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De jeunes Belges découvrent les camps d'Auschwitz : "Ça pourrait recommencer demain"

Franchir le portail du camp, c'est marcher dans les pas de 1.300.000 déportés, juifs pour la plupart.

© D.Fontaine

06 mars 2020 à 13:15 - mise à jour 06 mars 2020 à 13:15Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine

Il y a 75 ans, ce 27 janvier, l’armée soviétique libérait les camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. La Shoah, le génocide des juifs, connue de certains, était révélée au grand jour. Ce lieu de l’horreur et de l’inhumanité absolue est depuis lors un lieu de mémoire, de recueillement et un musée. Un groupe d’une centaine de jeunes Belges âgés de 16 à 18 ans vient de s’y rendre, pour comprendre et se souvenir.

Ils se sont levés en pleine nuit pour cette visite très particulière. En patientant dans le terminal militaire de Melsbroek, avant de prendre l’avion affrété pour eux, ils avouent ne pas très bien savoir à quoi s’attendre. " C’est un lieu historique à voir, lâche Antonin, de l’IESPP de Tournai. J’aime bien l’histoire des deux Guerres mondiales. On les voit dans nos cours, donc c’est justifié d’aller à Auschwitz. " Certains ont préparé la visite avec un professeur, d’autres pas.

L’avion les emmène à Cracovie, en Pologne ; puis un car, à Oswecim. Cette région a été annexée par l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Oswiecim est alors devenu Auschwitz.

Les objets personnels des déportés, méticuleusement rassemblés

"Ces vitrines, avec tout ce qu’ils ont récupéré, ça m’a marqué."

Premier arrêt devant le fameux portail " Arbeit macht frei ", le travail rend libre. Le franchir et entrer dans le camp de concentration, c’est marcher dans les pas de 1.300.000 déportés, juifs pour la plupart, mais aussi polonais non-juifs, tziganes et des prisonniers soviétiques. Ils arrivaient ici sans connaître le sort qui leur serait réservé : le froid, la faim, la maladie, l’épuisement, les exécutions. Très peu survivront.

Dans les baraquements de briques, des photos, des vitrines, des panneaux en témoignent. Les nazis recueillaient méticuleusement les effets personnels des prisonniers. Tout ce qui pouvait avoir de la valeur était rassemblé et envoyé en Allemagne.

" Ces vitrines, avec tout ce qu’ils ont récupéré, ça m’a marqué", avoue Sacha, de l’Institut de la Providence, à Herve. "C’est impressionnant les brosses, les chaussures… Les cheveux coupés, c’est vraiment poignant. Le fait que l’on puisse faire ça. Leur quantité (un amoncellement de deux tonnes de cheveux) montre le nombre de personnes qui sont passées ici. Je reste sans voix." Noah, de l’ICET à Bastogne se dit aussi marqué par ce qu’il a vu : " les chambres à gaz, je savais que ça existait, mais je ne savais pas que c’était dans de telles proportions ".

Aucun survivant pour accompagner

Aucun survivant n'a pu accompagner le groupe. Restent les photos, les visages, par milliers.
Aucun survivant n'a pu accompagner le groupe. Restent les photos, les visages, par milliers. D. Fontaine

Deux salles évoquent les convois qui ont emmené ici quelque 25.000 juifs de Belgique, depuis la caserne Dossin, à Malines. La plupart seront tués dans les chambres à gaz et brûlés dans les fours crématoires. Aujourd’hui, aucun des rares survivants belges n’a été en mesure de l’accompagner le groupe. " C’est un gros manque ", reconnaît Thomas Devos, professeur d’histoire et de géographie à l’IESPP de Tournai. " J’ai eu la chance d’entendre les témoignages de gens qui étaient passés par ici. Jusqu’il y a deux ans, M. Paul Sobol, un rescapé, accompagnait ce genre de voyage mémoriel. Mais le temps passe et le déplacement devient trop difficile. "

A Birkenau, l’extermination systématique, industrielle, des juifs

« La plupart des déportés ont passé ici moins de temps que vous. Dès leur débarquement du train, ils étaient emmenés à la chambre à gaz. »

A trois kilomètres d’Auschwitz, les nazis ont entrepris en 1942 l’installation d’un camp plus grand encore, Birkenau. La solution finale voulue par Hitler, l’extermination systématique, industrielle, des juifs y est mise en œuvre. Les wagons à bestiaux emmènent hommes, femme et enfants par milliers. " La plupart d’entre eux ont passé ici moins de temps que vous. Dès leur débarquement du train, ils étaient emmenés à la chambre à gaz ", explique la guide polonaise aux jeunes. " Vous voyez ces marches. Normalement, un escalier sert à descendre et puis à remonter. Ceux qui descendaient ces marches-là ne remontaient jamais." Les fours crématoires jouxtaient les chambres à gaz, présentées aux déportés comme de simples salles de douche.

Il n’en reste que des ruines. Chambres à gaz et fours crématoires ont été dynamités par les nazis en déroute, pour tenter de masquer leurs crimes. 1.100.000 personnes sont mortes à Auschwitz-Birkenau.

Chambres à gaz et fours crématoires ont été dynamités par les nazis en déroute.
Chambres à gaz et fours crématoires ont été dynamités par les nazis en déroute. D. Fontaine

C’est notre génération, c’est nous qui devons faire les bons choix pour que ça n’arrive pas.

Sacha se dit consciente que ces camps ne sont pas que de l’histoire ancienne. " Il y a encore des conflits dans le monde, il faut éviter d’en arriver là. Donc, c’est d’actualité : ça pourrait revenir. C’est notre génération, c’est nous qui devons faire les bons choix pour que ça n’arrive pas. " " Je pense que ça peut se reproduire, confirme Noah. Si un nouvel Hitler arrive, s’il y a une crise économique, si le peuple suit à nouveau des personnes comme ça, ça peut arriver. Il ne faut donc pas oublier et ne pas commettre les mêmes erreurs. "

L’objectif du voyage était non seulement de transmettre la mémoire, mais aussi de mettre en garde contre le retour d’idéologies totalitaires.

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