Belgique

De Croo se félicite, le PTB parle d'une journée "cauchemardesque" : toutes les réactions à l'accord interprofessionnel

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08 juin 2021 à 15:35 - mise à jour 08 juin 2021 à 15:38Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

L’accord conclu par les partenaires sociaux, qui prévoit une augmentation du salaire minimum, des heures supplémentaires avec une fiscalité avantageuse, la possibilité de prépensions à 60 ans et des mesures d’aménagement des fins de carrière devra être mis en œuvre par le gouvernement.

A lui de prendre les dispositions légales nécessaires à l’application des dispositifs négociés par les partenaires sociaux et de dégager les budgets nécessaires au financement des mesures, notamment une réforme fiscale pour garantir l’augmentation du salaire minimum. Les partenaires sociaux, patrons et syndicats, doivent, chacun de leur côté faire approuver le contenu de l’accord interprofessionnel par leurs instances. C’est ensuite que la balle reviendra au gouvernement pour l’exécution de cet accord.

Le ministre de l’Economie entend bien appliquer l’accord conclu

Le contenu de l’accord interprofessionnel a fait l’objet de discussions et de réactions ce mardi à la Chambre. "Je plaiderai avec vigueur pour que le gouvernement exécute fidèlement et dans son intégralité l’accord (social intervenu dans la nuit de lundi à mardi)", a assuré mardi le ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne en commission de la Chambre. "C’est l’esprit et la lettre de notre accord de gouvernement."

Le ministre a, à cette occasion, rappelé le précédent accord concernant l’enveloppe bien-être de 700 millions d’euros permettant d’augmenter les allocations sociales dès le 1er juillet. Le ministre a aussi apporté des précisions sur la marge salariale. Le Conseil central de l’Economie avait calculé que les salaires pourraient augmenter de 0,4% pour la période 2021-2022. A ce sujet, le ministre de l’Economie a rappelé que, bien que la marge salariale restera à 0,4%, les primes versées pendant la période covid ne seraient pas intégrées au calcul.

Des critiques de l’opposition

Le ministre a ensuite répondu aux critiques de l’opposition. Björn Anseeuw (N-VA) a fait part de ses craintes de voir l’augmentation du salaire minimum avoir un impact négatif sur la création d’emploi. De son côté, Gaby Colebunders (PVDA-PTB), a parlé de "journée cauchemardesque" pour les travailleurs.


"Je suis de ceux qui pensent qu’on lève les pièges à l’emploi quand on augmente le salaire minimum", a répondu M. Dermagne au député nationaliste. "Il n’est pas attesté qu’il y a un impact négatif sur la création d’emploi." "C’est un accord qui a été scellé par les partenaires sociaux", a-t-il répondu à l’élu communiste. "À vous entendre, j’ai eu l’impression que vous remettiez en cause notre modèle social, qui a démontré sa capacité de prendre des décisions importantes."

Le Premier ministre s’est félicité de l’accord

Le Premier ministre, Alexander De Croo, s’est félicité mardi de l’accord conclu durant la nuit entre les partenaires sociaux. Le gouvernement fédéral va l’analyser et en discuter en son sein.

"Il est important que les partenaires sociaux soient en mesure de parvenir à un accord en ce moment économique important. La crise Corona a durement touché de nombreuses entreprises et employés. Les mois et années à venir seront marqués par la reprise économique. Dans le même temps, nous devons renouveler en profondeur notre économie et mieux protéger les personnes. Pour ce faire, nous avons besoin de partenaires sociaux capables de conclure des accords autour de la table de manière constructive et positive", a déclaré le Premier ministre.

Des satisfactions dans les rangs patronaux

L’Union des classes moyennes a approuvé mardi à l’unanimité le projet d’accord social "équilibré et bienvenu" a-t-elle indiqué. "Cet accord pérennise le modèle belge de concertation et comporte un engagement de paix sociale", commente l’organisation patronale. "Quant au contenu, il ménage les intérêts des uns et des autres."

L’augmentation du salaire minimum se fera sans surcoût excessif pour les employeurs, grâce à l’intervention promise par le gouvernement, salue ainsi l’UCM. De plus, une comparaison sera faite avec le salaire minimum en Allemagne pour préserver la compétitivité. Moyennant quoi, le pouvoir d’achat pourra augmenter et soutenir la consommation, sans crainte d’effets négatifs sur l’emploi, ajoute l’Union des classes moyennes.

Cette dernière relève l’absence de coûts supplémentaires pour les employeurs concernés par l’harmonisation des pensions complémentaires entre ouvriers et employés, qui sera effective au 1er janvier 2030. Elle pointe aussi le peu de changements relatifs à l’accès à la prépension (RCC).

"Il sera possible de passer à mi-temps à 55 ans au lieu de 57 ans, ce qui est de nature à favoriser le maintien au travail", espère l’organisation. Enfin, l’UCM se réjouit de la flexibilité en termes d’heures supplémentaires. Pour cette année et 2022, le plafond de 120 heures sera porté à 240 pour l’ensemble des entreprises, sans limitation de secteur. Le nombre d’heures bénéficiant d’un régime fiscal préférentiel sera de 180 au lieu de 130, rappelle la fédération patronale, qualifiant la mesure d'"oxygène" pour les PME en cette période de relance.

Des critiques, aussi…

Au nord du pays, le Voka, l’organisation patronale flamande dit pouvoir se retrouver dans cet "accord interprofessionnel équilibré" mais souligne toutefois que "des réformes structurelles restent nécessaires".

"Désormais, toute l’énergie peut aller à la relance de notre économie. Toutefois, des réformes radicales du marché du travail restent nécessaires pour contrecarrer les tensions sur le marché du travail. Sans personnel suffisant, il n’y aura pas de véritable reprise", prévient l’administrateur délégué Hans Maertens.

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