’égalité. Comment le parent va-t-il se positionner ? Est-ce qu’il va donner deux bonbons à chacun et toujours insister sur l’égalité et ou est-ce qu’on fait en fonction des besoins ?

Les professionnels estiment que l’égalité est un mythe, car chaque enfant est singulier. Les enfants n’ont donc pas les mêmes besoins, en termes d’activités, de moments partagés,… Partir de leurs besoins propres permet de ne pas essayer de viser une égalité à tout prix.

De toute façon, plus on va insister sur l’égalité, plus l’enfant cherchera la faille. Si l’enfant sent que le parent est à l’aise avec ça, il n’y aura pas de faille à aller chercher.

La question des comparaisons

L’autre corde à l’arc parental, c’est la question des comparaisons. Les comparaisons du type 'prends exemple sur ton frère' font le lit des rivalités et des jalousies. Par ces petites phrases insidieuses, on remet de la rivalité dans la fratrie. L’important est de mettre en avant les différences de chaque enfant comme des forces, pour ne pas qu’elles deviennent des motifs de jalousie. Il faut individualiser les attentes, les encouragements.

Dans une fratrie, chacun sa niche, dit la docteure de recherche en psychologie clinique Stéphanie Haxhe. A partir du moment où chacun a son territoire bien délimité, on réduit le terrain des rivalités et des comparaisons. Ce sont les fratries de 3 enfants du même sexe qui vont développer le plus de tendances de rivalité. Le nombre 3 va faciliter les alliances 2 contre 1, et le fait d’être du même sexe va amener plus facilement des comparaisons de la part du parent.

Accepter les disputes

Les parents sont parfois mal à l’aise avec les conflits, ils ont l’impression d’avoir raté quelque chose. Or une relation saine et vivante est composée aussi de disputes. Etre à l’aise avec le conflit est une habilité sociale pour un enfant, parce que dans ses relations horizontales de pair à pair, il va se jouer plein de choses.

La fratrie, ce sont les relations les plus longues qu’on aura dans la vie. On peut donc tester beaucoup plus de choses qu’avec un ami, avec qui il y a un risque de rupture. On va ainsi développer plein de compétences qui nous seront utiles dans toutes les relations sociales, au travail, dans le couple, en amitié : on va apprendre à prendre sa place, à négocier, à tester des stratégies,…

L'importance des relations fraternelles

Et quand les enfants développeront de la solidarité à l’encontre des parents et que les parents laisseront la place à ces belles alliances fraternelles, c’est que le lien sera bien ancré ! Ces relations sont aussi importantes que les relations parents-enfants et sont encore trop sous-estimées dans la recherche universitaire, dans les formations, les consultations psy.

"Il faut que le parent fasse un pas en arrière, accepte de ne pas être le tout pour son enfant, mais laisse aussi la place à l’horizontalité et à tout ce que peut apporter une relation fraternelle", conseille Clémentine Rasquin.

Il est prouvé qu’en cas de difficulté, avoir une belle relation de fratrie diminue le risque d’anxiété et de dépression !

Accepter de ne pas aimer ses enfants de la même façon

Un tabou doit être levé, c’est le fait qu’on devrait aimer nos enfants de la même façon. Puisque les enfants sont tous uniques, le parent va tisser avec chacun d’eux une relation singulière et unique.

Singularité ne veut pas dire pour autant préférence. Singularité ne veut pas dire aimer plus, mais veut dire avoir des connivences particulières avec chacun, qu’on peut cultiver, en faisant ainsi tomber ce mythe de l’égalité.


>> Retrouvez le dossier complet dans Le Ligueur et écoutez Clémentine Rasquin ici >>

Tendances Première : Les Tribus

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